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20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 15:52

 

Il y a maintenant déjà plusieurs années, je m'étais intéressé à cet extraordinaire personnage de la fin de la guerre de Cent ans, transformé ensuite en icône nationale dès que la France subissait un sort tragique (notamment lors des guerres des 19ème et 20ème siècles) ou lorsqu'un parti nationaliste se cherchait une bannière.

Par une simple recherche sur ce blog, le lecteur intéressé retrouvera les trois articles concernés :

- Un album de gravures, publié en juin 2013

- "Jeanne d'Arc, la légende revisitée" de février 2008 sur la base d'un livre de Michel Lamy, édité en Edition de poche en 1999.

- "La pucelle abandonnée ou le cynisme politique" de septembre 2008

 

J'écoutais récemment le récit intégral de mr Henri Guillemin, fantastique narrateur et historien passionné, comparant avec minutie les preuves et les témoignages d'époque mais aussi les récits des autres historiens pour tenter d'en extraire, sinon une vérité historique, du moins une approche la plus étayée possible sur des écrits et des témoignages divers.

 

Je ne peux que recommander l'écoute de ce passionnant document sur Youtube, à l'adresse suivante :

  https://www.youtube.com/watch?v=Q6my3mHG1tk

 

Le récit de H. Guillemin fourmille de tant d'informations que je me contenterai dans cet article de n'évoquer que les débuts de l'épopée de Jeanne jusqu'au sacre de Reims, laissant à un autre article le soin de décrire le reste de l'histoire.

 

Selon donc les multiples recherches historiques de H. Guillemin, Jeannette, la future héroïne, était née à Domrémy dans le Barrois, sur la rive gauche de la Meuse, à la limite de la Lorraine, alors terre d'Empire. Fille d'un paysan sans doute aisé, nommé Jacques Dare ou Tart (il semble qu'il fut le doyen et le collecteur d'impôt du village de Domrémy), elle avait des traits rudes, était  solide et bien membrée, avec une chevelure courte et sombre. Son visage ne nous étant pas connu, on peut tenter de l'imaginer à partir de quelques portraits d'époque, supposés ressemblants.

Voir ci-dessous :

 

 

 

La famille Dare avait cinq enfants (3 garçons aînés, Jeanne et une soeur cadette). Notre Jeanne naquit sans doute en fin 1411 ou début 1412 (un texte cite la date de l'épiphanie) et eut ses premières "visions" vers l'âge de 13 ans comme elle le raconta elle-même lors de son procès à Rouen. D'abord surprise et  réticente, elle finit par se laisser convaincre qu'elle était chargée d'une incroyable mission sacrée (délivrer Orléans et faire sacrer le roi Charles VII à Reims ! Excusez du peu !)

 En 1428, la famille Dare se réfugia dans la petite ville voisine de  Neufchateau pour échapper au brigandage d'un seigneur local et Jeanne fut alors placée comme servante dans une hotellerie, sans doute pour participer aux frais de séjour de la famille. On peut penser qu'elle y apprit à s'occuper de chevaux, voire à les monter, ce qui rendrait compréhensible son périple à cheval (de 650 kms quand même et en territoire bourguignon ennemi !) avec la petite escorte, fournie par le sire de Baudricourt, pour aller jusqu'à Bourges rencontrer le roi Charles VII.

Totalement convaincue d'être mandatée par le ciel pour sauver le royaume de France, elle parvint à convaincre son oncle qui fut la première personne à croire en elle, de la mener auprès du sire de Baudricourt, commandant la citadelle de Vaucouleurs, qui la renvoya d'abord rudement à son père. Lors d'une seconde entrevue, quelque temps plus tard, Baudricourt, sans doute influencé par des rumeurs ou prophéties locales et sur l'avis favorable de René d'Anjou, responsable du Barrois, céda devant l'insistance acharnée de cette fille passionnée et lui donna une petite escorte. Jeanne, âgée alors d'environ 17 ans (on est alors au printemps 1428) partit, accompagné de six hommes, pour un dangereux périple de 11 jours en terre bourguignonne jusqu'à la ville de Bourges.

Voilà donc la première étape franchie ! Jeanne, convaincue de sa mission sacrée, a réussi à se faire recommander et escorter auprès du roi de Bourges.

La deuxième étape sera encore plus rude : obtenir les bonnes grâces du roi, le convaincre de sa mission divine et se faire mandater pour la délivrance d'Orléans !

 

 

 

 

Le pauvre roi Charles VII, falot, influencable et doutant de sa légitimité royale, s'était autoproclamé roi en 1422, après avoir été déshérité par sa mère Isabeau de Bavière. Celle-ci, régente du royaume de France en place du roi Charles VI devenu fou, avait signé le honteux traité de Troyes en 1420 qui reconnaissait le roi d'Angleterre comme héritier du royaume de France.

Le malheureux royaume - voir la carte ci-dessus - était alors menacé par l'anglais qui dominait le nord et encerclait Orléans et par le bourguignon.qui tenait l'est. Heureusement, les habitants d'Orléans résistait, évitant une débacle définitive du royaume de France.

Arrivée à Chinon, Jeanne écrivit (savait-elle donc écrire ou utilisa-t-elle les services d'un chapelain ou d'un lettré ?) une lettre au roi, lui demandant de la recevoir

Peu enthousiasmé par cette étonnante requête, le roi soumit d'abord Jeanne à un double examen, l'un physique pour vérifier sa virginité (si elle était vierge, le diable ne pouvait rien contre elle et elle ne pouvait donc pas être sorcière ! Telle était la croyance du temps !), et l'autre moral par un groupe de religieux avant d'accepter de la recevoir après consultation de son conseil.

Ici intervient ce qui est sans doute le personnage-clé de l'aventure de Jeanne en la personne de Yolande d'Aragon, belle-mère, conseillère et grand support du roi et, de plus, grande ennemie de l'anglais qui menacait sa belle province d'Anjou, toute proche. Elle avait été probablement avertie par son fils René d'Anjou, responsable du Barrois qu'une jeune fille, déjà populaire, se prétendait mandatée par le Ciel pour sauver le royaume.

En grande dame politique avisée, Yolande saisit l'opportunité, en accord avec le conseil du roi, d'utiliser la renommée naissante de Jeanne et d'auréoler de divin la délivrance de la ville d'Orléans.

 

 

On réunit donc à Blois un gros convoi de ravitaillements et d'animaux (c'est Yolande qui paie, les caisses du roi étant vides !) dont Jeanne, à cheval et en armure, ayant alors pris le nom de "Jeanne la pucelle", prend la tête, accompagnée de quelques serviteurs, de prêtres, de bannières religieuses, d'une escorte de 300 soldats et fait route en direction d'Orléans dont le commandant militaire est alors un certain Dunois, bâtard d'Orléans, représenté ci-dessous :

 

 

Le brave Dunois avait reçu des instructions précises du roi pour éviter toute action militaire aventureuse contre les anglais (les désastres d'Azincourt et de Verneuil étaient encore dans les mémoires)  et s'efforca de calmer les ardeurs belliqueuses de Jeanne après son entrée triomphale dans Orléans.

Un conseil de guerre eut lieu, en début mai 1429, en présence de Jeanne, qui décida d'enlever l'une des bastilles anglaises. Ce fut le premier succès de Jeanne dont la renommée fut encore renforcée par la levée du siège d'orléans, le 8 mai, par les anglais au grand étonnement des français et des habitants de la ville. 

Pour la remercier de son succès, le roi couvrit Jeanne de gratifications, l'étourdit par des fêtes, la promèna de ville en ville, cherchant ainsi à la neutraliser car elle devenait gênante avec ses rêves de délivrer Paris qui appartenait alors à Philippe le bon, duc de Bourgogne, avec lequel le roi souhaitait négocier.

Pour l'occuper on l'envoya délivrer Fargeau où sera capturé un personnage anglais considérable, le comte de Suffolk. Nouveau succès pour Jeanne ! Puis c'est le tour des citadelles de Meung et Beaugency d'où se retire la garnison anglaise pour rejoindre des renforts venus de Paris.  Le 18 juin eut lieu la fameuse bataille de Patay qui tourna à la déroute pour les anglais, le chef anglais John Talbot y ayant été fait prisonnier. 

Jeanne, privée de se battre car placée en arrière-garde par les capitaines français, ne prit pas part à la bataille. 

 

 

Après cette victoire, le voeu de Jeanne est enfin exaucé car le roi accepte enfin l'idée du sacre à Reims mais un gros nuage noir se lève alors sur la tête de Jeanne. L'université de Paris, alors lumière de la chrétienté et dont la renommée est immense en Europe, vient de la dénoncer comme hérétique auprès du pape !

On part donc le 29 juin de Gien, avec lenteur et précaution en espérant la neutralité du bourguigon dont on traverse les terres, en direction d'Auxerre puis Troyes, Chalons-sur-Marne et enfin on atteint Reims sans trop de difficultés. Sans tarder, car la situation reste périlleuse, on prépare la cérémonie du sacre qui a lieu le 19 juillet 1429.

 

 

Après avoir signé une trève avec les émissaires de Philippe le bon, duc de Bourgogne, le roi accompagné de Jeanne, s'empressa de retourner en ses terres de Loire.

 

Jeanne venait de conaître l'apogée de sa courte carrière nationale. De fortes divergences sur la politique à mener étaient apparues entre elle et le roi, qui n'aura, dès lors, plus de cesse de se débarrasser de cette gêneuse.

 

La suite, fort triste, de l'épopée fera l'objet d'un prochain article.

 

 

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