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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 10:43

On a traité dans un récent article de la Refondation du Capitalisme, voie qui semble a priori pragmatique et que les circonstances vont sans doute imposer aux dirigeants politiques de tous pays après le profond ébranlement des certitudes de l'économie libérale devant la catastrophe financière mondiale de l'an dernier.

Dans le présent article on examine les pistes proposés par Albert Jacquard, dans son livre "J'accuse l'économie triomphante" de 1995, pour le choix du bon chemin devant la bifurcation qui, jamais sans doute autant dans l'histoire humaine, nous fait face aujourd'hui :
D'un côté, la voie du statu quo, de l'acceptation de la fatalité devant les inégalités toujours s'élargissant entre les citoyens, les nations et les continents dans un contexte de chacun-pour-soi, de compétition entre nations et  individus, de chômage endémique, de mépris des faibles, de guerre économique généralisée et de domination de quelques puissants sur la multitude des démunis jusqu'à leur révolte désespérée.
De l'autre, la construction jamais achevée et probablement périlleuse d'une société humaine évoluée respectant à la fois la dignité de l'homme et ses aspirations personnelles mais aussi la nécessité d'une organisation sociale solidaire et d'une équité collective s'appuyant notamment sur une réelle égalité des chances et la protection des plus faibles.

La réalité de cette bifurcation historique trouve son explication dans les trois constats suivants :

       - L'humanité est aujourd'hui déboussolée. Elle a vécu pendant des siècles une évolution lente voire des stagnations et des régressions démographiques et économiques sous la double emprise des contraintes matérielles et des pouvoirs à la fois spirituels (mythes, croyances diverses, religions) et temporels (castes ou familles s'auto-légitimant ou légitimées par le pouvoir spirituel). Soudain, au 18ème siècle, les esprits se libèrent , grâce aux "Lumières", de la chape de plomb idéologique et en même temps les progrès techniques permettent de desserrer le garrot des contraintes matérielles. La démographie va devenir galopante, quadruplant la population mondiale au cours du 20ème siècle avec une projection à 10 milliards d'habitants et sans doute plus en fin de 21ème siècle ! Avec cette prodigieuse expansion humaine tout un chacun comprend aujourd'hui que notre planète est un espace fini (et non plus un monde infini aux ressources illimitées) dont les ressources non renouvelables peuvent et vont s'épuiser à relativement brève échéance, dont l'environnement climatique, maritime ou biologique est gravement altéré par l'action humaine. On sait aujourd'hui que le niveau de vie occidental, trop consommateur de ressources de toutes sortes, ne pourra être adopté par l'ensemble de l'humanité. Le récent désastre financière vient encore une fois de nous confirmer qu'une croissance économique sans freins ni contrôles n'est plus acceptable, qu'elle ne peut conduire qu'à la catastrophe planétaire et qu'il lui faudra, pour le moins, une sévère régulation par le biais des Etats ou peut-être même d'organismes internationaux à renforcer ou à inventer. Adieu donc la rationalié économique comme unique bousole du monde. Le politique, c'est-à-dire l'organisation de la cité, doit reprendre ses droits un moment contestés par la théorie économique. Mais on sait aussi que le "trop-Etat" quand il en vient à collectiviser toute action humaine, à dresser sans nuance le "nous" (le peuple) contre le "je" (l'individu et sa liberté) conduit à d'épouvantables catastrophes comme nous l'a que trop longtemps montré le 20ème siècle !
       - L'humanité est entrée dans sa phase adulte. Les mythes et les croyances ancestrales en des forces surnaturelles qui régenteraient la marche du monde ont laissé la place à la connaissance scientifique de notre environnement proche (la terre) et lointain (le Cosmos) même si des intégrismes religieux particulièrement agressifs cherchent encore à nous imposer leur fanatisme d'un autre âge mais trouvant l'oreille complaisante de foules misérables et revanchardes. Le destin de l'humanité est maintenant entre ses mains. Ses décisions collectives décideront du choix du chemin dans la bifurcation qui nous fait face : la voie humaniste ou la voie barbare.
      - Le travail humain subit une profonde mutation. Et cette mutation offre à l'humanité une opportunité historique d'harmoniser les besoins matériels et spirituels de l'homme. Le machinisme, l'automatisation et l'informatisation des process industriels ont permis des avancées énormes dans la production des biens et des services marchands dans tous les secteurs économiques entraînant une baisse continue des coûts de production des biens et la création continue de nouveaux biens et services. Les progrès de la technologie, notamment dans la microélectronique et la miniaturisation, permettent des gains continus de productivité et des innovations de plus en plus performantes dans une foule de domaines. La société a ainsi, pour la première fois de son histoire, la possibilité d'affecter la Valeur Ajoutée de toutes ses activités marchandes (correspondant aux PIB nationaux) non seulement à la rémunération du travail de production (sous forme de salaires) et du capital investi (sous forme de dividendes) mais aussi au financement de la production de Biens sociétaux non marchands (Justice, Education, Formation continue, Logement, Santé, Assistance aux démunis, Services aux personnes dépendantes, Associations solidaires de toutes sortes....). Le champ d'activité pratiquement illimité de ce type de Biens est à même d'assurer à la fois justice et équité sociale mais aussi fournir à chaque citoyen, quelque soient ses dons personnels, une opportunité d'activité lui assurant ressources vitales et dignité sociale.

Ces trois constats doivent aider l'humanité dans sa réflexion sur son devenir et dans son refus du caractère inéluctable des réalités actuelles. C'est faire le jeu des nantis et des puissants que de croire ces réalités inéluctables, eux qui naturellement souhaitent que rien ne change dans l'ordre d'un monde dont ils sont les maîtres  !
L'avenir du monde n'est écrit nulle part Il sera ce que les hommes en auront collectivement décidé.
Il n'y a pas de fatalité économique à l'accaparement des richesses par quelques uns et l'accablement de la misère pour la multitude.  

Tout réside dans la décision politique (par la voie démocratique) du partage des productions et des richesses.

Mais pour dépasser l'état actuel des choses, il faura à l'homme mobiliser toutes les ressources de son imagination, faire preuve de solidarité nationale et planétaire et surtout faire taire en lui ce pesant esprit de conformisme qui lui paralyse l'esprit.



Source : "J'accuse l'économisme triomphant" de Albert Jacquard - 1995


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