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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:52

 

Né au milieu du 19ème siècle en Vendée dans une vieille famille protestante, je fus très influencé par un père médecin mais aussi militant républicain qui évita de justesse une déportation en Algérie après le cours d’Etat de 1851 suivi de la création du second empire français.
Après avoir fait des études secondaires correctes sans être brillantes à Nantes je poursuivis des études universitaires en médecine puis en droit d’abord à Nantes puis à Paris.
Rapidement actif dans les milieux républicains, mes batailles et mes activités éditoriales contre la censure du régime impérial me valurent un séjour de plus de 2 mois en prison.

 

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Au cours de mon séjour de quelques années aux Etats-Unis avant la chute du second empire, je découvris avec intérêt la démocratie américaine, enseignai le français et l’équitation dans l’Etat du Connecticut et j’épousai bientôt  l’une de mes élèves qui me donna 3 enfants.
Revenu à Paris au moment de la guerre contre la Prusse, je fus nommé maire d’un arrondissement de Paris par le nouveau gouvernement de défense nationale quand commença le siège de Paris par l’armée prussienne et devins après l’armistice député dans la nouvelle assemblée nationale.
Soupçonné de connivence avec la “commune” parisienne je dus quelque temps quitté Paris et finalement fus élu président du Conseil municipal de Paris en 1875, me déclatant favorable à une politique laïque séparant le domaine de la loi à laquelle tous doivent obéir du domaine du dogme seulement respecté par les croyants.
Elu à la chambre des députés j’y fus le chef incontesté des républicains radicaux et lutta de longues années pour de grands sujets comme l’amnistie des “communards”, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la suppression du sénat, l’élection des Magistrats, l’impôt sur le revenu, la retraite des vieux travailleurs, le rétablissement du divorce ou la reconnaissance du droit syndical.
Dans les années suivantes je menais un combat sans relâche contre Jules Ferry et sa politique de colonisation en Asie et en Afrique du nord et à Madagascar, m’opposant farouchement au colonialisme qui sous couvert d’apporter la civilisation n’avait que des buts économiques d’enrichissement aŭ mépris des populations autochtones.
Injustement mis en cause lors de la fameuse affaire du canal de Panama dans la dernière décennie du 19ème siècle, je me battis en duel avec l’un de mes accusateurs.
Battu aux élections après une féroce campagne de dénigrement, je repris mes activités d’écrivain politique et de rédacteur notamment lors de la fameuse affaire “Dreyfus”.
Je fus un protecteur et un grand ami du peintre Claude Monet.
Je fréquentais assidûment de nombreux salons littéraires et musicaux, m’intéressant de très près aux femmes du monde et aux artistes féminines.

 

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Revenu aux affaires politiques, je fus nommé ministre de l’intérieur, dus faire face à une importante vague de grèves et ensuite devins pour 3 ans chef du gouvernement.
Grand défenseur du patriotisme et de l’union sacrée nationale pendant les 1ères années de la 1ère guerre mondiale, je retrouvais la Présidence du Conseil en 1917, partisan de la guerre à outrance jusqu’à la défaite allemande et la signature de l’armistice en novembre 1918.


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Je consacrais la fin de ma vie à de longs voyages et mourus en 1929 à mon domicile parisien.

 


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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 14:59



Ce siècle devait être un siècle de lumière, auquel on prédisait les plus flatteuses merveilles, les plus grands progrès grâce au bouillonnement des inventions techniques du siècle précédent qui allaient révolutionner les moeurs, les relations humaines et inter-peuples, réduire les distances, épargner à l'homme les dures tâches manuelles, supprimer les famines et les maladies, éduquer les enfants plutôt que de les envoyer dès 10 ans à la mine ou à la fabrique, libérer enfin l'humain de ses terreurs anciennes et de ses asservissements.
Ce siècle allait voir le génie humain l'emporter enfin sur un environnement la plupart du temps hostile et accablant pour l'homme avec son cortège éternellement renouvelé de famines, de maladies, de terrifiantes épidémies, de mortalité infantile, de guerres de conquête, de misère et de mort toujours prêtes à saisir, de catastrophes climatiques, de violences sociales, d'injustices de tous ordres et d'abord celle de la naissance, .....
Ce siècle donc, le plus prometteur allait pourtant sombrer dans les plus grandes folies !

Pour ceux qui ont un peu de mémoire ou qui ont un peu lu l'histoire de ces cent annnées-là, force est de reconnaître que cette extraordinaire folie, sous ses différentes formes, qui a accompagné le vingtième siècle a de quoi faire vaciller la raison du plus sage des bipèdes humains !

Cela a commencé par l'affrontement mondial des nationalismes dans lequel les pays les plus développés ont jeté toutes leurs forces et leurs capacités d'innovation destructrice au point d'aboutir à un véritable suicide européen. Cela s'est ensuite poursuivi par l'énorme krach boursier de 1929 mettant à bas les nouvelles certitudes dans les bienfaits de l'économie de marché qui semblait jusqu'alors triomphante et dont l'onde de choc induisit plusieurs années épouvantables de récession mondiale, protectionnisme, fermeture des marchés, misère des peuples. Le fascisme européen naissant allait se régaler de toutes ces calamités pour engendrer dans les décennies 30 et 40 un cortège de destructions encore plus affreuses de villes, de pays, de nations et de peuples dont le génocide froidement perprétré et organisé des peuples juif et tsigane et ce, jusqu'à l'écrasement de l'agresseur allemand dont le peuple avait fait allégeance à une clique de fous criminels et la main-mise du communisme stalinien sur une bonne partie de l'Europe.
A peu près dans le même temps un terrifiant dragon, fou de puissance et de nationalisme exacerbé, se jetait sur la Chine et la Mandchourie, s'emparant bientôt de tout le sud-est asiatique dans un déluge de cruautés, de massacres et de destructions. Il faudra le colossal effort militaire de l'Amérique et sa maîtrise de la toute nouvelle technologie nucléaire pour venir à bout de cet indomptable Japon, prêt au suicide collectif devant la défaite et l'invasion de son territoire.

Sur les cendres de la première guerre mondiale avait triomphé en Russie une philosophie et un système de société inventés puis mis en oeuvre par des cerveaux fous de rationalisme égalitaire, pronant la libération des peuples par la dictature du prolétariat et la collectivisation de toute activité humaine. C'était rayer d'un trait de plume des millénaires d'aventures et de civilisations humaines, bâtir sur la haine et en revenir à la mythique société primitive ignorant la propriété individuelle. L'échec fut total tant social qu'économique dans une explosion de violences sociales et de massacres de classe ! et il faudra l'écoulement du siècle presque entier avant que les peuples prisonniers de cette folie rationaliste puissent, pour la plupart, s'en émanciper (à l'exclusion notable de la Chine, de la Corée du nord et de Cuba, restés "collectivistes" pour le plus grand bonheur de leurs dirigeants guère décidés à s'en remettre au choix démocratique - grâce au génial subterfuge du "centralisme démocratique" - de leur peuple, source pourtant proclamée de leur légitimité !)
Le cumul de toutes ces folies guerrières ou sociétales, rien que pour la première moitié du siècle, se chiffra en dizaines de millions de morts, peut-être même atteigna-t-on la centaine ! Et cela sans compter les exploits de nouveaux  "champions" de la tyrannie apparus dans la seconde moitié du siècle (Mao, Soekarno, Marcos, Pot Pol, Castro, quelques dirigeants africains,...).
Bref, c'est l'équivalent de toute la population européenne du 15ème siècle qui disparut au cours du plus fou des siècles pour faits de guerre, tyrannie, mauvais traitements et épidémies résultantes. Mais la mesure n'était pas comble et l'homme avait encore quelques diableries dans sa besace puisque la guerre dite froide, à partir des années 50, par la folle accumulation d'armes nucléaires qu'elle engendra, nous promettait rien de moins que le génocide et l'anéantissement de l'humanité toute entière, promesses frôlées au moins en deux occasions !

Poussé par l'impérieux besoin de vivre, l'Europe et une partie de l'Asie, relevèrent  leurs ruines, rebâtissant leurs villes et leurs industries et profitant des progrès techniques issus de l'effort de guerre - notamment en Europe, avec l'aide financière de l'Amérique -  pour moderniser les infrastructures et les moyens de production dans le grand élan des "trente glorieuses" , trois décades de développement accéléré et d'immenses progrès dans le niveau de vie, les commodités domestiques, l'automobile, la santé, le transport aérien...., de consommation débridée jusqu'au retour aux réalités et les chocs pétroliers déclenchés par un monde arabe avide de revanche et désireux de s'approprier une partie de la prospérité occidentale. Ces chocs financiers allaient tirer les économies occidentales vers les faibles taux de croîssance et le chômage de masse.
En parallèle, les deux nouvelles super-puissances ne pouvant désormais plus s'affronter directement au vu des énormes risques de destruction nucléaire simultanée, croisaient le fer dans des conflits régionaux par aliés interposés (Corée, Vietnam, premier ébranlement de la toute-puissante Amérique, Congo, Biafra et bien d'autres plus modestes...) et des oppositions idéologiques au cours desquelles la plupart des peuples asservis se libéraient enfin du joug du colonialisme occidental et prenaient en main, avec des fortunes fort diverses, leur destin national.

Se créaient aussi, en cette seconde moitié du siècle, et se développaient des organismes internationaux, certains à vocation économique (FMI, Banque mondiale, BRI, OCDE, OMC), d'autres à vocation culturelle (UNESCO) tels des premiers et bien imparfaits jalons d'une organisation des peuples à l'échelle planétaire. Sans oublier la fabuleuse idée des "pères" de l'Europe de créer enfin l'Union de notre vieux continent - lieu privilégié de conflits et de luttes d'influence depuis des millénaires - et de la doter d'institutions pour en chasser la guerre à tout jamais et en faire une grande puissance régionale !
Mais la plupart de ces nouveaux organismes internationaux n'avaient pas pour but l'harmonie ou l'équité planétaire mais, bien au contraire, la domination d'une partie du monde (Les Etats-Unis notamment et à un degré moindre l'Europe) sur le reste du monde par le biais de l'économie, de la monnaie (le dollar devenu la seule monnaie de réserve avant l'apparition de l'Euro en fin de siècle) et des échanges commerciaux et financiers pendant que triomphaient, à partir des années 70 et après l'abandon de l'interventionnisme étatique de Keynes, les nouvelles théories anglo-saxonnes du néo-Libéralisme à travers le fameux Consensus de Washington et la mondialisation abandonnée aux seules forces du marché. L'effet sur l'économie mondiale fut en effet apréciable, sa croîssance annuelle évoluant alors entre 3 et 4% pour atteindre bientôt 5% mais au prix de maints déséquilibres et tensions, de taux de change flottants et d'inflations mal contrôlées.
Pendant que les crises économiques s'égrénaient aux quatre coins de la planète (Argentine, Mexique, Venezuela, Brésil, plusieurs pays du sud-est asiatique, Russie après la chute du communisme,....), la dette des pays en développement, imprudemment lancés dans des programmes d'équipement, explosait tandis que la toute-puissante Amérique, boulimique d'énergie et de consommation, vivant au-dessus de ses moyens, voyait ses déficits se creuser et sa dette s'envoler (pour atteindre le niveau historique de 3.700 Milliards $ en 1999), financée par de massives émissions de "federal bonds" acquises par les nouveaux pays riches (Moyen-Orient, Japon puis Chine et Sud-est asiatique).

Ainsi, en cette fin de siècle, c'était, cette fois, l'économie mondialisée qui perdait la raison, enivrée des remarquables progrès de la microélectronique et des télécoms, d'incessants nouveaux produits de consommation, de dématérialisation des valeurs économiques (la capitalisation de Google allait atteindre 11 fois celle de General Motors), de perte de repères, de masses énormes de liquidités monétaires à la recherche de placement, de spéculations boursières folles avec le boom High Tech et l'explosion d'Internet (la valeur du marché boursier US atteignait  120% du PIB en 1997 contre 60% en 1990 !), d'une industrie financière en plein boom développant frénétiquement de nouveaux produits toujours plus sophistiqués, toujours plus informatisés qui allaient bientôt échapper à leurs concepteurs.
Il y avait pourtant eu de grosses alertes en cette fin de siècle. L'explosion de la bulle immobilière et boursière japonaise en 1990 allait entraîner pour ce pays une décennie de stagflation. Wall street connaissait un Lundi noir, le 16 octobre 1987, au cours duquel 500 milliards $ allaient partir en fumée après une folle période d'euphorie spéculative. En 1997 ce fut la contagion asiatique avec la dégringolade des monnaies locales, dégringolade initiée par le bat thaïlandais. Puis en 1998 la mise en cessation de paiement de l'Etat russe......
Malgré le boom économique mondial historique de la dernière demi-décennie, apparaîssaient en cette fin de siècle avec l'écroulement de l'économie russe et la crise du Brésil, une véritable menace de récession mondiale que la FED (bientôt suivie par les Banques centrales européenne et asiatiques) allait chercher à contrer par une baisse des taux d'intérêt et une modernisation des services financiers (abolition de la loi Glass-Steagall) .....ouvrant la voie à des folies encore plus énormes qui aboutiraient au siècle suivant à la crise des "subprime" de 2007 et ses prolongements probables jusqu'en 2010, voire au-delà !

Ce vingtième siècle, le plus fou des siècles connus, n'aura-t-il été en fin de compte qu'une étape vers des folies humaines plus grandes encore ?

L'examen des temps présents n'est pas des plus rassurants !


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 13:16

 

Dans un premier article sur Jeanne d'Arc, fort prisé des lecteurs de ce blog, je m'étais ingénié à mener une rapide analyse critique de la légende entretenue, nourrie ou combattue à travers les quelques siècles qui nous séparent maintenant des évènements survenus dans les années 1430 en soulignant  au passage la forte volonté politique, dans la période allant de 1870 à 1920, de faire de la Pucelle d'Orléans une héroïne patriotique nationale autant qu'une sainte avec l'appui du clergé catholique encore tout puissant à l'époque.

Comme tous les mythes, celui de la Pucelle fut naturellement enjolivé pour satisfaire des buts politiques et la véritable histoire de Jeanne dite d'Arc ne nous sera sans doute jamais connue avec certitude - à moins de mise à jour d'improbables documents historiques exceptionnels - tant les témoignages furent confus et contradictoires lors des deux procès et nombreuses les manipulations de la légende.


Dans ce nouvel article, je souhaite revenir sur une partie de l'épopée qui semble - a priori - inexplicable et qui concerne l'abandon de Jeanne après sa capture aux portes de Compiègne. Voilà une jeune fille de Lorraine (ou plus exactement des marches de Lorraine, sinon elle eut été allemande et non française. A quoi tiennent parfois les choses !) dont la renommée est devenue en peu de temps extraordinaire, qui est considérée par le peuple comme une sainte envoyée par Dieu pour secourir le pauvre royaume de France (en bien triste état depuis de nombreuses années avec à sa tête un pauvre falot de dauphin Charles doutant de tout, sans volonté et manipulé par ses favoris), qui a convaincu le dauphin de la véracité de ses visions et de sa mission divine, qui a accompli ses promesses prophétiques en délivrant Orléans d'abord, en battant les anglais dans la vallée de la Loire ensuite, en menant enfin le dauphin se faire sacrer à Reims et reconnaître comme Roi légitime de France par tous y compris le Duc de Bourgogne jusque là ferme allié de l'anglais. L'élan donné par Jeanne au camp français est tel que la présence de sa bannière  terrifie les anglais qui, en trois mois, ont basculé de l'arrogance victorieuse au défaitisme le plus profond. Grâce à Jeanne, la partie militaire a définitivement basculé même si beaucoup de choses restent à faire...


...et c'est sur ces choses qui restent à faire que la mésentente entre Jeanne et le Conseil du Roi (dont elle ne fit jamais partie) va aller s'élargissant. Jeanne sait que le temps lui est compté (son intuition, ses voix ? Elle sait, voilà tout, et elle le dit tout autour d'elle). Elle veut profiter, au cours de cet été 1429, de l'élan pour prendre Paris au retour du sacre de Reims, ce que le Conseil juge peu opportun car entretemps le contact a été renoué avec la Bourgogne (une trêve de 4 mois sera même convenue en fin août) et le choix politique du moment (aussi bien celui de La Trémoille, favori du roi, que celui de Yolande d'Aragon, la "bonne mère" de Charles VII, pour une fois en accord sur un objectif commun) est de briser l'alliance anglo-bourguignonne pour enfin rompre cet étau mortel qui enserre le royaume de France et espérer vaincre finalement l'anglais. Or le Duc de Bedford, représentant du roi d'Angleterre et fin politique, est au courant des contacts entre France et Bourgogne. Il a fort adroitement confié la défense de Paris à celui qui est toujours son allié.
Embarras du Conseil royal ! On va donc laissé la Pucelle mener un assaut sans moyens suffisants ( assaut de la porte Saint-Honoré le 8 septembre) puis on va lui ordonner - à sa grande fureur - de faire retraite sur la Loire où l'armée royale sera licenciée en fin septembre.
Compte-tenu de la toute récente mais néammoins immense popularité de la pucelle, le Roi va la traiter avec beaucoup d'égards, allant jusqu'à l'annoblir, lui donnant de nombreuses et généreuses gratifications, voire cherchant à l'étourdir dans les fêtes et par les honneurs. Pour le roi et ses conseillers, la guerre n'était plus de saison, remplacée par la diplomatie. La Pucelle, pendant ce temps, fidèle à sa mission, piaffait d'impatience, interpellant sans cesse le Roi. La Trémoille, ennemi juré de Jeanne en qui il voyait, avec une bonne perspicacité, un agent du parti d'Anjou et donc de Yolande d'Aragon, imagina de l'envoyer avec de faibles moyens guerroyer contre un chef  de routiers qui tenait la Charité-sur-Loire. Echec de la mission. La Pucelle n'était donc pas invincible. On dut rire sous cape au Conseil !
Entretemps, les choses allaient de nouveau mal pour le royaume de France. Le duc de Bourgogne, enragé de ne pouvoir récupérer les villes de l'Oise (dont Compiègne) promises lors de la trêve n'avait pas reconduit celle-ci et reprenait les armes avec un appui militaire anglais fraîchement débarqué à Calais.
La situation était grave.
Sans rien demander à personne, Jeanne partit vers les villes de l'Oise, à la tête d'une troupe de routiers piémontais, louée pour l'occasion sur ses fonds propres. Ni le Roi ni naturellement La Trémoille ne cherchèrent à la retenir, encore moins de lui confier une troupe royale ou de la faire accompagner par quelques capitaines, ce qui, avec le recul, semble militairement aberrant , à moins d'accepter l'idée qu'on l'envoyait à l'aventure, à ses risques et périls !
La trahison était donc bien dans l'air et la chute proche. A la cour, on était trop content de se débarrasser d'elle, ce qui montre, au passage, le peu de cas que l'on faisait de sa fameuse mission divine !
A Compiègne, le piège va se refermer. La place était commandée par un proche de La Trémoille qui s'empressa d'envoyer la Pucelle et sa troupe dans un traquenard, poussant l'indignité jusqu'à ordonner la fermeture d'une porte qui eut permis à Jeanne, lors de sa retraite, d'échapper à la capture par les bourguignons. 


L'épopée militaire de la Pucelle avait duré 13 mois (de fin avril 1429, date de son entrée à Orléans, à sa capture en fin mai 1430 à Compiègne) et elle était  donc maintenant entre les mains de Jean de Luxembourg, vassal du Duc de Bourgone, trop heureux d'avoir récupéré une prisonnière aussi prestigieuse dont il allait pouvoir tirer une grosse rançon auprès - pensait-il - du roi de France ! 
A l'époque, pour un chef de guerre, tomber aux mains de ses ennemis, était sans doute désagréable mais pas mortel. L'usage était de payer une rançon dont le montant dépendait de l'importance du personnage. Si la rançon était payée sur le trésor royal (ce sera le cas, l'année suivante, pour La Hire, l'un des prestigieux capitaines français de l'époque) c'était encore mieux, sinon on pouvait s'endetter à vie ou pressurer d'impôts ses administrés, en évitant toutefois de les pousser à la révolte !
Pour Jeanne, le cas était compliqué car elle était certes chef de guerre pouvant prétendre à rançon mais elle était aussi considérée (sauf par ses ennemis) comme une sainte envoyée par Dieu...et de sainte à sorcière, il n'y avait pas loin, à l'époque, surtout pour les gens du camp anglais fort mal intentionnés à l'égard de cette "damned" Pucelle, tels le Duc de Bedford et l'Archvêque de Canterbury qui virent immédiatement le parti à tirer de sa capture. A leurs yeux, monter un procès en sorcellerie et condamner Jeanne au bûcher était la bonne solution pour ruiner son immense popularité et surtout détruire la légitimité royale de Charles VII acquise au sacre de Reims. Il leur fallait donc récupérer Jeanne en la rachetant à Jean de Luxembourg. Ils chargèrent de cette besogne un zélé collaborateur du camp anglais, le fameux évêque Cauchon, une sommité ecclésiastique de l'époque siègant au conseil royal anglais et homme de confiance de Bedford.
Tout le monde et sans doute Jean de Luxembourg le premier s'attendait à ce que le roi Charles VII mandate des émissaires pour négocier la rançon de la Pucelle. A la grande surprise de tous, rien ne se produisit pendant tous les mois qui suivirent alors que les négociations continuaient entre France et Bourgogne (dont, rappelons-le, le comte de Luxembourg était vassal). Pendant ce temps, l'évêque Cauchon faisait le siège de Jean de Luxembourg à coup d'arguments ecclésiastiques et d'espèces sonnantes et trébuchantes ! Pour lui, c'était la grande affaire à ne surtout pas manquer et il la mena à bien après 7 mois d'efforts et de démarches. Il tenait enfin le procès qui démarra à Rouen au printemps 1431 !
Charles VII et son Conseil ne pouvaient ignorer les démarches et les buts du camp anglais. Le Roi, sans génie politique, ne comprit sans doute pas sur le moment qu'il mettait en péril sa légitimité en faisant le jeu de l'anglais (il le comprendra plus tard en organisant le procès en réhabilitation de 1456) et suivit le conseil d'abandon de la Trémoille, trop heureux de se débarrasser de l'encombrante Pucelle. Pour le roi et son conseiller il s'agissait sans doute d'un cynisme politique de premier degré. On oubliait les services rendus par Jeanne et on la rejetait comme n'ayant plus d'usage et même gênant par son activisme les plans diplomatiques.
Du côté de Yolande d'Aragon, même silence, fort surprenant de la part de la grande "commanditaire" (ou, pour le moins, principale organisatrice) de l'épopée de Jeanne. Elle eut pu sauver Jeanne en négociant directement avec le Duc de Bourgogne (elle était experte depuis longtemps en négociations subtiles et secrètes) mais elle n'en fit rien !
Avec Yolande d'Aragon, on atteint probablement le cynisme politique de second degré : Intervenir elle-même, c'était révéler que la Pucelle était en grande partie sa créature et donc ternir sa renommée d'envoyée de Dieu, ressort psychologique essentiel dans le sursaut français. La non-intervention fut donc le choix de cette froide stratège pour des raisons sans doute à la fois psychologiques (la condamnation de la Pucelle au feu jetterait l'opprobe générale sur ses bourreaux, raffermissant dans le peuple la haine de l'anglais et la volonté de le bouter hors de France) et politiques (l'alliance avec Bourgogne était prioritaire et l'aventurière Pucelle ne pouvait, en étant libérée, que gêner cette politique).


L'opération "bergère" avait réussie au-delà des espérances. La petite provinciale visionnaire, fût-elle noble voire batarde royale, ne pesait plus rien dans les choix stratégiques. On l'abandonna à son triste sort, ce qui dû faire beaucoup pleurer dans les chaumières mais fit d'elle, pour les siècles, une parfaite héroïne nationale.



Sources : "Jeanne d'Arc" de Michel Lamy et "Yolande d'Aragon" de Gérard de Senneville.

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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 10:40

Au milieu du XXème siècle dans les écoles catholiques on racontait aux jeunes adolescents (dont je faisais alors partie) la belle et édifiante histoire d'une jeune bergère, née à Domrémy en Lorraine, petite enclave française en pays bourguignon, très pieuse, très obéissante et bonne gardienne de ses moutons qui, un jour, entendit des voix dans son jardin. C'étaient les voix des saintes Catherine et Marguerite et aussi celle de l'Archange St Michel qui lui enjoignaient de sauver le royaume de France alors en grand péril, de sauver la ville d'Orléans et de faire couronner le Dauphin Charles à Reims. Fort troublée par ces angéliques visions, la jeune adolescente qui n'avait alors que 13 ans ne se laissa convaincre d'agir qu'au bout de 3 ans et s'en vint - sans l'autorisation des ses parents - demander au sieur de Baudricourt, de lui donner destrier et escorte pour s'en aller voir le Dauphin à Bourges. Premier refus du capitaine qui renvoya rudement notre jeune bergère à ses moutons. Courageuse, la petite bergère renouvela sa demande un an après et cette fois le capitaine accepta de lui fournir l'escorte et ce dont elle avait besoin pour le voyage. Arrivée à Bourges, elle convainquit le Dauphin de voler au secours d'Orléans dont les anglais levèrent bientôt le siège. L'armée royale soulevée d'enthousiasme, Pucelle en tête, vainquit l'anglais en maints combats et emmena le dauphin se faire sacrer Roi à Reims
La suite de la belle histoire était dramatique et tournait même à la tragédie héroïque : Plus ou moins abandonnée par le nouveau Roi Charles VII, notre héroïne était faite prisonnière à Compiègne puis bientôt vendue aux anglais qui, par vengeance, l'envoyaient au bûcher après un procès inique dirigé par un infâme évêque français à la solde des anglais, nommé Cauchon (çà ne s'invente pas, un nom pareil ! Analogie immédiate garantie avec un animal réputé pour sa saleté et sa lubricité ! Même le grand poête et dramaturge Paul Claudel s'y laissa aller avec son fameux "ergo porcus sum" qu'il mit dans la bouche de ce pauvre évêque - pourtant fort renommé de son temps - dans l'une de ses oeuvres !) 

Je ne sais si on raconte encore de nos jours une pareille histoire ! A l'époque, la canonisation (fortement souhaitée par le pouvoir politique à la fin du XIXème siècle) de la sainte était encore présente dans les esprits et l'Eglise pouvait donc appuyer la version "mission divine" de toute son autorité. Aujourd'hui, le côté idyllique et infantile de ce mythe fait sourire ou ricaner, ce qui n'empêche d'ailleurs pas l'un de nos partis politiques de célébrer tous les ans le culte de la Sainte Jeanne, redevenue championne moderne du nationalisme français (elle l'avait déjà été en 1870 puis en 1914) !

Car cette histoire est bourrée d'invraisemblances même pour ceux qui croient en la divine Providence et aux miracles !  Ne voilà-t-il pas, en effet, une petite bergère inculte, fille de pauvres laboureurs, ne parlant sans doute que son patois lorrain qui entend les voix de 2 saintes qui n'ont jamais existé (les recherches historiques lancées par le pape Jean XXIII n'ont rien donné !) et qui lui parlent en français (réponse de Jeanne lors du procès de Rouen) ! Ne la voilà-t-elle pas chevauchant un destrier (a-t-elle appris l'équitation en gardant ses moutons ?) au milieu de son escorte puis faisant ses confidences (toujours en bon français de l'époque) à l'oreille du Dauphin et s'adressant à la cour de ce dernier dans une langue correcte et remarquée par les chroniqueurs ? Ne la voilà-t-elle pas caracolant, bannière au poing,  à la tête des troupes royales et en imposant aux rudes capitaines par son autorité et ses connaissances militaires (mais où donc avait-elle pu acquérir une telle science de la guerre ?)  Ne la voilà-t-elle pas tançant les grands du royaume et s'adressant à eux comme à ses pairs ? Ne la voilà-t-elle pas se battant avec rage, l'épée à la main, au milieu des bourguignons avant d'être désarconnée puis prise à Compiègne ? Ne la voilà-t-elle pas enfin, lors de son procès, se défendant avec une pugnacité de juriste professionnel et une intelligence qui désarconnent ses accusateurs ?  Pas mal, me direz-vous, pour une bergère douce, timide et inculte même touchée par la "grâce" divine !  La transformation de la jeune paysanne en chef de guerre tient en effet du miracle ! 
Il semble beaucoup plus plausible que tout cela tienne de la mystification et d'une opération politique d'envergure magistralement orchestrée !

En son temps déjà, le mythe naissant fut mis en doute par beaucoup, à commencer par les autorités ecclésiastiques ! Même ce falot Charles VII ne dut pas y croire beaucoup car une fois son objectif politique atteint (sacre à Reims établissant définitivement sa légitimité) il se désintéressa de la Pucelle jusqu'à carrément la laisser tomber après sa capture ! Dans les siècles suivants et particulièrement au siècle des Lumières, siècle de scepticisme religieux, la thèse de la mission divine fut battue en brêche de vilaine manière par des écrivains comme Beaumarchais, Voltaire voire Montesquieu ! Il fallut attendre la fin du XIXème siècle et notamment la désastreuse guerre de 1870 pour voir se renouveler le culte de la bonne Lorraine née dans un pays que venaient de nous arracher ces damnés prussiens !  Le nationalisme échevelé que connut la France jusque dans les années 20 exploita à fond le mythe de la Pucelle protectrice et salvatrice de la Nation française. L'exploitation politique fut telle que les historiens du XXème siècle adoptèrent la version officielle - Gambetta n'avait-il pas dit " On ne touche pas à Jeanne d'Arc ! " - et que même encore aujourd'hui ce que la plupart des gens savent de cette histoire se réfère essentiellement au contenu du mythe !
Il semble bien que pour beaucoup de gens, hier comme aujourd'hui, mieux vaut une fausse histoire merveilleuse qu'une réalité prosaïque !

Qu'en est-il alors de cette "réalité prosaïque" ? Force est de reconnaître qu'elle est bien difficile à établir d'une manière certaine car les textes, les chroniques du temps, voire les témoignages aux deux procès (celui de la condamnation à Rouen de 1431 puis celui de la réhabilitation en 1456) sont tellement imprégnées de  la légende et parfois si contradictoires que l'on est sûr de bien peu de choses, même l'âge réel de l'héroïne est douteux ! C'est dire la complexité du sujet !
Une manière intéressante d'aborder la question est de s'interroger sur le besoin, à l'époque, d'un tel mythe salvateur. Sa nécessité saute aux yeux ! . Le royaume de France était au bord du gouffre, pris en tenaille par l'anglais et le bourguignon. Le moral est alors au plus bas, les anglais semblent invincibles, les maigres troupes royales sont incontrôlables, leurs chefs travaillent le plus souvent pour leur propre compte, les princes complotent ou se rallient à l'anglais et le Dauphin Charles, réfugié à Bourges, doute de tout et d'abord de sa légitimité. Ne le dit-on pas batard, sa mère Isabeau de Bavière n'étant pas un parangon de vertu et son supposé père, le Roi Charles VI étant devenu fou ? 



Seul un "miracle" c'est-à-dire un évènement extraordinaire de caractère (supposé) divin peut renverser le cours des choses, refaire l'unité du pays et soulever l'enthousiasme populaire pour une guerre de libération.
 A cette époque, pour des gens organisés et possédant des relais bien répartis, déclencher l'apparition d'un mythe ne devait pas constituer une tâche surhumaine : Les croyances et les légendes sur les différents thèmes repris par le mythe (les pastoureaux, la pucelle, l'arbre sacré, les voix divines, les oiseaux, la prophétie de Merlin, etc...) étaient dans l'air du temps. Le mysticisme, la crédulité populaire et l'extrême misère du royaume de France offraient un excellent terrain d'accueil. Restait à trouver le catalyseur !
A la tête d'une telle entreprise de mythification il fallait aussi un cerveau. L'écrivain Michel Lamy dans son livre "Jeanne d'Arc" pense l'avoir trouvé en la personne de Yolande d'Aragon, femme hors du commun, célébrée par les chroniqueurs du temps, épouse de Louis II d'Anjou, frère du Roi Jean le Bon. Elle avait pris en tutelle dès sa 2ème année le dauphin Charles puis le maria à sa fille Marie devenant ainsi sa belle-mère protectrice. Elle assura son apprentissage d'homme politique et de roi et défendit la légitimité du dauphin contre tous ceux qui en doutaient. Elle fut, sans conteste, la femme forte du royaume de France pendant une bonne partie du règne de Charles VII qui l'appelait "sa bonne mère". C'est elle qui, plus tard, jeta dans les bras de son gendre la très belle Agnès Sorel afin de gouverner à sa place ! 
A l'époque qui nous intéresse, Yolande, chef de la maison d'Anjou, reine de Sicile et duchesse de Provence, est la championne des Orléans et des Armagnacs contre le Duc de Bourgogne et bien entendu les anglais. Malgré la grande emprise qu'elle a sur son gendre (devenu le Roi Charles VII en octobre 1422, à la mort de son père Charles VI) celui-ci est un indécis, maladroit dans ses entreprises, sous la mauvaise influence de ses favoris. Un choc psychologique pour lui et pour le pays est nécessaire. Une intense activité diplomatique va précéder l'entrée en scène de Jeanne d'Arc.
Quand Jeanne commence sa mission, c'est René d'Anjou, fils de Yolande, qui l'introduit auprès du duc de Lorraine. Au passage, ce René d'Anjou est l'ami du sire de Baudricourt. Coïncidences ? Pendant son séjour à Chinon et sa rencontre avec le Dauphin, Jeanne est constamment entourée par des gens de Yolande qui va prendre en charge les frais de l'expédition d'Orléans (les caisses du Dauphin sont vides !), de la campagne militaire dans la vallée de la Loire (fameuse bataille de Patay qui brise le moral anglais) puis le long déplacement à Reims pour le sacre. Toujours Yolande ! Une véritable providence ou plutôt une femme-orchestre qui veille à la bonne marche de l'opération ? Dès le début de sa mission et alors que Jeanne n'a encore rien fait de spectaculaire, une rumeur se répand dans tout le royaume avec un synchronisme extraordinaire, colportée par les moines franciscains (alliés des Orléans contre les dominicains alliés à Bourgogne pour des raisons d'oppositions théologiques) qui sillonnent le pays : Une vierge vêtue d'habits d'homme et envoyée par Dieu va venir supporter le Roi porteur des Lys et chasser l'anglais du royaume. Voilà une rumeur qui tombe parfaitement à pic !! Autre coïncidence, Yolande et sa fille Marie, femme du dauphin, étaient affiliées au Tiers-Ordre franciscain !
On pourrait continuer ainsi à égréner toutes les coïncidences rencontrées sur le parcours de Jeanne qui illustrent les interventions bien réelles de Yolande d'Aragon et de ses alliés. Je conseille aux esprits curieux de se procurer le livre de Michel Lamy - Jeanne d'Arc - Edition de poche - référence : 10765 - publié en 1999 - afin de se faire leur propre opinion sur l'ensemble de cette affaire, au demeurant, fort complexe et dont on ne connaîtra sans doute jamais le fin mot.
Un dernier point mais d'importance : Si l'on accepte la version quasi-officielle de mission divine confiée à Jeanne, cela signifie que Dieu, en la faisant intervenir, prenait le parti de Charles VII, prince probablement bâtard, non reconnu par son père et déshérité par sa mère contre le roi anglais qui avait pour lui la légimité de droit et du sang !! Voilà qui est fort étrange et ne ressemble guère à l'idée que l'on se fait de la justice divine ! ou alors il faut prêter à Dieu des soucis géopolitiques d'équilibre européen qui laissent encore plus perplexe ! Et que dire des Saints Michel, Georges et André protecteurs respectivement des français, anglais et bourguignons ! En vinrent-ils aux mains pour régler leurs différents ? 
Tout cela a de forts relents de mythologie grecque et permet, pour le moins, d'entretenir de sérieux doutes !






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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 16:39

 

Voici un bien malheureux exemple anachronique du mot fameux : " Impossible n'est pas français " que l'on tient, selon deux versions légèrement différentes, soit de Napoléon dans une lettre de 1813 soit de son ministre Fouché en 1808, d'après les sources consultées !

Il semblait, en effet, complètement impossible que l'armée française puisse être battue au cours de cette sombre journée d'octobre 1415 ! 

Dressons le décor de l'affaire en quelques mots avant de revenir en détail sur certains points : Une troupe anglaise de 10.000 hommes (peut-être plus. Il y a des divergences selon les chroniques du temps) a débarqué par surprise en Normandie à Harfleur, en a fait le siège et s'en est emparée après 5 semaines d'assaut. La tempête ayant entretemps dispersé les bateaux, la troupe anglaise ou plutôt ce qu'il en reste (pertes au combat, désertions, dysenterie...) n'a d'autre solution, après avoir consciencieusement pillé la ville conquise et jeter sur les routes les habitants rescapés, que de se replier sur Calais, possession anglaise depuis 1347. A pied la route est longue, les milices françaises locales harcèlent les anglais qui égrènent le long du chemin les blessés, les malades, les mourants. Bientôt l'Host convoqué par le Roi de France barre le chemin aux anglais, les empêchant de franchir la Somme. La situation du Roi anglais semble désespérée : Il lui reste 5 à 6 mille hommes épuisés dont à peine mille de cavalerie. Une troupe française, sur ses arrières, menace ses bagages. En face l'armée française compte 20 mille hommes voire plus dont la fine fleur de la Chevalerie (la régionale principalement, celle qui veut protéger ses terres. Les chevaliers des provinces lointaines n'ont guère eu la possibilité ou l'envie d'arriver à temps !) et un chef de guerre expérimenté, le Maréchal Boussicot. Comment est-il possible de perdre dans de telles conditions ? Et pourtant.....!!

Revenons aux anglais. Leur jeune Roi Henri V de Lancastre, usurpateur fraîchement couronné est contraint, pour maintenir son autorité et une paix intérieure fragile, de s'appuyer sur le parti de la guerre au rival français fragilisé lui aussi par la folie du Roi Charles VI et les menaces de guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Henri V concentre donc à Southhampton une petite armée de professionnels, archers pour la plupart qui ont participé aux opérations militaires de Galles, Irlande ou Ecosse. Ces rudes hommes utilisent le fameux arc gallois - le longbow - en bois d'if, d'hauteur d'homme, capable de percer une armure à 100 mètres et pouvant lancer 10 flèches par minute ! Une arme défensive terrible qui a déjà fait ses preuves notamment à Crécy, 70 ans plus tôt puis à Poitiers 10 ans plus tard à la grande confusion des troupes françaises et notamment de la cavalerie qui y fut massacrée ! Le Roi Henri V lie à lui par serment ses soldats et leur verse une solde ("six pence a day" selon le chroniqueur anglais John Stevens, ce qui ne semble pas bien cher pour risquer sa vie. Heureusement, il y a le pillage et les rançons des nobles chevaliers faits prisonniers pour améliorer l'ordinaire !). Les soldats anglais sont fortement encadrés et ont l'habitude de se battre ensemble. Il s'agit donc d'une troupe solide, disciplinée et homogène.

Quelle est, en cette année 1415, la situation côté français. Elle est politiquement désastreuse. La santé du Roi Charles VI ne lui permet plus de diriger le royaume qui est livré à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons à tel point que le gouvernement pro-armagnac n'ose pas lever les milices parisiennes, soupconnées de préférence bourguignonne, pour aller affronter l'anglais. Jean sans peur, duc de Bourgogne, le meilleur chef militaire français de l'époque, refuse de participer à la campagne et recommande à son frère, duc de Brabant d'en faire autant (conseil que d'ailleurs ce dernier ne suivra pas puisqu'il laissera la vie sur la champ de bataille). On convoque donc l'Host dans tout le royaume et on sort l'oriflamme de St Denis. La noblesse est mandée d'aller sus à l'anglais et de le bouter hors du royaume. Comment se présente-t-elle, cette armée royale ? Elle est composée, pour une grande part, de nobles chevaliers assistés de leurs servants et écuyers. Le reste, la "piétaille" méprisée par les chevaliers, est composée d'hommes d'armes, de piquiers, de "vougiers" et d'arbalétriers. Ils viennent derrière et ne sont là que pour exploiter les assauts de la cavalerie où se pressent voire se bousculent, ivres d'orgueil et de beaux coups, les beaux chevaliers dans leurs superbes armures. Pas ou peu d'archers (l'arc, c'est bon pour ces vils anglais ! ). Ah, j'oubliais ! Il y a aussi de l'artillerie (on n'en est qu'aux balbutiements !). Quelques bombardes de 1ère génération, pesantes, peu ou mal maîtrisées mais toutefois capables de faire leur petit effet à quelques centaines de mètres en terrain découvert ; ébranler une troupe compacte, par exemple, retranchée derrière ses défenses de rase campagne.Tout cet ensemble hétéroclique se mettra en place en grand désordre. Difficile, en effet, de faire obéir, encore plus de faire manoeuvrer ensemble, des grands seigneurs qui se jalousent, se défient, bref, ne pensent qu'à leur gloire personnelle et non à la victoire finale ! Il y a plus grave encore :  Le commandement est multiple. Il y a là Jean 1er comte d'Alençon, le connétable Charles 1er d'Albret, Olivier de Clisson et le maréchal Jean II de Meingre, dit Boucicot qui semble être le seul à craindre l'anglais et à peu-près le seul à avoir la tête sur les épaules dans l'optimisme général. Il est vrai qu'il a connu quelques années auparavant à Nicopolis un cuisant échec face à des archers ottomans retranchés derrière une forêt de pieux, ce qui semble avoir calmé son enthousiasme pour les charges de cavalerie inconsidérées ! Les chefs de guerre français ne sont naturellement d'accord ni sur la tactique ni sur l'opportunité des manoeuvres. Après bien des palabres, Boucicot obtient avec peine l'accord pour le combat à pied et non la charge de cavalerie, de sinistre mémoire contre les anglais (les défaites de Crécy et de Poitiers déjà évoquées). La tactique sera donc d'aller au contact de la ligne anglaise en 3 vagues successives, de l'enfoncer et de la détruire. C'est un plan qui semble logique vu la supériorité numérique (rapport de l'ordre de 3 contre 1) de l'armée française.

Comment se présentent les choses sur le terrain ? Henri V a pu finalement traverser la Somme sur un pont non gardé. Il progresse vers le nord puis, sachant l'armée française toute proche, il établit son camp en fond de vallée entre les bois d'Azincourt et de Tramecourt. Au Nord, l'armée française lui barre le chemin. Le choix anglais est judicieux. En infériorité numérique, il a choisi un front de bataille étroit, bordé des bois qui protégent ses flancs d'une attaque de cavalerie. De plus, les cieux sont anglais la nuit précédant la bataille. Une pluie lourde s'abat sans discontinuer sur les deux armées et transforme en bourbier la future zone des combats. Henri V dispose au centre sur une seule ligne ses cavaliers démontés et sa troupe à pied et sur les ailes, en saillie (technique anglaise habituelle et éprouvée), il dispose ses archers qui se protègent à l'aide de pieux fichés en terre.
De son côté, Boucicot, après les altermoiements que l'on sait, a disposé ses forces sur 3 lignes de bataille. Il a dû accepter que quelques forces de cavalerie s'établissent sur ses ailes pour, éventuellement, charger les archers anglais.
Les 3 premières heures de ce vendredi 25 octobre se passent en invectives et provocations diverses sans qu'aucune ligne ne bouge. En bon stratège, Henri V a compris qu'il lui faut mener un combat défensif, les conditions d'assaut étant détestables pour le camp qui s'y risquera. Il faut donc que les français attaquent ! Il fait alors avancer ses troupes jusqu'à portée de flèches, ce qui lui permet d'encore resserrer le front de bataille. Ne reste plus qu'à provoquer les bouillants et orgueilleux chevaliers français pour qu'ils viennent se jeter dans le piège. Une volée de flèches suffira à déclencher l'assaut - sans ordre - de la cavalerie placée sur les ailes et qui sera anéantie en quelques minutes. Devant ce spectacle, la 1ère ligne française s'ébranle et avance lentement en s'embourbant dans le terrain spongieux, sous une pluie de flèches anglaises. L'armée française na pas de contre-tir à proposer !  Les arbalétriers sont trop loins et les bombardes...sont embourbées, loin de la ligne d'assaut !  Cette 1ère ligne parvient enfin au contact et commence à ébranler la ligne anglaise. Henri V est désarçonné et à deux doigts d'être pris ou tué mais alors les archers placés en saillie sur les côtés de la ligne anglaise attaque de flanc les français, tuant ou faisant prisonniers un grand nombre de chevaliers empêtrés dans leurs armures et dans la boue. Dans une confusion extrême, les principaux princes étant déjà pris ou tués, la 2ème ligne française puis la 3ème viennent au contact sans pouvoir retourner la situation.
Les pertes françaises sont terribles pour la noblesse et l'administration royale : 5.000 chevaliers dont 7 princes de sang sont tués et 1.000 faits prisonniers. Les pertes en hommes d'armes sont mal connues (ce n'était sans doute pas très important à l'époque !). Il est probable que devant le désastre subi par les chevaliers amassés en 1ère ligne, la "piètaille", sans chefs, ait fait piteusement retraite, l'affaire étant trop mal engagée. Côté anglais les pertes sont ridiculeusement faibles (13 chevaliers et une centaine de soldats !)

Avec Azincourt, c'est le glas de la chevalerie qui sonne ! Ses méthodes de combat individualistes et irréfléchies sont dépassées car désastreuses face à des troupes entraînées et disciplinées. 
La revanche viendra 30 ans après, sous le Dauphin, futur Charles VII avec la levée du siège d'Orléans, les combats sur la Loire et la victoire de Patay (dans laquelle la mythique Jeanne d'Arc, l'improbable bergère de Domrémy, ne fut pour rien, n'ayant pas pris part aux combats !).


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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 17:38
On s'émeut régulièrement d'entendre des discours extrêmistes issus de certaines sphères dirigeantes algériennes qui accusent carrément l'ex-France coloniale de génocide et en réclame repentance et réparation. A ces discours répondent systématiquement d'autres discours de la droite française, magnifiant les bienfaits, l'oeuvre civilisatrice ainsi que l'essor économique liés à notre présence. L'homme raisonnable et sensé devine bien que ces discours outranciers dissimulent des "postures" à but politique mais qu'en fut-il vraiment dans la réalité ?

Tentons de trouver une réponse, en évitant soigneusement tout manichéisme idéologique, à cette question générale par le survol des principaux événements survenus lors des 135 ans de présence française sur ce territoire.

L'intervention militaire, tout d'abord : ses raisons ou plutôt ses prétextes  ne furent guère à notre avantage ! La France révolutionnaire empêtrée dans les difficultés économiques avait, dès 1794, accumulé auprès du Dey d'Alger des dettes (via notamment d'importantes livraisons de blé) ...toujours en souffrance en 1827 !! Non seulement le gouvernement de l'époque (royauté de Charles X) faisait la sourde oreille aux réclamations mais en plus il violait un accord local en fortifiant l'entrepôt de La Calle près d'Alger. Colère légitime du Dey qui, dans son indignation, en souffleta notre consul ! Outrage bienvenu pour une royauté française en mal de reconnaissance européenne et de crédibilité intérieure qui va trouver là une occasion d'intervention militaire trop belle pour être manquée !

La conquête et la pacification ensuite : Ce ne fut pas une promenade de santé pour le corps expéditionnaire de 40.000 hommes qui débarqua en 1830 et s'empara assez rapidement de la citadelle d'Alger, obligeant le Dey à capituler. Après ce léger hors-d'oeuvre, la conquête du territoire fut un plat autrement difficile à digérer. Il fallut 20 ans pour réduire les principales résistances d'Abdel Kader à l'ouest et des tribus berbères à l'est. Et 20 ans de plus pour achever la pacification après l'ultime révolte kabyle de 1871 ! Ceux furent les civils africains qui eurent à payer le prix fort de cette martiale aventure : Un million de morts soit environ le tiers de la population autochtone de l'époque fut le résultat de cette pacification.

Quel fut le statut juridique des populations ?  Napoléon III accorda généreusement la nationalité française aux indigènes....à la grande colère des colons qui voulaient une suprématie totale et sans partage et qui s'empressèrent de faire supprimer le sénatus-consulte à la chute de l'Empereur. En 1870 on accorda la citoyenneté française aux 37.000 juifs présents sur le territoire, créant ainsi de facto une discrimination entre juifs et musulmans. Cette même année-là, suite à la terrible défaite, eut lieu une immigration massive d'alsaciens et de lorrains expulsés de leurs terres par les prussiens et auxquels on s'empressa de donner de bonnes terres coloniales en dédommagement de leurs souffrances. Enfin, cerise sur le gâteau, on promulga en 1881 le Code de l'Indigénat magnifique outil de discrimination définitive entre les citoyens français  de souche européenne (dont une bonne partie était d'ailleurs d'origine italienne ou espagnole) et les sujets français (les indigènes) privés bien entendu d'une grande partie de leurs droits politiques. Le décor du fonctionnement de la colonie était planté.

Quelles furent les conditions de vie des populations indigènes ? La réponse découle naturellement de ce qui précède ! Avec un tel code à disposition, inutile d'être grand clerc pour deviner que l'administration française confia les meilleures terres aux colons et leur octroya les meilleures conditions environnementales possibles (prêts financiers avantageux, grands travaux d'irrigation et d'infrastructures, protection juridique, sécurité civile et militaire...) afin qu'ils puissent prospérer en utilisant (on ne va pas dire "en exploitant" pour ne pas se faire traiter de "crypto-marxiste" !) une main-d'oeuvre servile et à bas prix. Cette administration était naturellement aux petits soins pour ses "pieds-noirs" si courageux, si industrieux, si générateurs de richesse et qui, en plus, bénéficiaient de forts appuis au gouvernement. Ne participaient-ils pas à la grande affaire de l'Empire français ! Il n'était, bien entendu, pas question de les ennuyer avec des "droits de l'indigène" (la formule n'existait pas encore) qui auraient pu les gêner dans leurs activités. Richesse et grandeur de la France d'abord ! L'administration française alla même plus loin. Non contente de mettre le peuple indigène au plus bas de l'échelle économique, elle s'ingénia à opprimer sa culture et ses langues. L'usage exclusif de la langue française s'imposa dans l'administration, la justice, l'enseignement, les réglements de toutes sortes, l'affichage...On imagine sans peine les difficultés de l'indigène baragouinant un "sabir" arabo-français pour défendre ses malheureux droits et se protéger des exactions !! On ferma les écoles indigènes pour les remplacer par des écoles françaises....en nombre totalement insuffisant (En 1929 il n'y avait que 6% de la population indigène qui était scolarisée dans le primaire. C'est dire !). Les grands principes républicains de laïcité et d'enseignement primaire obligatoire étaient décidèment bien loin ! Et ces "pieds-noirs" choyés en voulaient encore plus pour asseoir leur suprématie ! Ils s'opposaient à la construction d'écoles et à la mise en place de tout ce qui aurait permis d'instruire les arabes dans la crainte qu'un jour ils en viennent à contester leurs prérogatives. Une telle attitude égoïste et dominatrice allait perdurer jusqu'au milieu du 20ème siècle et la guerre d'indépendance.

Avec le 20ème siècle et ses deux grandes guerres mondiales, l'abus de pouvoir atteint son paroxysme....jusqu'à l'explosion. A la confiscation des droits, à l'humiliation quotidienne on ajouta le sacrifice imposée. Des centaines de milliers de jeunes indigènes furent enrôlés (généralement de force) dans les troupes coloniales (qui enrôlèrent ,de même, des indochinois, des malgaches, des africains... L'armée française ne pratiquait pas la discrimination pour l'envoi au "casse-pipe" !) pour aller se faire massacrer (on les mettait de préférence en première ligne et dans les coups durs. C'était autant de sang français qui ne coulait pas !) dans les tranchées de 1914-1918 et lors de la campagne de France de 1944. On les utilisa même en Indochine où y firent leurs classes de nombreux cadres de la future guerilla. Dans la liesse de la victoire de 1945 des manifestations eurent lieu dans plusieurs grandes villes pour réclamer un peu plus de liberté, un peu plus de droits au vu des sacrifices consentis. En réponse, l'administration fit donner la police et les choses tournèrent à l'émeute à Sétif avec le massacre d'une centaine d'européens. La répression militaire fut féroce (20 à 30 mille morts indigènes selon l'historien B.Stora). Les nationalistes algériens avaient leurs martyrs et une véritable guerre d'indépendance allait pouvoir commencer.

Ce que l'on a appelé  la guerre d'Algérie commence véritablement en 1954 avec des attentats meurtriers et des massacres de colons. A cette époque, un million de "pieds-noirs" font face à huit millions de musulmans. Va s'en suivre un long cortège d'attentats, de guérillas, de ratissages, d'affrontements militaires, de terrorisme urbain dans un climat international de plus en plus hostile au "colonialisme", jusqu'à ce que De Gaulle mette les pouces et décide l'abandon en 1962. Le bilan de cette guerre sera d'une trentaine de milliers de morts (civils et militaires) côté français et d'une estimation comprise entre 500.000 et un million de morts musulmans qui ont une nouvelle fois payé le prix fort dans l'aventure. A noter au passage qu'une centaine de milliers de petites gens "pieds-noirs"  (souvent des gens âgés qui n'ont plus d'attache en métropole) vont rester sur place pour le meilleur et pour le pire. Dans la précipitation du départ on "oubliera" des dizaines de milliers de harkis qui avaient fait confiance à la France et qui se retrouveront, désarmés par nos soins, livrés aux mains vengeresses du FLN. C'est sans doute le plus grand motif de honte nationale de cette malheureuse affaire.

Par manque de réalisme et de pragmatisme la France venait de râter, après l'Indochine, une deuxième décolonisation, laissant son ancienne colonie entre les mains d'une organisation guerrière au nationalisme exacerbé et marxisant, dépourvue de compétences administrative et gestionnaire, qui allait en quelques dizaines d'années ruiner le pays malgré les énormes richesses énergétiques du sous-sol, ouvrant ainsi la voie à l'extrêmisme islamique.

Bref, en toute honnêteté, ce rapide constat n'est guère flatteur pour nos couleurs ! Tout ce qui a été évoqué ci-dessus soulève plus le coeur qu'il n'engendre de fierté pour une oeuvre civilisatrice digne de ce nom. Sans doute y eut-il dans l'administration des gens dévoués et lucides, soucieux du sort des sujets français musulmans. Sans doute aussi y eut-il  chez les "pieds-noirs" des gens justes et de bons patrons appréciés et aimés de leurs employés. Sans doute y eut-il beaucoup de "petits blancs" qui vécurent en bonne relation de proximité avec les autochtones. Sans doute même y eut-il beaucoup de dévouement de la part des instituteurs, des prêtres et des missionnaires. Il semble établi que principalement dans les agglomérations importantes et au moins jusque dans les années 50, les conditions de coexistence des communautés étaient sinon idylliques du moins convenables et pacifiques. On était très certainement fort loin d'un systéme de type "apartheid" d'Afrique du sud ou de l'odieux comportement colonial britannique étalant une cynique supériorité d'homme blanc aux Indes et dans les colonies d'Afrique. Le Génie français avait su laissé une petite place à l'humanisme dans un océan d'injustice et les grands principes républicains n'étaient pas oubliés par tous. Il n'empêche ! La France, dans la ligne de la mentalité coloniale du 19ème siècle, avait mis en place en Algérie un système de société profondèment injuste à tous points de vue et n'avait jamais su, voulu ou pu l'amender. Un tel système ne pouvait se maintenir non par l'adhésion des gens mais uniquement par la force. 
Et un jour la force manqua...comme elle avait, un beau jour, manqué à tous les anciens empires bâties sur la suprématie militaire.

Seul le temps permettra l'oubli de cette tragique aventure. Quant à retisser des liens forts il y faudra, de part et d'autre, beaucoup d'intelligence politique, de tolérance et de générosité, vertus fort peu répandues dans les relations internationales !
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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 13:37

 

Dans notre grande revue des Maréchaux du premier Empire, nous avons vu successivement ceux que l'on a classé (arbitrairement, selon nos propres critères et sans tenir trop compte de leur popularité historique) au "top" puis un malchanceux accablé (Grouchy). Aujourd'hui, nous nous proposons d'examiner l'une des figures les plus pittoresques de l'époque :

Le Maréchal François-Joseph LEFEBVRE, duc de Dantzig.

 

 

Le goût des choses militaires lui fut sans doute transmis par son père, hussard du Roi ou gendarme selon les légendes. Tôt orphelin, il est recueilli par un oncle curé qui se met dans la tête de faire de ce neveu-là son successeur au service de Dieu. L'enfant gardera de l'enseignement de son oncle une solide formation en français, en Allemand (il faut dire au passage qu'il est né à Rouffach, en Alsace ce qui a dû grandemant faciliter la maîtrise de cette langue) mais aussi en grec et en latin ! S'il a des dispositions pour les langues, notre jeune gaillard n'en a guère pour les affaires d'église. Fatigué des soins et sermons de l'oncle, voilà notre adoslescent (il a alors 17 ans) qui fugue et s'enfuit vers Paris, balloche à l'épaule et dormant dans les fossés ! Sitôt arrivé, il s'engage dans les Gardes Françaises du Roi.

Après 10 ans de services, le voilà promu sergent. Nous sommes en 1782. Il épouse une blanchisseuse de la rue Poissonnière (la future fameuse madame "Sans-gêne" de la Cour impériale) qui lui donnera 14 enfants (les femmes étaient prolifiques à cette époque-là mais la mortalité infantile était terrible. 13 n'atteindront pas l'âge adulte !). Il est lieutenant en 1789 et son comportement pendant les émeutes de Paris sera celui d'un homme de devoir, fidèle à son serment. Il protégera le départ pour l'émigration de ses supérieurs et sera blessé en défendant la famille royale lors de son transfert aux Tuileries. Quand la République est instaurée, il sert d'abord dans la Garde Nationale puis va faire une carrière fulgurante aux armées du Nord où nous le retrouvons Général de brigade en 1793 puis Général de division en 1794 sous les ordres de Kellermann, un autre fameux général alsacien. Devenu Gouverneur de Paris, son soutien va être déterminant pour la réussite du coup d'Etat du 18 Brumaire qui amène Bonaparte au Consulat puis bientôt à la tête du pays. C'est lui qui pénètre (et non pas Murat), l'épée à la main dans la salle de réunion des Cinq-Cents et qui les expulse "manu militari", à la tête de ses grenadiers.  Napoléon le récompensera en le faisant sénateur en 1800 puis Grand-aigle de la Légion d'honneur et enfin Maréchal en 1804 lors de la première grande série de nominations militaires.  Ses rudes manières et le comportement de son ex-lingère de femme vont le desservir auprès de l'Empereur qui s'irrite que sa Cour impériale ressemble à un corps de garde !

Napoléon n'utilisera les talents militaires de notre nouveau Maréchal qu'à partir de 1805 et notamment lors de la campagne d'Allemagne de 1806 au cours de laquelle il commande à Ièna l'infanterie de la Garde impériale. En 1807 il va s'illustrer lors de la campagne contre la Prusse et après la bataille d'Eylau il va accomplir son fait de guerre le plus éclatant en s'emparant de la forteresse de Dantzig, ce qui lui vaudra de recevoir le titre de Duc. A ses artilleurs qui lui font part de leurs difficultés techniques lors du siège il a cette réponse superbe de soldat fonceur : "Je n'entends rien à vos histoires mais faites-moi un trou la-dedans et j'y passerai !"

L'année 1808 va le trouver en Espagne où il remporte de nombreuses batailles contre les espagnols mais aussi contre les anglais qui ont débarqué sur le continent. En 1809 il sert en Allemagne où sa connaissance de la langue est des plus utiles. Il va commander notamment l'armée du Tyrol sans toutefois venir à bout d'une révolte nationale. D'une fidélité sans faille, il va, à la tête de la Vieille Garde, accompagner l'empereur en Russie d'abord puis jusqu'aux ultimes combats de la campagne de France de 1814. Il ne le quittera qu'après la première abdication. Fait Pair de France par Louis XVIII, il vote par pragmatisme la déchéance de l'Empereur mais se ralliera à lui lors des Cent jours. Son âge et ses infirmités ne lui permetront pas de participer à la fin de l'épopée napoléonnienne. Il mourra en 1820 et sera enterré au Père Lachaise à côté du tombeau de Masséna.

Profil sympathique que celui de cet homme du peuple plongé dans les tourmentes historiques de son époque. Personnalité fort pittoresque aux manières frustres, c'est un homme bourru mais juste, au caractère trempé, populaire car proche de ses hommes qu'il emmène au combat avec la courage et la bravoure tranquilles du soldat de métier qui fait son devoir jusqu'au bout avec une fidélité sans faille. Voilà un bel exemple d'homme de devoir et de panache aux engagements indéfectibles.

 

 

 

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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 08:30

 

Le dernier nommé des maréchaux de Napoléon ....et même le "dernier des derniers" voire la honte de la corporation si l'on en croît la détestable réputation qui lui a été faite par Napoléon d'abord dans ses mémoires puis par les historiens de l'époque, après la funeste journée du 18 juin 1815 à Waterloo !

L'Empereur lui-même avait à St Hélène trempé la plume dans le fiel lorsqu'il fit écrire par Las Cases dans ses mémoires ce jugement à la fois terrible et définitif : " Le maréchal Grouchy avec 34.000 hommes et 108 pièces de canon a trouvé le secret qui paraissait introuvable de n'être, dans la journée du 18, ni sur le champ de batallle de Mont-Saint-Jean: ni sur Wavres... La conduite du maréchal Grouchy était aussi imprévoyable que si, sur sa route, son armée eût éprouvé un tremblement de terre qui l'eût engloutie...". L'étude critique des différents documents contradictoires produits par l'Empereur sur cette fameuse bataille perdue a, depuis, mis en évidence une certaine mauvaise foi de sa part ou, pour le moins, un souci de justifier a posteriori certaines décisions prises au cours de cette journée en réarrangeant des déplacement de troupes voire en accablant ses subordonnés (il faut bien dire que le choix des Maréchaux qu'il avait fait pour cette campagne de Belgique ne fut pas des plus heureux !) sans trop se soucier de la réalité des faits ! 

Comme quoi, même les grands génies ne résistent pas au besoin très humain de s'auto-justifier lorsque le destin leur devient défavorable.

 

 

Pauvre Grouchy ! Il va payer pour les autres ! Ce brave et courageux soldat, brillant chef de cavalerie, fidèle d'entre les fidèles, aristocrate et fils d'officier noble, fait un début de carrière prometteur dans l'armée royale puis, en 1789 (il a 21 ans) il se prend d'enthousiasme pour les idées révolutionnaires (voilà qui est plutôt sympathique de la part d'un fils de noble famille !) et s'enrôle dans l'armée républicaine dans laquelle il va rapidement franchir les grades vu son expérience des armes. Exclu un moment de l'armée à cause de ses origines nobles, il reprend du service après la chute de Robespierre et devient le chef d'état-major de Hoche en Vendée. Il est désigné comme chef de l'expédition d'Irlande dont le débarquement échoue. Lors de la première campagne d'Italie, sa conduite au feu est remarquable. Ensuite, sous le Consulat, on le retrouve à l'armée du Rhin, sous les ordres de Moreau (le grand rival de Bonaparte à l'époque) participant glorieusement à la victoire de Hohenlinden. Son attachement à Moreau lui vaudra naturellement l'antipathie du nouveau premier Consul et bientôt Empereur. Revenu en grâce en 1806, il va participer à la tête d'une division de dragons aux batailles de Lubeck, Eylau et Friedland et sera plusieurs fois blessé. Envoyé en Espagne, il sera chargé par Murat de mater l'insurrection de Madrid et en sera nommé Gouverneur. Rentré en France, il est de suite rappelé et s'illustre à Wagram. Il devient grand dignitaire de l'Empire. Il participe à la campagne de Russie à la tête du 3ème corps de cavalerie et son rôle sera déterminant à la victoire de la Moskowa pour l'enlèvement des redoutes russes. Il se distingue en protégeant la retraite de la Grande Armée. Au retour en France il se fâche avec l'empereur auquel il réclame sans succès (il a alors 45 ans et les grandes chevauchées ajoutées à ses multiples blessures lui sont devenues sans doute pénibles) un commandement d'infanterie. Fidèle à son serment il reprend toutefois du service dans la cavalerie lors de la campagne de France de 1813. Il est blessé en reprenant Troyes puis de nouveau et grièvement à Craonne. Au retour de l'ile d'Elbe, le revoilà au premier rang des fidèles, se mettant au service de la Patrie. Envoyé comme commandant en chef de l'armée des Alpes, il la réorganise et prépare la défense des frontières de Savoie et du Pièmont puis revient à Paris. Devant tant de dévouement, Napolén le fait Maréchal un mois avant la campagne de Belgique et lui confie l'un des 4 corps d'armée qui vont y participer.

 

 

Après avoir battu les prussiens à Ligny le 16, il reçoit de l'Empereur la mission de poursuivre Blücher et de l'empêcher de joindre ses forces à celles de Wellington. Cette mission s'avérera essentielle pour la suite des évènements : Napoléon veut maintenir les 4 corps de Blücher au large du Mont St Jean où il veut maintenant battre les anglais de Wellington. Les corps de Blücher battus le 16 par l'aile droite française ne sont ni détruits ni en déroute. Napoléon les croît hors d'état de nuire pour quelques jours mais ses estimations, sur la base de rapports optimistes concernant la retraite prussienne, sont fausses. Première erreur funeste. Les prussiens ne font pas retraite. Blücher est un dur-à-cuire et un chef expérimenté. Il reforme ses corps ébranlés, se replie vers Wavres et laisse son 4ème corps intact en rideau devant Grouchy pour cacher ses intentions. Dans la journée du 17 et la matinée du 18, il dirige ses forces vers l'aile gauche de l'armée anglaise qui attend l'assaut des français à Mont St Jean. Le contact n'a jamais été interrompu entre Wellington et Blücher, ils ont su parfaitement coopérer et coordonner leurs opérations. Ce sera la clef de leur victoire. A l'inverse, le contact n'a pas été ou mal assuré avec l'aile droite de Grouchy et là, la responsabilité en incombe d'abord à Soult, chef d'état-major en remplacement de Berthier et donc responsable de la coordination des 4 corps français. Soult n'a pas cru ou voulu croire (suivant en cela aveuglèment le sentiment de Napoléon) à un retour de Blücher et il a tout bonnement négligé, par légèreté, manque de rigueur ou incompétence, la liaison avec l'aile droite française.  Quand, dans l'après-midi du funeste 18 juin, les corps de Blücher vont jaillir sur le champ de bataille de Mont St Jean et assaillir le flanc droit français, il sera alors trop tard pour rappeler Grouchy que l'on a laissé sans ordres et la bataille sera perdue. 

Pour l'orgueil français et la réputation de l'empereur, il fallait des responsables à ce désastre. On ne chargea pas trop le Maréchal Ney, le "brave des braves", le héros de la retraite de Russie, celui qui sera fusillé pour sa fidélité à l'Empereur. Et pourtant, il n'avait pas été très bien inspiré pendant toute cette affaire. Il aurait pu bousculer les anglais dès le 16 et les empêcher de se mettre dans une forte position défensive (la grande spécialité de Wellington) le 17. Houspillé par l'empereur et voulant réparer sa bourde il pêchera par la suite par excès de précipitation, lancant ses escadrons sur les carrés anglais sans préparation d'artillerie suffisante, ce qui revint à les envoyer au massacre, la puissance de feu anglaise étant redoutable. Il accumulera ainsi les fausses manoeuvres à la grande colère de Napoléon qui ne semblait déjà plus maîtriser la situation. A cinq heures, les carrés anglais n'étaient pas rompus..et Blücher survint !

On ne s'en prit pas trop non plus au maréchal Soult, le héros d'Austerlitz, le "premier manoeuvrier d'Europe" comme l'avait ou l'aurait appelé Napoléon après son assaut victorieux sur le plateau de Pratzen. Pourtant son incompétence en tant que chef d'état-major, semble avoir été notoire. Durant cette campagne, ses ordres brouillons, ses contre-ordres, avaient semé la pagaille dans les corps d'armée et sans doute aussi perturber la confiance dans la tête de leurs chefs. Son manque de contrôle de l'aile droite avait conduit tout droit au désastre. On ne s'en prit pas plus à la troupe peu aguerrie, peu expérimentée parce que trop jeune qui, en partie, s'était débandée à l'arrivée des prussiens. Restait le bouc-émissaire parfait, le tout nouveau Maréchal Grouchy qui n'avait pas su neutraliser Blücher et, qui plus est, entendant la furieuse canonnade de Mont St Jean n'avait pas osé transgresser les ordres de Napoléon malgré les supplications de plusieurs de ses officiers. Imperturbable, il avait décidé, non pas de"marcher au canon" comme sans doute son instinct lui suggérait mais bien de continuer à talonner le corps prussien en rideau devant lui, le battre à Wavres puis s'ouvrir la route de Bruxelles...alors que le sort de la bataille se jouait au Mont St Jean ! Apprenant le 19 le désastre français il se repliera sur Reims en ordre après s'être frayé un chemin au travers des armées anglaises et prussiennes !

Alors, que penser d'un tel chef de corps ? On ne peut guère lui reprocher des idées de trahison (à la différence de bien d'autres !). C'était un fidèle absolu. On ne peut non plus lui reprocher de la couardise. Ses conduites au feu et ses multiples blessures témoignent de son courage physique. On peut certes lui reprocher de s'être fait "enfumer" par Blücher, de ne pas avoir surveillé d'assez près les mouvements ennemis ou d'avoir trop attendu des ordres de l'Etat-major qui venaient pas. Que ne les a-t-il sollicités, ces fameux ordres, pensera-t-on ! Pas si simple car c'était alors risquer d'agacer l'Empereur qui n'appréciait guère les recommandations ou les injonctions de ses officiers, surtout sur le champ de bataille ! Sans doute est-ce sa confiance absolue dans le génie militaire de Napoléon qui l'aura retenu d'outrepasser des ordres défaillants plus que la crainte de faire mal ou l'indécision d'un chef dépassé par les évènements ou ayant, selon le moderne principe de Peter, atteint son niveau d'incompétence. Ce baroudeur aux multiples campagnes connaissait trop l'importance de la discipline au combat et n'agissait pas sans ordre. Si l'Empereur avait besoin de lui, il l'appellerait. Point barre ! La vraie raison de son attitude est sans doute là.

Cela lui valut, au regard de l'Histoire, l'injustice d'être considéré comme le principal responsable de la défaite. A Marengo, le futur Napoléon avait été sauvé d'une défaite similaire par l'arrivée d'un Desaix qui, lui, n'avait pas hésité à "marcher au canon" ! Mais à cette époque-là, on se battait à l'instinct. C'était la victoire ou la mort (la guillotine fut un temps la sanction des généraux vaincus !). Les Etats-majors étaient peu garnis et les généraux surveillés par les commissaires de la république ! C'était encore le temps des élans héroïques et des grands meneurs d'hommes. En 1815, Grouchy n'était pas Desaix, l'élan héroïque avait fait place au doute, le pays était fatigué. Les meneurs d'hommes, usés par trop de campagnes, ne croyaient plus beaucoup en l'étoile d'un maître lui-même fatigué, bedonnant, sans doute miné par la maladie  et qui n'avait peut-être plus cette fameuse "vista"qui, selon le mot de Wellington, valait 50.000 hommes sur le champ de bataille. C'était la fin d'une époque militairement glorieuse mais économiquement et socialement désastreuse. La paix revenait enfin ...mais avec elle l'ancien régime !

 

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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 13:45

 

Ainsi débute le poême de Victor Hugo, fils du général Hugo qui servit sous l'Empire, principalement en Espagne.

  " Waterloo, Waterloo, morne plaine

  "Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine...."

L'un de mes grand-pères me le récitait parfois avec cette sorte de douloureuse nostalgie qui entoure les terribles évènements de notre histoire de France et le gamin de 10 ans que j'étais alors se sentait plein de compassion pour cet empereur déchu, ces dragons hachés par la mitraille anglaise, ces derniers carrés de soldats toujours debouts dans la débandade générale. Nous faisions à l'époque des rêves héroïques...bien loin des jeux vidéos d'aujourd'hui !

Bien triste journée que ce 18 juin 1815. Toute la nuit précédente, il a plu et des rafales de vent glacé n'ont fait que rajouter à la misère du troupier qui grelotte, affamé, sous son manteau trempé. Rien de quoi remonter le moral des soldats voire des officiers déjà fragilisé par les rumeurs qui courent dans les bivouacs. Des officiers supérieurs ont fait défection la veille et ont rejoint le Roi Louis XVIII à Gand, certains Maréchaux (et notamment Soult qui a pris la place de Berthier, suicidé 3 semaines auparavant, auprès de Napoléon) ne sont pas sûrs, l'Empereur est trahi, l'ennemi est plus nombreux, en position défensive et bien au sec (ce qui d'ailleurs est faux mais on prête volontiers  aux autres le confort que l'on n'a pas soi-même). Voilà pour la troupe. Elle est jeune, inexpérimentée (sauf ceux qui ont fait la campagne de France de 1814 et les anciens de la guerre d'Espagne). Les anciens, les "durs à cuire" des campagnes européennes ne sont plus là, épuisés, trop vieux, invalides, usés, morts de faim, de froid, d'épuisement, des blessures infectées, de maladie. L'élan révolutionnaire est un lointain souvenir, ignoré des "Marie-Louises", les jeunes recrues adolescentes de 1813. La confiance absolue dans l'Empereur est érodée par tous les évènements récents, l'abdication, le retour de la royauté, l'occupation brutale du pays par les armées coalisées. Le retour de l'ile d'Elbe a sans doute créé un nouvel élan mais qui tient sans doute autant à la maladresse du régime royal rétabli qu'à l'amour pour Napoléon. Les gens raisonnables savent que c'est un retour sans lendemain. Il durera cent jours.

L'empereur lui-même a changé. Il s'est épaissi, il "bedonne" comme peuvent le constater les troupes passées en revue. Ce n'est plus le jeune général fougueux et anguleux de la campagne d'Italie, capable de chevaucher des jours durant sans repos ni le stratège méticuleux, concentré et maître de la situation à Austerlitz. Un soldat de métier sent ces choses-là et sa confiance n'est plus la même. Les campagnes (et peut-être aussi la maladie) ont usé l'organisme de Napoléon. Il n'a plus la même énergie qui galvanisait tous ceux qui l'entouraient. Il fera même preuve dans la journée du 18 juin, selon des témoins, d'une certaine apathie qu'on lui avait déjà connue lors de la campagne de Russie. Dans la nuit du 17, épuisé il dormira sans avoir le courage de reconnaître par lui-même le champ de bataille du lendemain. Certes, le temps ne s'y prêtait pas. A Austerlitz il y avait aussi le froid et le brouillard (on était alors en décembre) mais alors l'Empereur avait reconnu méticuleusement le terrain dans les jours précédents et avait amené ses ennemis à se battre exactement là où il le voulait. A Waterloo, la connaissance du terrain est sommaire, voire fausse, les cartes peu fiables. Au matin du 18, on ne sait pas où sont exactement les anglais que l'on s'apprêtent à attaquer et on ne connaît pas leurs intentions. Ce sera l'une de ses erreurs mais malheureusement pas la seule lors de cette funeste journée. Epuisé, sans énergie, le génial stratège qui a ébloui l'Europe pendant des années, n'a plus l'oeil à tout, même son fantastique coup d'oeil est mis en défaut (la faible visibilité lors de ces jours-là n'arrange rien). Il semble diriger mollement les opérations et se fie trop à Ney, piètre manoeuvrier qui va épuiser en pure perte sa cavalerie sur les carrés anglais à la redoutable puissance de feu. Il compte sur Soult pour l'organisation générale des corps de bataille mais ce dernier n'arrive pas à la cheville de Berthier et, en plus, il n'est pas impossible qu'il trahisse ! L'un des 4 corps de bataille, suite à des ordres brouillons ou mal transmis, va "se balader" lors des journées des 16 et 17 sur le champ de bataille sans être utile à quoi que ce soit. Le 18, mal engagé et dans une formation inappropriée, il va être taillé en pièces par la charge des dragons écossais. Pire, Soult ne va pas prendre soin de garder un contact étroit (alors qu'on est en pays ami) avec l'aile droite commandée par le maréchal Grouchy, lancé à la poursuite des prussiens, battus le 16 mais pas détruits alors que Napoléon les croit hors d'état de nuire avant plusieurs jours. Autre funeste erreur qui décidera du sort de la bataille. Quand Blücher surgira à la tête de ses 4 corps d'armée sur notre aile droite, en fin d'après-midi du 18 après avoir trompé lavigilance de ses poursuivants, il sera trop tard pour rappeler le corps de Grouchy - situé à une bonne dizaine de kilomètrs à l'est - et l'armée française prise sous trois feux va ployer puis bientôt se disloquer et enfin se replier en ordre voire se débander. C'est la dernière bataille de l'Aigle. Celui-ci tentera par la suite de justifier ses plans et d'occulter ses erreurs en faisant porter la responsabilité du désastre sur les circonstances contraires ou la maladresse de ses Maréchaux (Ney et Grouchy notamment) mais il semble bien que ce triste jour-là, c'est d'abord lui-même qui ait failli !

Et pourtant cette campagne de Belgique avait bien démarré, dans le plus pur style napoléonien. Une concentration efficace et discrète des troupes (pour un total de 120.000 hommes) à la frontière belge, une avancée rapide en trois colonnes vers Charleroi pour se glisser entre Wellington et Blücher afin de les battre l'un après l'autre. Les alliés (anglais, belges, hollandais, allemands et prussiens) qui se concentrent en Belgique savent que la seule chance de Napoléon c'est la surprise et la vitesse. Une grande victoire en Belgique pourrait décourager les autres alliés autrichiens et russes, en cours de concentration, et les amenait à traiter avec l'Empereur français. Il leur faut donc être liés dès que possible et n'accepter le combat qu'en position de force (Wellington est un spécialiste du combat défensif). Napoléon arrive quand même à les surprendre, les séparer et battre Blücher le 16. La première phase des opérations est donc réussie (pas suffisamment puisque Blücher reviendra en jeu le 18 pour le désastre que l'on sait). Reste à détruire les anglais. Et là tout va commencer à aller de travers. C'est d'abord Ney qui traînaille  le 17 et laisse Wellington faire une retraite paisible (à l'annonce de la défaite des prussiens) puis s'installer solidement en bordure de la forêt de Soignies. Les y déloger le 18 épuisera deux corps d'armée ainsi que la cavalerie de Ney. Comble de malchance, le terrain détrempé interdira tout déplacement d'artillerie avant la fin de matinée, retardant d'autant l'offensive sur les anglais et quand les carrés anglais seront sur le point de rompre, c'est Blücher qui décidera du sort de la bataille en surgissant sur notre droite. 

Finalement, cette défaite ne fut-elle pas un bien pour un mal ? Imaginons Napoléon vainqueur à Waterloo. Victoire difficile au vu des circonstances et sans avoir détruit les corps alliés en Belgique. Pas de quoi créer la panique dans le camp adverse et bien difficile de penser que les alliés auraient abandonné la lutte. Ils pouvaient mobiliser un million d'hommes, connaissaient à fond la stratégie napoléonnienne, pouvaient attaquer sur tous les fronts à la fois et savaient la France affaiblie, ses troupes trop jeunes, ses généraux et maréchaux fatigués, hésitants, ne croyant plus guère à la bonne étoile d'un Empereur vieillissant, beaucoup ayant fait allégeance à Louis XVIII ou prêts à se jeter dans ses bras. Ces gens-là, au premier revers, obligeraient Napoléon à une nouvelle abdication. Ce qui advint d'ailleurs, après Waterloo.

L'Empire avait vécu, la France saignée à blanc par 25 ans de guerres quasi-continuelles, retrouvaient ses frontières d'avant la Révolution et le joug d'une royauté tatillonne et revancharde.

Bien triste bilan pour ce quart de siècle de gloire miitaire et de révolution politique !

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9 avril 2007 1 09 /04 /avril /2007 08:09

 

Voici un jeune homme, fils de la Révolution, au tempérament de feu - Bonaparte lui-même le surnommera "Junot la tempête" ! - qui va peut-être incarner le mieux le mythe du Héros français. Il est grand, il est beau, il est blond, le sourire enjôleur, le visage "grâcieux et sévère tout à la fois" comme le décrira dans ses mémoires sa femme la duchesse d'Abrantes, le rire aux lèvres dans les plus grands dangers, intrépide à l'extrême, d'un courage physique absolu (à l'image du chevalier Bayard, autre Héros fameux de notre imaginaire collectif) et enfin passionné pour une noble cause (les valeurs républicaines) puis par un homme exceptionnel (Bonaparte) qu'il suivra partout après leur rencontre au siège de Toulon.

Comme tout Héros humain, il a ses faiblesses qui, chez lui, couvrent un bien large spectre : Irréfléchi, emporté (la tête près du bonnet diraient certains, une "tête brûlée" diraient d'autres), colérique, influençable, dépensier à l'extrême (flambeur dirait-on aujourd'hui), soldant ses dettes à coups de sabre, grisé par les plaisirs, grand amateur de femmes et d'honneurs mais capable d'abandonner tout cela dans l'instant pour rejoindre son Empereur sur les champs de bataille. C'est aussi le Héros malheureux (comme on les aime tant) au destin tragique. Suite aux multiples blessures reçues au feu, aux désillusions, au vieillissement précoce (25 ans d'aventures et de campagnes militaires usent un homme aussi solide soit-il), sa raison va vaciller. Revenu comme Ulysse vivre auprès de ses parents le reste de son âge, il se jettera d'une fenêtre dans un moment de folie puis s'amputera lui-même avec un couteau de cuisine pour succomber ensuite à l'infection. Dans la démesure même de cette mort, il dépasse la condition humaine pour atteindre la dimension mythique.

 

 

 

Rien ne semblait pourtant prédisposer Jean-Andoche JUNOT à un avenir héroïque. Il nait en 1771, en Côte-d'or, dans une famille aisée de la bonne bourgeoisie et après le collège entame des études de Droit à Paris. Mais voilà que surviennent les évènements de 1789 et l'avènement de la République. Comme sans doute bien de jeunes français de l'époque il est soulevé d'enthousiasme mais cet élan prend chez lui une dimension hors du commun. En 1790, à 19 ans, il s'engage dans le fameux bataillon des volontaires de la Côte-d'or qui va donner tant de valeureux soldats et officiers à la République puis à l'Empire. Le voilà dans l'Armée du Rhin. Il est élu sergent de grenadiers par ses compagnons et très vite se distingue par son intrépidité et son mépris du danger. Les conséquences de son extrême vaillance ne tardent pas : Il reçoit à la tête une terrible blessure qui se rouvrira souvent dans les années suivantes. Guéri, nous le retrouvons en France, au gré des affectations de son régiment. En 1793, il est du siège de Toulon, servant à la batterie dite des Sans-culottes et c'est là qu'il va faire la rencontre de sa vie en la personne d'un jeune capitaine du nom de Bonaparte. Une 1ère fois le capitaine demande un volontaire pour porter un pli à travers les lignes ennemies. Junot se présente. Bonaparte lui recommande de mettre des habits civils pour passer inapercu. Refus hautain de notre Héros. Il n'est pas un espion et si l'anglais veut discuter, ce sera à coups de grenades et de sabre. Bonaparte est impressionné par un tel gaillard. Une autre fois, Bonaparte a besoin d'une main sachant écrire proprement pour dicter une lettre. Une bombe anglaise explose à quelques mètres de notre écrivain d'occasion, couvrant de terre la lettre fraîchement écrite. Sans un frémissement, notre jeune Héros dit en riant : "Nous n'avions pas de sable pour sécher cette lettre, la terre fera l'affaire !". Bonaparte est définitivement conquis et s'attache les services du fugueux sergent. Notre jeune Héros sera de toutes les journées chaudes lors des campagnes d'Italie et d'Egypte. Souvent blessé, il ne sera pas avare de son sang. En récompense de sa belle conduite en Italie, il est chargé de ramener au Directoire les drapeaux autrichiens pris à l'ennemi. Il est fait colonel puis général à peine débarqué en Egypte. Il va vite se montrer digne de sa rapide montée en grade et s'illustrer au siège de St Jean d'Acre en repoussant une troupe turque de secours malgré une grande infériorité numérique. Son grand attachement à Bonaparte lui vaut un duel qui le laisse gavement blessé. Rapatrié par mer, il est fait prisonnier par les anglais qui le libéreront quelques mois plus tard mais lui feront manquer la journée de Marengo.

Toujours passionnément attaché à son maître, il va participer au 18 Brumaire et l'aider à accèder au consulat. En récompense, il est fait général de division puis Gouverneur de Paris. C'est un bien mauvais service que vient de lui rendre Bonaparte. Notre jeune Héros ne saura pas résister aux folies dépensières de sa jeune femme, se garder des mauvais conseillers et de tous ceux qui l'entourent et abusent de sa droiture et de sa naïve confiance. Il n'est ni un homme de cour ni un gestionnaire de charge et très vite les scandales financiers et autres prébendes vont se succèder au point qu'il faudra l'exiler en province, à Arras où il sera chargé de former un nouveau corps de grenadiers, tâche beaucoup plus dans ses cordes et dont il s'acquittea à merveille. Mal conseillé, il manifeste son mécontentement quand il n'est pas nommé lors de la première désignation de Maréchaux d'Empire en 1804, ce qui lui vaut un nouvel éloignement au Portugal comme ambassadeur. Lorsqu'il entend les bruits de bottes de la grande Armée quittant Boulogne, il quitte son poste à bride abattue pur rejoindre Napolén et participer à la victoire d'Austerlitz. Le voilà revenu en cour. Pas pour très longtemps car notre homme est décidèment plus homme d'action qu'homme de cour. Il sollicite maladroitement l'Empereur qui s'en débarrasse en l'expédiant à Parme juguler une rebellion. Mission accomplie, le voici de retour à Paris en 1807 où il récupère son titre de Gouverneur. Hélas les frasques et les folies de toutes sortes reprennent de plus belle. Nouvel exil en 1808 au Portugal où il se couvre de gloire. Il est fait Duc d'Abrantès mais il est gravement blessé peu après puis battu par Wellington. Il s'en sort bien en négociant une convention de retrait et peut rapatrier ses troupes, ce qui lui évite les foudres de Napoléon. De 1809 à 1812, il va se battre partout, d'Autriche en Russie en passant par l'Espagne, dans l'espoir du titre de Maréchal qui ne viendra jamais. En 1813, affaibli, s'appuyant sur une canne, vieilli prématurèment, défiguré par une balle en plein visage, proche de l'aliénation mentale, il est relevé, à 42 ans, de toutes ses fonctions et rapatrié de force chez ses parents en Côte-d'or. Il n'a plus sa tête. Cette vie folle dans les plaisirs et les dangers, l'épuisante vie de camp, les chevauchées à travers toute l'Europe, ses multiples blessures dont plusieurs à la tête, les désillusions de son attachement passionné à Napoléon, les reproches de ce dernier auront eu raison de ce Héros dont les folles passions ne pouvaient que le conduire à une fin tragique et dérisoire.

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