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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 10:52

 

Un bilan de la TVA sociale avait été établi sur ce blog à l'automne dernier visant à préciser les orientations de l'époque à la fois des économistes et des hommes politiques.

En ce printemps 2007, alors que nous abordons la dernière ligne droite du premier tour de l'élection présidentielle française, le candidat favori (depuis belle lurette) des sondages, à savoir (mais certains l'ignorent-ils ?) Nicolas Sarkosy adopte sur le sujet une position dynamique qui ne peut qu'encourager les partisans de cette mesure macro-économique et, bien entendu, relancer le débat. L'un des porte-paroles du candidat sus-nommé vient même, dans un article de la Tribune, de donner des indications précises sur un calendrier possible de mise en oeuvre. C'est bien la première fois que les choses vont aussi loin dans ce domaine et cela donne envie de se repencher sur la question et de procéder à quelques simulations.

Remettons-nous d'abord en tête , sur la base des statistiques officielles de 2005, les ordres de grandeur de quelques chiffres importants lorque l'on aborde un tel sujet :

NB : Il s'agit de valeurs statistiques qui peuvent être très éloignées de certaines réalités sectorielles.

PIB France : 1.710 Mds €  (Mds = Milliards)

Coût total du travail (salaires + cotisations sociales) : 891 Mds €  (soit 52% du PIB ou de la VA totale générée par l'activité économique intérieure française en 2005). Une autre façon d'exprimer la VA (valeur ajoutée) est de dire qu'elle équivaut  à 1,92 fois le CTT (coût total du travail)

EBE (excédent brut d'exploitation) : 582 Mds €  (soit 34% du PIB)

Ratio VA / C.A.HT = 40% (valable statistiquement pour les sociétés industrielles peu capitalistiques)

Répartition du CTT (vu plus haut) : Salaires bruts (SB) = 100 ; Cotisations patronales(CP) = 40

                                         soit l'égalité  CTT = 0,714 SB + 0,286 CP

Notons au passage que les CP représentent un montant (assez phénoménal) d'environ 255 Mds € qu'il serait tout-à-fait impossible de transférer en totalité sur la TVA puisque cela correspondrait (1 point TVA ~ 7,5 Mds €) à ...34 points de TVA supplémentaires. Une véritable folie économique ! Il ne peut donc s'agir que de transfert partiel de charges vers la TVA. 

C.A HT ~ PV HT client final. Cette égalité apparaîtra aux yeux des puristes comme une simplification abusive puisqu'elle fait l'impasse sur les paramètres de distribution des produits, les ristournes consenties, les politiques commerciales, et...Encore une fois, nous ne nous intéressons qu'aux ordres de grandeur. On en déduit une formule approchée :

                                   PV HT ~ 2,5 VA ~ 4,8 CTT (ce qui, globalement, signifie que le Prix de Vente HT correspond à environ 5 fois le coût global du travail)

A partir de ces chiffres, on va pouvoir se livrer à quelques simulations sur la base d'hypothèses de baisse des CP, le but du jeu étant d'apprécier la baisse du coût du travail sur le prix de revient (PR) des produits manufacturés (on ne tiendra pas compte des services dans ces simulations) puis sur le prix de vente avant et après l'application de la TVA classique de 19,6%.

On retiendra, en première analyse, 3 baisses de CP respectivement de 10%, 20%, et 30% qui seraient intégralement répercutés par les industriels (qui bénéficieraient de la mesure) sur leurs PR et PV. La prudence exigerait de mettre en place des procédures de vérification via des contrats sectoriels pour éviter l'effet d'aubaine et la tentation d'améliorer les marges.

1ère simulation : Baisse de 10% des CP :

La baisse mécanique du Prix de vente des produits manufacturés en France serait de 2,9% sur le HT et de 3,5% sur le TTC. A noter que pour retrouver le prix TTC de référence (situation avant la baisse de CP), il faudrait appliquer un nouveau taux de 23,2% SOIT 3,6 points supplémentaires de TVA.

2ème simulation : Baisse de 20% des CP :

La baisse mécanique du prix de vente des produits manufacturés en France serait alors de 5,7% en HT et de 6,8% en TTC. A noter que pour retrouver le prix TTC de référence, il faudrait appliquer une nouveau taux de 26,8% SOIT 7,2 points supplémentaires de TVA.

3ème simulation : Baisse de 30% des CP :

La baisse mécanique du Prix de vente des produits manufacturés en France serait lors de 8,6% en HT et de 10,3% en TTC. A noter que pour retrouver le prix TTC de référence, il faudrait alors appliquer un nouveau taux de TVA de 30,9% SOIT 11,3 points supplémentaires de TVA.

QUE CONCLURE DES CES SIMULATIONS ?

Au niveau des volumes de transfert, une baisse généralisée des CP correspondrait à des montants respectifs de 25,5 ; 51 et 76,5 Mds € , ce qui est loin d'être négligeable, d'une part, et milite pour des transferts sectoriels, d'autre part. 

La baisse des charges patronales entraîne une baisse du coût total du travail qui se répercuterait mécaniquement sur les prix de vente (sous réserve de procédures de contrôle de maintien des marges par les industriels) procurant un gain de compétitivité à l'Export (2,9 ; 5,7 et 8,6% sur les prix HT) mais aussi sur le marché métropolitain (3,5 ; 6,8 et 10,3% sur les prix TTC). Les capacités d'exportation des sociétés pourraient donc être considérés comme un paramètre de sélection pour l'aplication de la mesure. 

Le transfert sectoriel de la baisse des charges sur la TVA appliquée aux produits importés renchérirait mécaniquement ceux-ci (hausses de la TV de 3,6 ; 7,2 et 11,3 points supplémentaires selon les cas, à condition d'un transfert intégral) réduisant leurs avantages compétitifs et renforcant d'autant la compétitivité des produits français en Métropole.

La TVA SOCIALE apparaît donc comme un excellent outil puisqu'il permettrait par transfert des charges pesant sur les salaires à la fois d'améliorer la compétitivité française et en même temps de réduire les avantages compétitifs (liés aux coûts salariaux ou au dumping monétaire) des produits étrangers concurrents. Voilà pour la théorie.

La mise en oeuvre d'une telle mesure est une toute autre affaire car il peut y avoir des effets boomerang destructeurs si l'application est faite brutalement et sans mesure. Quels sont-ils ?

D'abord une inflation induite par la hausse des produits importés (c'est le "chiffon rouge" agité par les socialistes et les adversaires de la mesure). Le Danemark qui a passé il y a plusieurs années sa TVA à 25% n'a pas constaté une inflation significative. L'Allemagne qui vient de rehausser de 3 points sa TVA ne constate pas non plus d'inflation induite au bout de 3 mois (expérience que l'on peut estimer trop courte pour être significative).

Ensuite des mesures de représailles de la part des pays concurrents. Là, il faut envisager deux cas principaux : Les compétiteurs européens (zone Euro et hors-zone Euro) qui représentent les 2/3 de notre commerce extérieur et les compétiteurs mondiaux (les plus agressifs à cause soit des faibles coûts du travail soit des disparités monétaires - cas des Etats-Unis avec leur $ faible -  soit des deux - cas de la Chine). Avec l'Europe on peut imaginer parvenir par la négociation à un modus vivendi acceptable et sans représailles violentes (les allemands et les danois ayant montré l'exemple). Avec le reste du monde, çà risque être beaucoup plus "chaud" car la plupart des pays en développement comptent sur leurs avantages compétitifs substantiels (voir le comportement actuel de la Chine qui fait la sourde oreille à toute demande de réévaluation du Yuan de la part des Etats-Unis et de l'Union Européenne) pour alimenter leur croîssance. 

En résumé, une telle mesure, pour être efficace, ne devrait avoir que des applications partielles, visant des secteurs ou des sous-secteurs d'activité justifiant un rééquilibrage de compétitivité (on pense notamment aux Biens de consommation et aux Biens intermédiaires qui représentent la moitié de notre déficit commercial), devrait éviter l'engrenage des rétorsions commerciales.  et bénéficier d'une phase d'expérimentation suffisamment longue pour être convaincante.

 

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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 12:28

 

On a souvent la mauvaise habitude d'enfermer les gens connus (qui plus est quand ils sont médiatisés comme peuvent l'être aujourd'hui les hommes et dirigeants politiques) dans des catégories desquelles il leur devient vite impossible de sortir sauf situation ou évènement exceptionnel. Les Médias modernes avec leur besoin irrépressible de sensationnalisme et de traitement immédiat de l'information ne font qu'aggraver ce défaut très humain de classer, différencier et, en fin de compte, souvent simplifier à outrance l'opinion ou le jugement que l'on porte sur les choses, les évènements et les hommes.

Et pourtant, quoi de plus complexe et parfois de plus changeant qu'un être humain ?

Paul WOLFOWITZ nous en offre un magnifique exemple. Pour ceux qui ont suivi la politique américaine lors de l'affaire d'IRAK, notre homme est l'un des pires "faucons" qui poussèrent Bush Junior à déclencher les hostilités et il fait partie des  plus acharnés "néo-conservateurs" aux Etats-Unis. Comme va nous le montrer l'examen de sa biographie, la vérité est moins simple :

Fils d'un mathématicien juif polonais émigré aux USA dans les années 1920, Paul voit le jour à New York en 1943. La culture familiale le pousse vers les études scientifiques qu'il abandonne bientôt pour les sciences politiques à l'Université de Chicago. Notre jeune gaillard  a alors une réputation de trotskyste ! Il va rencontrer à l'Université de Cornell un maître à penser en la personne de Léo Strauss, théoricien du néo-conservatisme. Notre jeune homme devient un ardent convaincu de la "légitimité universelle des valeurs américaines". Un joli changement de cap à 180° ! Retour à l'Université de Chicago (il a décidèment la bougeotte !) où il rencontre un nouveau maitre à penser, théoricen de la stratégie nucléaire, qui le dirigera dans la rédaction de sa thèse sur le danger de prolifération nucléaire au Moyen-Orient. En 1972, il entre dans l'administration fédérale et partage ses amicales relations entre les démocrates et les républicains (les habitudes ne sont pas les mêmes qu'en France !). En 1977, le voilà au Pentagone sous le démocrate Jimmy Carter.

Déçu de l'administration de Jimmy Carter, il accueille avec enthousiasme la victoire en 1980 de Ronald Reagan qui incarne mieux, à ses yeux, son "idéal démocratique" ! Son enthousiasme est récompensé par un poste de Secrétaire d'Etat adjoint pour l'Est asiatique et le Pacifique. Dans les années 90, on le retrouve sous-Secrétaire d'Etat à la Défense avec Dick Cheney, chargé d'élaborer une nouvelle définition de la stratégie et de l'organisation des forces armées américaines. Lors de la 1ère guerre du Golfe, en 1991, il en organise le financement et parvient à convaincre Israël de ne pas intervenir. Il prêche aussi mais sans succès pour la loyauté envers les chiites du sud de l'Irak et les Kurdes que les Etats-Unis ont poussé à la révolte et qui seront abandonnés à la vengeance de Saddam Hussein. Sous la présidence de Bill Clinton, il se fait oublier comme professeur d'études internationales à l'Université John Hopkins de Washington.

Le nouveau président Bush Junior le nomme en 2001 Secrétaire d'Etat adjoint à la Défense sous Donald Rumfeld. Nous sommes alors à l'apothéose du faucon, ardent artisan du renversement de Saddam Hussein et de l'invasion militaire après le 11 septembre 2001. Considéré comme l'un des plus radicaux parmi les néo-conservateurs, il va mettre à son palmarès la justification juridique de l'invasion et le montage du dossier des armes de destruction massive (que les américains chercheront vainement dans tout l'Irak après l'invasion).

Ayant suffisamment "sévi" au Département de la Défense, Bush Junior préfère l'éloigner en mars 2005 en lui offrant une promotion à la présidence de la Banque Mondiale. Et là, miracle ! notre homme va rencontrer son chemin de Damas ! Comme son illustre prédécesseur, l'apôtre Paul qui, de persécuteur des chrétiens devint le plus grand propagandiste de la foi nouvelle, notre Paul Wolfowitz, le néo-conservateur uniquement soucieux de la puissance et de la gloire des Etats-Unis, va devenir le défenseur des pays pauvres (l'Afrique notamment) et l'apôtre d'une plus grande équité dans les rapports Nord-Sud ! Voilà un bien surprenante évolution !

Voici donc notre boute-feu dans l'affaire irakienne, devenu comme par enchantement le défenseur du faible et de l'éprouvé économique tiers-mondialiste ! Belle conversion s'il en est ! On ne peut qu'applaudir à son nouveau zèle qui doit en surprendre plus d'un dans les sphères dirigeantes de ce bas-monde surtout lorsqu'il fait des déclarations du type :

"Les pays riches devraient reponsabiliser leurs multinationales" (on croit rêver, de la part d'un dirigeant américain !)

"La préservation des biens publics mondiaux (diversité biologique, environnement, cultures locales, etc ...) est devenu un enjeu important pour la Banque Mondiale"

"La bonne gouvernance des pays pauvres est un enjeu majeur pour leur développement" (Là encore, on croit rêver quand on sait la politique de pillage et de corruption des élites locales pratiquées de tous temps par l'administration et les sociétés américaines sur tous les continents !)

Dans son zèle néophyte, notre nouvel apôtre s'en prend aussi aux détournements de fonds (par des dirigeants peu scrupuleux), aux paradis fiscaux, à la mauvaise gestion des ressources naturelles, réclame la transparence dans les industries extractives et un réquilibrage des revenus au profit des pays détenteurs des richesses minières....

Bref, notre homme a été touché par la grâce !. Le loup est devenu agneau !

Une dernière anecdote pour nuancer ce tableau idyllique : Il vit avec une féministe britannique d'origne tunisienne, en charge des droits des femmes arabes à la Banque Mondiale et à laquelle il a octroyé un salaire royal (supérieur, disent les mauvaises langues, à celui de Condoleza Rice en personne !).

Notre homme est donc aussi un adepte de l'adage " Charité bien ordonnée commence..."

 

 

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22 mars 2007 4 22 /03 /mars /2007 12:15

 

On peut théoriser sans fin, et nos commentateurs politiques ne s'en privent pas en cette période pré-électorale, sur les clivages politiques : système/anti-système, gauche/droite, progressisme de gauche/conservatisme de droite, etc... Tous ces concepts permettent de brillantes constructions intellectuelles qui n'intéressent générallement que les initiés ou les professionnels de la politique mais qui permettent d'amuser la galerie, de faire de beaux "effets de manche" ou, pire, de réaliser de savants camouflages d'intentions plus ou moins avouables.

Tout bon citoyen s'intéressant à la chose publique et désireux d'avoir une vision claire des grands enjeux contemporains ne peut manquer de s'interroger sur ce qui caractérise l'époque actuelle comparée à un passé récent. Cette réflexion l'amène, en simplifiant sans trop d'outrance, à identifier les quelques points fondamentaux décrits ci-dessous :

Après l’échec patent des tentatives collectivistes d’organisation de la société et de la production et les désastres sociaux et économiques engendrés (il y a encore malheureusement des gens pour mettre cela en doute après les exploits des Staline, Mao, Pot Pol, Castro.. !!) force est de reconnaître qu’il n’y a qu’une seule chose qui marche si on veut à la fois le progrès social et le progrès économique : c’est l’économie de marché. Il y a 40 ans, c’était loin d’être évident pour tout le monde !

La rivalité politico-militaire Est/Ouest a été remplacée par la constitution de blocs économiques (Amérique - Europe - Asie du sud-est) à la fois concurrents et collaborant (peu ou prou) à travers des organismes internationaux encore fragiles mais qui échangent de plus en plus entre eux.

L’explosion des échanges internationaux via la mondialisation a rendu impossible le retour en arrière vers des économies nationales autarciques. S’en plaindre ne servirait à rien. Les nations doivent s’adapter ou péricliter. Au passage, cette mondialisation a permis une forte extension de la démocratie à travers le monde et une croîssance économique mondiale significative.

Cette mondialisation de l’économie et les énormes flux financiers qu’elle engendre, rend illusoire l’ambition d’un état de maîtriser les évolutions de sa propre économie, ne lui permettant que des évolutions à la marge via notamment ses politiques fiscales et sociales. En clair, un état, un pays ne maîtrise plus son propre destin. Bon gré, mal gré, il doit faire avec les autres !

Le modèle économique dominant (libéralisme économique) laissé à lui-même génère ses propres excès (financiarisation excessive, recherche du profit immédiat via les Hedge funds et autres fonds de placement divers au détriment d’un développement réfléchi et durable, délocalisations, pollutions incontrôlées, déforestations, exploitation des populations les plus faibles, sociétés multinationales et holdings financiers imposant leur loi...) considérés, à raison, comme des menaces par les populations nationales et rendant évident le besoin d'une organisation internationale puissante et contraignante, non seulement économique mais aussi politique, financière, juridique, pour la protection des faibles (populations, états, nations voire continents entiers comme l'Afrique) et la garantie ou - a minima -  la recherche de l'équilibre mondial des forces et des échanges.

A partir de tels fondamentaux que la sagesse populaire a mieux assimilés que ne le pensent souvent les hommes politiques, quelles sont les grandes options possibles - hors toute idéologie - à la disposition de nos candidats (ceux que l'on peut considérer comme sérieux, pas ceux qui rabachent un catéchisme gauchiste, alter-mondialiste, lobbyiste ou nationaliste outrancier : Aïe ! çà en fait pas mal à éliminer !) à l'élection présidentielle pour une politique nationale française ?

Tout bien réfléchi, il n'y a, en fait, que deux grandes options :

La 1ère option, la plus évidente et à peu-près partagée par les candidats (les sérieux, toujours !) à la présidence, est de chercher à renforcer l’organisation européenne (ce n'est pas une mince affaire !) et les organismes internationaux existants (OMC bien sûr mais aussi d'autres) afin de réduire les dysfonctionnements des échanges (dumpings divers, déséquilibre des monnaies et des forces en présence..), de protéger les économies européennes, d’améliorer les relations multilatérales et de protéger la nature.

La 2ème option, la plus ouverte, et sur laquelle nos candidats s'étendent beaucoup car elle conditionne directement la vie de nos concitoyens, consiste à renforcer nos moyens nationaux pour améliorer nos chances (donc notre croîssance, notre emploi, notre niveau de vie...) dans la compétition mondiale. Vaste sujet, s'il en est car il remet bien des choses en cause : nos institutions, l'organisation, le fonctionnement, les prérogatives et le train de vie de l'Etat et de l'Administration (vous savez, celle que le monde entier nous envie !), l'enseignement, la recherche, la santé, la solidarité nationale, notre économie (et donc notre fiscalité), nos habitudes, nos relations sociales...et j'en passe !! On ouvre la boîte de Pandore... ! Selon ses sensibilités, chaque candidat va retomber dans les fameux clivages qui font les délices de nos politiciens : Plus d’état pour l’un, moins d’état pour l’autre ; des réformes radicales pour l’un, quelques retouches pour l’autre ; Plus de liberté (économique) pour l’un, plus de contrôle et de planification pour l’autre ; plus d’initiative pour l’un, plus d’assistanat pour l’autre; plus de responsabilité pour l'un, plus de protection inconditionnelle pour l'autre, etc, etc ...On peut décliner tout cela à l'infini !

Fort bien ! mais que conclure au sujet de nos candidats (les sérieux, encore une fois !). Sont-ils pragmatiques ou idéologues ?

Réponse : Les deux, mon général ! On a indéniablement affaire à une nouvelle génération de politiciens pragmatiques qui connaissent parfaitement les tenants et aboutissants des fondamentaux évoqués plus haut. Ils savent très bien que leurs moyens d'actions nationaux sont limités et que le salut national ne peut-être que dans le renforcement du bloc européen, d'une part et d'une organisation mondiale plus équitable et plus efficace des affaires du monde, d'autre part. Voilà pour l'aspect pragmatique. Maintenant la politique est aussi un spectacle destiné à la séduction des foules. Et comment séduire une foule sinon en lui disant ce qu'elle aime entendre (Je t'aime, aies confiance, je ne pense qu'à ton bonheur, je te protège, je rétablis la justice, je chasse et punis les méchants...) ou en lui répétant les bons vieux refrains simplistes droite/gauche, riches/pauvres, justice/injustice (inusable celui-là !), patron/ouvriers, public/privé, favorisés/défavorisés, progrès/réaction, etc...qui interpellent l'émotion et non la raison. Voilà pour l'aspect idéologue mais il n'a plus l'excuse de la conviction des vieux tribuns illustres.  

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18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 14:26

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De 1804 à 1815, Napoléon nomma 26 Maréchaux d'Empire dont 4, à titre honorifique, en 1804 en début de règne. La plupart des 22 Maréchaux qui servirent sur les champs de bataille d'Europe étaient de basse extraction et s'étaient portés volontaires dans les armées de la Révolution, très souvent par conviction patriotique, parfois par calcul ou par ambition. Tous avaient des qualités exceptionnelles de bravoure et de courage qui leur avaient permis de se distinguer et de gravir très rapidement les échelons de la hiérarchie miltaire. A l'époque, la première vertu du chef de guerre était de marcher en tête et d'entraîner ses troupes dans un élan victorieux. Sous la Révolution, c'était la victoire d'abord, on ne se préoccupait pas trop des pertes ! Le génie militaire de Napoléon saura utiliser cet élan mais au bon moment, au bon endroit après avoir manoeuvré, contourné, trompé, isolé l'ennemi surpris et enfin débordé. Mais avant d'en arriver à cette fin, il fallait une logistique à toute épreuve. On y reviendra plus loin avec l'un de nos Maréchaux favoris. Cette sélection des chefs sur le terrain produisit une génération exceptionnelle de généraux dont certains constituèrent cette fantastique brochette de caractères et de tempéraments dont Napoléon sut exploiter le meilleur tant que la lucidité et la sûreté de jugement ne lui firent pas défaut.

Vouloir établir un classement de tels hommes selon leurs mérites ou leurs talents se révèlerait vite très hasardeux et ferait courir à l'ambitieux auteur un risque permanent d'injustice et d'erreur d'appréciation ! Certains destins furent grandement influencés par la chance ou le hasard. Napoléon lui-même, quand on lui recommandait un officier de valeur qui s'était distingué, n'avait-il pas l'habitude de répondre : "Fort bien...mais a-t-il de la chance ?"

Sans se risquer dans un fastidieux travail d'historien, on choisira ici de décrire quelques uns de ces êtres d'exception qui ont traversé l'Histoire avec des fortunes diverses. Parmi les plus célèbres (qui ne furent pas forcèment les meilleurs !) on ne peut pas ne pas citer NEY "le brave des braves", héros malheureux de la retraite de Russie et de Waterloo et sur lequel nous reviendrons, LANNES l'intrépide compagnon des premières campagnes d'Italie et d'Egypte, mort trop tôt à Essling, les genoux brisés par un boulet ou encore MURAT le magnifique cavalier, incomparable entraîneur d'hommes mais médiocre commandant loin des yeux de l'Empereur. C'est pourtant vers quatre autres Maréchaux que nous nous tournerons car ils nous ont semblé, pour des raisons différentes, mériter une attention particulière :

 

 

 

André MASSENA : Une figure extraordinaire. Fils de vigneron niçois, orphelin très jeune, mousse à 13 ans, va servir pendant 14 ans dans l'armée royale Pièmontaise et arriver au grade d'adjudant, le plus haut grade pour un roturier. Volontaire en 1791 à l'âge de 31 ans il va prendre tous ses grades à l'armée d'Italie où il deviendra le meilleur et le plus habile lieutenant de Bonaparte qui le surnommera "l'enfant chéri de la victoire" ! Sa rapacité dans le pillage des territoires conquis attachera à notre homme une solide réputation de soudard et lui vaudra les foudres de son chef (qui avait donc trouvé un plus grand voleur que lui-même !) et une disgrâce temporaire. Mais son talent est trop précieux pour rester inemployé. Rappelé en 1799, il sauve la République par sa splendide campagne de Suisse et sa victoire de Zurich. Il sera encore vainqueur des autrichiens en Italie en 1805. A nouveau écarté, il sera rappelé en 1809 et s'illustrera à Essling et à Wagram pendant la campagne d'Allemagne. Envoyé en Espagne en 1810, il ne pourra y faire la décision suite au manque de coordination de ses forces avec celles de NEY et de SOULT et c'est lui qui connaîtra à nouveau la disgrâce ! Ce sera la fin de sa carrière militaire. Il avait alors 52 ans. Des trois meilleurs maréchaux de Napoléon (les deux autres étant LANNES et DAVOUT), notre niçois, au franc parler et de surcroît frondeur, fut le seul à ne devoir ses talents qu'à lui seul, ce que l'empereur supportait mal ! Il fut l'un des rares maréchaux à recevoir un jugement flatteur dans les mémoires que l'empereur écrivit à St Hélène. Il est à ranger dans la catégorie des grands talents mal employés.

 

 

 

Louis-Alexandre BERTHIER : On a affaire ici à un tout autre type d'homme. Né en 1753, fils d'un ingénieur-officier de l'armée royale, il fait l'école royale de Génie, devient ingénieur-géographe puis officier de carrière et servira aux Amériques avec Lafayette. Il est lieutenant-colonel en 1789. Il a 36 ans. Patriote modéré, ses qualités exceptionnelles d'officier d'Etat-major seront vite reconnues notamment par Bonaparte qui en fera son chef d'Etat-major, en 1796, à l'armée d'Italie. Il sera l'ombre de l'Empereur dans toutes les campagnes d'Europe, forcant l'admiration de tous (et particulièrement des commandants des armées ennemies) par son incomparable efficacité dans l'organisation et la mise en oeuvre des plans stratégiques de Napoléon auquel il est devenu indispensable. Les deux hommes se comprennent à mi-mot. C'est lui qui comprend, rédige et transmet tous les ordres de Napoléon sur le champ de bataille. D'un dévouement absolu à l'Empereur, il est en même temps effrayé par ses audaces et ses entreprises. En parfait logisticien, il mesure la folie de la campagne de Russie et pressent la chute prochaine. Il sera l'un des premiers à se rallier à Louis XVIII et à le suivre à Gand lors du retour de l'ile d'Elbe. Napoléon qui a désespérèment besoin de lui est prêt à tout pardonner s'il revient. Trop pusillanime pour courir une nouvelle aventure qu'il sait désespérée et en même temps déchiré d'abandonner son maître, il se suicidera 17 jours avant Waterloo. En apprenant la nouvelle, l'Empereur s'évanouira d'émotion. Génial organisateur, BERTHIER suscita l'admiration de toute l'Europe avant de devenir une véritable légende militaire dans toute l'Europe.

 

 

 

 

Louis-Nicolas DAVOUT : Duc d'Ekmühl . "Le maréchal de fer" ainsi désigné par ses soldats. Voici l'exemple d'un petit noble désargenté qui rejoint la Révolution. L'un des rares aussi avec BERTHIER et MARMONT à avoir suivi une école militaire (la plus prestigieuse, celle de Paris pour ce qui le concerne). A 18 ans, Sous-lieutenant de cavalerie, il est élu Lieutenant-colonel par son bataillon de volontaires. Va servir en Vendée comme général de brigade. Grand ami de Desaix qui le recommande à Bonaparte, il part en Egypte avec ce dernier puis sert à Marengo. Il est le plus jeune Maréchal nommé en 1804, à 34 ans. Il est le pivot du plan de bataille d'Austerlitz et y joue un rôle déterminant en contenant les assauts austro-russes sur l'aile droite de l'armée française. Il sera encore déterminant à Eylau, Wagram et Eckmühl. Il brillera durant la campagne de Russie et sera le seul chef de corps à maintenir sa troupe en ordre parfait pendant la retraite. Tacticien et stratège exceptionnel, il n'est pourtant pas le favori de l'Empereur qui le tient éloigné de lui. Sans doute le plus brillant des maréchaux sur le champ de bataille mais Napoléon n'aime pas son caractère trop franc, ses manières bourrues, gauches et peu courtisanes. Il ralliera pourtant l'Empereur aux 100 jours, réorganisera l'armée à sa demande mais ce dernier ne l'emmènera pas à Waterloo où il eût sûrement mieux servi que NEY ou GROUCHY ! Sa fidèlité à l'Empereur et à ses amis (il défendra NEY lors de son procès) lui vaudra la disgrâce de Louis XVIII. Le plus magnifique soldat de l'Empire, invaincu en 25 ans de campagne.

 

 

 

Jean-Baptiste BESSIERES : Le fidèle mort au combat. Encore un "jeunot" issu de la Révolution. Fils de médecin, il a 21 ans en 1789 et il s'engage dans la Garde Nationale, franchit rapidement les grades, rejoint l'armée d'Italie et s'illustre à Rivoli. Il va se distinguer en Egypte et devenir un familier de Bonaparte. Il l'accompagne à son retour en France et participe au 18 Brumaire. Il reçoit en récompense le commandement de la Garde Consulaire qui deviendra la Garde Impériale. Général de brigade après Marengo, il est général de division en 1802 puis nommé Maréchal en 1804. A Austerlitz, il commande la cavalerie de la Garde qui bouscule la Garde Impériale russe. Il va participer à toutes les campagnes et à tous les combats. Il est présent à Ièna puis à Eylau. Envoyé en Espagne en 1808, il remporte une magnifique victoire à Medina malgré une grande infériorité numérique. Il est de la campagne d'Autriche en 1809 et s'illustre à Wagram. Gouverneur en Espagne en 1809, il se conduit avec équité, respectant la population civile. Infatigable, il rejoint à nouveau la Garde pour la campagne de Russie où il se distingue. Il commande toute la cavalerie lors de la campagne de Saxe en 1813. Il trouve une fin glorieuse à la bataille de Lützen, fauché par un boulet. Grand sabreur et brillant meneur d'hommes, il était adoré de ses hommes et cher au coeur de l'Empereur. Napoléon, dans ses mémoires de St Hélène, lui adressera l'un de ses plus beaux éloges. Soldat exemplaire, compagnon fidèle jusqu'à la mort, il sera avec LANNES l'un des deux Maréchaux à mourir au combat. A son ardeur sur le champ de bataille il joignait, chose rare chez les Maréchaux de l'Empire souvent empruntés dès qu'ils n'étaient plus dirigés par leur maître, de grandes qualités de commandant en chef et de gouverneur. Un grand officier complet qui manquera terriblement à Napoléon au cours des deux dernières années de l'Empire.  

Dans un article suivant on s'attachera, pour compléter notre tableau, au destin de quelques autres Maréchaux, certes méritants mais moins doués, plus limités, parfois moins chanceux ou pour qui la renommée ne fut pas bonne fille.

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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 13:40

 

Ce n'est que de l'histoire avec un petit "h", plutôt l'assemblage des souvenirs d'un presque septuagénaire qui songe, dans son exil nantais, à sa vallée du Pas-de-Calais baignée par la Hem, modeste affluent de l'Aa. Vallée de lumière quand un généreux soleil d'été baigne les doux vallons et les monts arrondis qui la bordent de leurs crêtes boisées. Alors, c'est vrai, dans la magie de l'instant, on ressent un moment de bonheur, une plénitude apaisée, une joie de l'esprit devant la force tranquille et bienveillante de la nature, la douceur de ses formes, la symphonie de ses couleurs. Elle est alors bien loin la ville avec sa folle agitation, sa poussière, sa pollution, ses bruits, ses odeurs et ses gens hargneux et pressés qui consomment leur vie comme on bouffe dans un "fast-food", vite, sans réfléchir et sans goûter !

 

 Ma vallée, orientée d'ouest en est, fait encore partie des vallonnements du Boulonnais qu'un auteur local nomma "la petite Suisse" mais la plaine flamande n'est pas loin. Elle commence, au-delà des monts, dans la direction du nord, vers Guînes et Calais ou alors vers l'est, dans le prolongement du bassin de la Hem, en direction de St Omer et des Flandres. De nombreuses sources vont créer des ruisseaux qui vont s'écouler depuis les monts environnants puis se rassembler pour former une jolie rivière déjà large de plusieurs mètres au moulin d'Audenfort, fréquenté depuis belle lurette par les touristes anglais toujours à l'affût de nos trésors ruraux. Et puis la région de Calais qui fut anglaise pendant plusieurs siècles n'est pas loin. Les noms des lieux sont souvent associés au nom du cours d'eau (Sanghem, Herbinghem, Tournehem, ...). Spectaculaire contraste paysager que l'on découvre du haut des monts (modestes, ils "culminent" à ...170 mètres !). D'un côté les vallonnements de la vallée et de l'autre la plaine jusqu'à la mer (la Manche, bien sûr) que l'on peut parfois apercevoir par temps (très) clair ! Verrait-on les côtes anglaises avec de bonne jumelles ? Dommage, je n'en ai jamais eu la curiosité !

 

 

 

Retourner 50 ans en arrière, c'est aussi mesurer le fantastique changement intervenu dans les campagnes françaises et dans les modes de vie de leurs populations. En 1950, dans l'immédiat après-guerre, c'est encore la pénurie. A titre d'exemple, à l'école communale, des distributions de vêtements pour enfants sont faites pour aider les familles à habiller leurs gosses. Pas de ramassage scolaire, les gamins font jusqu'à 5 kms à pied pour rejoindre l'école du bourg. Très peu de véhicules à moteur. Ne sont motorisés que les notables et les gros exploitants agricoles. Quelques camions de livraison ou de transport de matériaux. La vie est rythmée par les volées de cloches de l'église, reliquat maintes fois remodelé d'une Abbaye cistercienne datant du 11ème siècle et par les décès qu'annoncent, de maison en maison, de vraies pleureuses professionnelles, essuyant leurs grosses larmes dans un grand mouchoir quadrillé. L'une d'elles, me souvient-il,  avait une telle maîtrise de son art que le gamin que j'étais alors en avait le coeur serré ! La solidarité était telle à cette époque que le village compatissait et accompagnait le défunt à sa dernière demeure. La tranquillité est alors quasi-totale sur les routes départementales entretenues par des cantonniers mélangeant sur place le bitûme et les graviers pour boucher les "nids de poule"  à la sortie de l'hiver. Dangereux de passer en vélo derrière eux ! Choix cornélien entre dérapage non contrôlé et des pneus pleins de goudron ! Les paysans vont aux champs dans leurs charrettes à chevaux et c'est un spectacle de voir les charrettes chargées de foin ou de blé au retour des moissons. Les familles paysannes vivent en autarcie presque totale, consommant et commercialisant les produits de la ferme. Après les moissons les familles s'unissent pour l'utilisation de quelques rares "batteuses", sorte d'impressionnants monstres mécaniques avec des courroies dans tous les sens, séparant la paille du grain et faisant un bruit d'enfer au milieu des cris sauvages de robustes garçons de ferme. Pour les autres besoins, il y a le grand marché hebdomadaire sur l'une des places du bourg où s'assemblent les commercants venus des villes et bourgs voisins. C'est la version rurale du souk, on trouve tout ce dont ont besoin les ménagères, les hommes, les femmes, les enfants. C'est le grand lieu d'échange rural de la France profonde comme il existait sans doute ainsi  depuis des centaines d'années. A l'écart, sur une autre petite place se tient le "marché au beurre" spécialisé dans les produits de bouche y compris les poules et poulets, codins (dindes), l'une de spécialités du pays.  en provenance des fermes environnantes. Encore plus loin, c'est le marché aux bestiaux où s'achètent et se vendent chevaux, boeufs, veaux, vaches, cochons,...Commencés tôt le matin du lundi, ces marchés se prolongent jusqu'en début d'après-midi et se terminent pour beaucoup dans les nombreux "estaminets (une vingtaine de mémoire pour une population d'environ 1.000 habitants ! çà "picolait" dur à l'époque !). Certains même commencent tôt le matin avec la "bistouille", sorte d'alcool de grain appelé aussi genièvre, mélangé au café (à la quatrième bistouille dans la tasse, le goût résiduel du café n'était plus très marqué mais le buveur parlait fort et avait chaud aux oreilles !). Tous les corps de métier fonctionnent ce jour-là à plein régime. Du greffier de mairie à l'employé des postes en passant par le pharmacien, le dentiste, le médecin, l'homme de loi ou le notaire, tout le monde est sur le pied de guerre pour assumer la grosse journée de la semaine.

 

 

Insensiblement, les choses et les habitudes vont changer. Le boom économique des "trente glorieuses" va faire sentir ses effets. Des voitures plus nombreuses vont circuler sur les routes. Il faudra rapidement prévoir un itinéraire de détournement pour que la grande procession de la Fête-Dieu, occasion de décoration des rues et des maisons avec la participation de toutes les familles, puisse se dérouler avec la sérénité et le recueillement nécessaire. L'église est encore pleine pour la grand-messe d'onze heures du dimanche mais les jeunes commencent à "prendre la tangente" et avant d'aller à l'église, rentrent au bistrot et y restent. Le curé vieillissant n'impressionne plus et ne contrôle plus ses ouailles. Les fêtes religieuses perdent leur magnificence, l'élan de participation se perd, la religion n'est plus au centre de la vie de la communauté. La déchristianisation a entamé sa marche rapide. Le curé remplaçant, en voulant faire moderne, bousculera les habitudes des inconditionnels sans retenir ceux qui s'éloignent du culte. Une page se tourne, la population s'émancipe du poids de la religion. Il y aura encore des images pittoresques de bandes de garçons endimanchés, se rendant au bal du village voisin sur leurs vélos aux selles couvertes d'un mouchoir pour protéger leur fond de pantalon de sortie, , du jour de fête appelé "ducasse" avec ses manèges, en particulier le fameux "casse-coup" (qu'on appelle vulgairement "casse-gueule") constitué de sièges suspendus par des chaînes et entraînés dans un redoutable et rapide mouvement tournant et la non moins fameuse chenille où garçons et filles se livrent à des jeux parfois coquins sous les bâches déployées. Il y aura aussi ce fameux événement de l'exposition internationale de Bruxelles qui verra nos braves paysans endimanchés prendre - entre hommes, les femmes restant à la maison pour s'occuper de la traite et du bétail - le bus, muni du sac à main de leurs femmes contenant leur argent et leurs papiers ! Collégien pensionnaire à l'époque, je ne retrouve le contact de la ruralité que pendant les vacances et perd malheureusement trop vite le contact avec les jeunes de mon âge. Pour s'occuper, on organise des randonnées en vélo entre frères et soeurs ou copains, on va à la pêche, on rend visite à des amis pas trop éloignés, on sillonne la vallée de long en large sur nos increvables vélos (le père n'a jamais voulu m'acheter le vélo de course dont je rêvais, ce en quoi il a sans doute bien fait ! En fait, c'est surtout le guidon qui me fascinait dans le vélo des coureurs) en essayant parfois de suivre les filles - les "grandes" de 18-20 ans, maintenant juchées fièrement sur leur vélomoteur, que j'admirais du haut de mes 15 ans et qui abandonnaient dans les côtes, avec un grand rire moqueur, le jeune coq humilié - Elles étaient belles les filles du village, elles se prénommaient Lilette, Charline, Louisette, Marie-Thérèse ...On faisait aussi des pique-niques, on allait parfois dans des fermes amies participer (fort peu ou alors pour s'amuser, j'étais déjà un "intellectuel" faisant ses études !) aux travaux de la ferme ou aux soins des bêtes ... 

 

 

Et puis les années continuent de passer. La fac à Lille, l'école d'ingénieur puis l'armée et enfin la vie professionnelle commencée et continuée en région parisienne, loin des racines. Lors de mes retours au pays, le père me raconte les changements qui s'opèrent sous ses yeux. Les fils de paysans ne trouvent plus de filles à marier, les demoiselles préférant travailler à la ville ou dans des métiers moins contraignants (à la poste, par exemple, c'est bien plus peinard et surtout moins sale que de nourrir les cochons en pataugant dans le purin !). Le métier de la terre devient ringard. Les vieux disparaissent sans successeur, les parcelles se regroupent, la mécanisation est en marche, le tracteur remplace le cheval, le maréchal-ferrand a éteint sa forge, l'exploitant s'endette au-delà du raisonnable pour acquérir les équipements modernes car le personnel de ferme se fait rare. Le métier est dur et paye mal. L'usine, c'est moins dur et une cristallerie en forte expansion absorbe la main d'oeuvre rurale à 30 kms à la ronde. Il faut du rendement, il faut produire encore et encore plus, sous l'injonction de jeunes technocrates imbus de leur science toute neuve, les ingénieurs agricoles ou les représentants d'engrais et de tous ces nouveaux produits "révolutionnaires". L'équilibre séculaire est rompu, la sagesse de l'homme de la terre est submergée par une modernité pseudo-scientifique. La vallée se spécialise dans l'élevage des dindes. L'agriculture est entrée dans le productivisme tandis que des montagnes de beurre s'entassent dans les halls de stockage de la Communauté européenne. En même temps la population jeune bascule hors du monde agricole, se tertiarise, quitte souvent le pays. Les places de marché deviennent des parkings. Il faut faire attention en traversant les rues. C'est le règne sans partage de la bagnole, de la grande surface où l'on va faire ses courses (en voiture naturellement), c'est la fin des marchés, c'est le chacun pour soi, c'est plus de liberté individuelle au détriment de la solidarité. On entre dans une autre époque. Plus ou peu de gens dans les rues et dans la campagne. Un tracteur parfois au loin dans les champs avec un type dessus qui travaille tout seul et qui peut-être vit aussi tout seul le soir dans sa ferme. La solitude à la campagne, c'est paraît-il quelque chose de terrible. Pourtant on voit surgir des maisons partout (des maisons de campagne pour des gens de la ville, semble-t-il). La population augmente...mais on ne voit plus grand monde dans les rues ! Lors de mon dernier séjour d'une semaine pendant lequel j'ai randonné à pied à longueur de journée, à peine ai-je croisé une dizaine de visages connus. Des tentatives sont faites pour animer le pays et développer le tourisme.

La vie continue....la magie d'antan a disparu avec la jeunesse. C'est le temps du crépuscule....

 

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 13:13

 

Cette curiosité cosmique fut improprement appelée nébuleuse planétaire par les astronomes anciens dont les moyens d'investigation de faible puissance ne distinguaient du phénomène qu'une forme habituellement sphérique qu'ils assimilèrent à la forme d'une planète. Elle n'a, en fait, rien à voir avec une planète mais avec la fin de vie d'une étoile peu massive. Une suite d'événements au cours de cette fin de vie engendrent les effets spectaculaires qui ont fait la réputation du phénomène et dont on donnera quelques  beaux exemples ci-dessous.

Voici brièvement et simplement comment se déroulent les choses : Au centre de l'étoile, les réactions nucléaires de fusion ont brûlé les réserves d'hélium et, faute de combustible, vont s'arrêter. Manquant d'énergie, le centre de l'étoile va subir un effondrement gravitationnel qui va rendre possible la relance de la fusion dans la couche d'hélium périphérique au noyau, elle-même entourée d'une masse énorme d'hydrogène trop froide, quant à elle, pour participer à la fête. La structure du centre de l'étoile devenue plus complexe va connaître une existence agitée avec des spasmes périodiques qui vont éjecter dans l'espace les couches externes de l'étoile juqu'à lui faire perdre la plus grande partie de sa masse. Le noyau résiduel très énergétique va produire pendant des milliers d'années de puissants rayonnements qui vont exciter les couches de gaz éjectés dans l'espace et les faire réémettre à différentes longueurs d'onde et dans le spectre de la lumière visible. La nébuleuse sera observable tant que les nuages de gaz éjectés seront suffisamment denses pour émettre une lumière perceptible par nos instruments. C'est la forme globalement concentrique des couches de gaz éjectées qui donne au phénomène sa forme arrondie ou "patatoïde" habituelle. Voilà pour la description sommaire.

Voyons-en maintenant quelques superbes exemples :

 

 La nébuleuse NGC6543 surnommée "oeil de chat" fut la première à être découverte par les astronomes. Ell présente une structure complexe dans laquelle s'enchevêtrent différentes enveloppes de gaz plus ou moins concentriques, résultat des projections de gaz à grande vitesse lors des spasmes de fin de vie de l'étoile. Elle présente également deux excroîssances gazeuses diamètralement opposées à l'extrême périphérie, correspondant aux jets les plus anciens. L'âge estimé de la nébuleuse est de 1.000 ans. L'étoile résiduelle au centre est une naine blanche.

 

 Le télescope spatial HUBBLE nous montre ici le "last Hurrah" d'une étoile semblable à notre soleil terminant classiquement sa vie en projetant dans l'espace ses couches extérieures de gaz qui forment un cocon autour de l'étoile naine résiduelle (le minuscule point blanc au centre de l'image). La lumière UV émise par cette étoile illumine l'ensemble du cocon gazeux et le fait réémettre dans différentes longueurs d'onde dont celles du spectre visible. A remarquer la forme "lobée" de la nébuleuse par opposition à la forme "planétaire" habituellement rencontrée.

 

 Voici la plus fameuse des nébuleuses planétaires la "Ring Nebula" et son épaisse barrière légèrement ellipsoïde de couches de gaz éjectées il y a des milliers d'années par l'étoile mourante (le point blanc minuscule au centre de l'image) qui semble flotter dans une chaude brûme de gaz bleutée. Située à environ 2.000 LY (années-lumière) de la Terre dans la direction de la Constellation de la LYRE, cette nébuleuse assez ancienne possède un diamètre de l'ordre de 1 LY (soit 10.000 milliards de kms).

 

Voici maintenant la nébuleuse "Red Spider" (araignée rouge) dans la Constellation du SAGITTAIRE, à environ 3.000 LY de la Terre avec ses vagues énormes sculptées dans ses deux lobes. Son étoile, au centre, est l'une ds plus chaudes rencontrées à ce jour par les astronomes. Les formes de vagues ont été créées par les chocs supersoniques engendrés par la compression et le chauffage des nuages de gaz situés sur le front des lobes en rapide expansion. Sous l'effet de ces chocs, les atomes des gaz émettent de spectaculaires radiations dans le domaine du visible. 

 

 Autre curiosité, la "Eskimo Nebula" qui nous fournit la majestueuse image de fin de vie d'une étoile semblable à notre Soleil. Son nom vient de sa resemblance frappante avec un visage humain enfoui dans une parka fourrée. La zone périphérique de cette nébuleuse est tout-à-fait remarquable et semble constituée de comètes géantes fuyant radialement son noyau. Les têtes de ce pseudo-comètes sont pratiquement situées sur un cercle concentrique ayant l'étoile résiduelle pour centre, ce qui suggère une gigantesque éjection initiale lors du "commencement de la fin" de la vie de l'étoile. Le coeur de la nébuleuse, quant à lui, présente une structure complexe et très imbriquée, composée d'enveloppes et de filaments gazeux.

 

Enfin, l'une des plus surprenantes, la "Boomerang Nebula", nom impropre qui lui fut donnée lors des premières observations du phénomène dans les années 80 (avant le télescope spatial HUBBLE à qui nous devons cette image). L'observation beaucoup plus précise de nos jours, montre cette superbe image en forme de noeud papillon finement striée de filaments gazeux. Repérée dans la Constellation du CENTAURE, à environ 5.000 LY de la Terre cette nébuleuse présente deux caractéristiques exceptionnelles : La première, c'est sa température (-272 degrés Kelvin), à un degré près du froid absolu, plus froide que le rayonnement fossile issu du Big Bang ! ce qui en fait l'endroit le plus froid, connu à ce jour, de l'univers. Cette température extrême est due à l'énorme vitesse d'éjection des gaz dans l'espace environnant (à des vitesses de 500.000 kms/h, soit "seulement" 0.5 pour mille de la vitesse de la lumière !). La seconde caractéristique, c'est sa forme tout-à-fait inhabituelle et encore inexpliquée à ce jour. Les spécialistes avancent l'hypothèse de l'extrême jeunesse du phénomène qui n'aurait pas encore atteint ses formes définitives.

La fin de vie d'une étoile moyenne est un phénomène relativement courant dans l'Univers et il existe dans notre propre galaxie, la Voie Lactée, des milliers de nébuleuses de ce type. La finesse d'observation des télescopes actuels nous pemet d'en apprécier toute la beauté.

NB : Les images présentées ci-dessus sont issues du site public : http://www.spacetelescope.org/

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 14:10

 

Une partie peut-être aujourd'hui majoritaire de l'électorat français voit avec tristesse et amertume la France engluée dans ses blocages psychologiques, sociaux et structurels sans discerner une probable sortie de cet état à horizon visible. Elle a bien conscience que cet état de blocage est issu autant de notre histoire récente que de notre histoire ancienne. 

Les causes de cet état de blocage sont sans doute multiples et, sans vouloir faire de simplisme outrancier, on peut en discerner deux qui paraîssent principales : On situera la première dans cette volonté de contrôle centralisatrice héritée de Louis XIV et de son ministre Colbert, jamais démentie par la suite quelque fut la nature du régime en place (révolution, empire napoléonien, restauration, différentes républiques) et ce, jusqu'à nos jours avec les corollaires caractéristiques de cette volonté, à savoir d'une part, sa défiance voire sa suspicion vis-à-vis de l'individu et de ses entreprises et d'autre part sa prétention à vouloir tout organiser, tout régenter, se posant elle-même en ultime recours de toutes les revendications catégorielles dont notre peuple gaulois, toujours prêt à grogner et à se défouler dans les rues, s'est fait une spécialité. La seconde cause, on la situera dans ce refus viscéral de l'économie de marché, du "libéralisme" (le gros mot favori de nos chantres libertaires, prêts à étrangler nos libertés individuelles au nom d'un concept, le "peuple" !) prôné par une idéologie marxiste qui régna en maître dans la seconde moitié du vingtième siècle et qui imprègne fortement encore les milieux de l'enseignement, du syndicalisme et des partis de gauche. Qui n'a entendu avec tristesse ces jeunes dirigeants étudiants, lors des manifestations anti-CPE, débiter des discours truffés de références idéologiques dépassées, encouragés et flattés qu'ils étaient par des dirigeants de gauche trop heureux d'avoir des élèves aussi actifs et passionnés ! Qu'importent les désastreux échecs des sociétés soviétisées, qu'importe l'abandon de cette théorie économique par quasiment tous les partis de gauche européens, voir mondiaux ! Nos penseurs de gauche (la vraie, pas celle dévoyée dans la social-démocratie !) restent droits dans leurs bottes, tétanisés dans leurs convictions : Il leur faut du tout-état, de la chasse aux riches, de l'égalitarisme pour tous et des entreprises vaches-à-lait pour financer le tout...et, bien entendu, un emploi (sans oublier le logement au passage) pour tous, le chômage étant l'injustice suprême infligé au peuple par le capitalisme ! 

Comment sortir d'une telle situation dont l'absurde ferait rire s'il n'était si dramatiquement affligeant ! La gauche comme la droite au pouvoir depuis 30 ans n'ont su répondre aux attentes que par le laxisme budgétaire et l'endettement continu de l'Etat, fragilisant de plus en plus l'économie nationale sans apporter un remède efficace au chômage, paralysées qu'elles étaient toutes les deux par la crainte des réactions corporatistes du personnel public. La prise de conscience populaire de la gravité de la dette est sans doute une chance et devrait offrir un terrain favorable aux réformes profondes qui ne pourront sans cesse ête différées. Elle semble encourager les deux principaux candidats à la prochaine élection présidentielle à teinter leurs propos de "blairisme" avec le probable objectif de faire évoluer leurs propres troupes vers des conceptions moins manichéennes de l'économie et par là, leur faire accepter les réformes jugées par eux nécessaires. Dame Ségo joue sur le registre "donnant-donnant" de responsabilisation de l'individu par opposition à l'assistanat généralisé prôné depuis toujours par le parti socialiste. Maître Sarko joue, quant à lui, sur la libération des potentialités individuelles  et les simplifications législatives et juridiques. Tout cela irait plutôt dans le bon sens. Malheureusement, ils intégrent tous les deux dans leurs discours, tant de promesses électorales qu'on ne voit pas très bien d'où sortiront les économies et les marges de manoeuvre dont ils auraient besoin pour appliquer leurs programmes respectifs !

Hélas pour nos deux héraults, ne fait pas du "blairisme "qui veut ! Le vrai "blairisme", quant à lui, est une philosophie politique redoutable à laquelle les français auraient bien du mal à se soumettre : D'abord le règne sans partage du marché dans ses aspects mercantiles les plus brutaux, le pragmatisme avant tout, balayant sans vergogne ce qui n'est pas économiquement profitable, de l'exception culturelle à nos modes de vie en passant par la bouffe industrielle et la presse "de caniveau", l'inégalité sociale exacerbée avec les soins payants, les retraites privées, l'acculturation par des médias aux ordres de magnats milliardaires et la disparition programmée de la langue française au profit d'un améranglais planétaire. Il y a là de quoi faire frémir l'honnête homme qui ne se résoud pas au culte du veau d'or et qui préfère voir l'Homme plutôt que le dieu-argent au centre du projet humain !

Mieux vaut donc une voie française, bien de chez-nous,  pour sortir par le haut de notre bien médiocre situation économique plutôt qu'un modèle anglo-saxon bien éloigné de nos modes de vie et de pensée.

Reste à en trouver l'inventeur !

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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 13:12

 

A la relecture d'un précédent article, je me suis amusé à approfondir la paternité du mot guillotine qui désigne comme chacun sait ce mortel instrument d'exécution des condamnés à la peine capitale (laquelle mérite doublement son nom puisqu'on y laisse effectivement ...sa tête !). On s'aperçoit vite, en plongeant dans la documentation de l'époque, que le bon docteur Guillotin évoqué dans l'article concerné n'a parrainé le mot guillotine que suite à un concours de circonstances. Dire qu'il n'y fut pour rien serait exagéré mais ce fut bien la rumeur publique qui lui affecta ce parrainage suite à la diffusion d'une chanson composée par un journal royaliste qui évoquait "la guillotine, machine inimitable du docteur Guillotin, propre à couper les têtes". C'est ainsi que le nom lui resta.

Qu'en était-il réellement de ce bon docteur Joseph-Ignace Guillotin ? Un personnage fort intéressant, au demeurant. Né à Saintes en 1738, élève brillant poussé par ses maîtres, il éprouve une vocation pour la robe écclésiastique, entre chez les Jésuites puis enseigne à Bordeaux. Mais notre homme a l'esprit trop indépendant pour rester chez les religieux et voilà qu'il se lance dans de brillantes études de médecine au point d'être bientôt nommé docteur-régent de la faculté de Paris et remarqué par Louis XVI qui lui confie des travaux de recherche.

Chose remarquable, c'est à son instigation que le Conseil du Roi, en fin 1788, décide d'accorder au tiers-état une représentation égale à celles de la noblesse et de l'église pour les prochains états-généraux qui seront le facteur matériel déclenchant de la révolution.

Le voilà député de Paris en 1789 et dès le mois d'octobre il propose à l'assemblée nationale d'adopter le principe de la peine personnelle et de l'égalité des peines (à noter le remarquable progrès juridique que d'attacher la peine à la personne et non plus la faire rejaillir sur la famille et de la rendre égale pour tous) et d'appliquer à toute condamnation capitale la peine de décapitation par le moyen d'une machine dont il n'était pas l'inventeur puisqu'il fait, dans sa proposition, référence à une machine appelée mannaia connue depuis le 16ème siècle à Gênes. La proposition du bon docteur ne sera adoptée qu'en 1792 suite au rapport du chirurgien Louis (nom qu'il devait être difficile à porter à l'époque !) qui dirigera la construction, confiée à un mécanicien allemand répondant au doux nom de Schmitt, du nouvel instrument de supplice. La 1ère exécution concerna un voleur de grand chemin le 25 avril 1792. Ensuite la cadence d'utilisation fut, pour le moins, impressionnante.

Pour la petite histoire, notre bon docteur, emprisonné sous la Terreur, fut à deux doigts d'expérimenter  sur lui-même son "invention". Il fut sauvé in extremis par l'arrestation de Robespierre le 9 fructidor. Il avait eu chaud ! Il mourut dans l'anonymat 20 ans après.

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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 09:50

 

Les généraux de la Révolution française, souvent fort jeunes et issus du rang (les fameux généraux imberbes célébrés plus tard par Victor Hugo, lui-même fils d'un général d'empire - "Mon père, ce héros au regard si doux..." -) ne connurent pas tous un brillant destin. Il fut même fort cruel pour ceux qui avaient le malheur d'être vaincus et qui achevaient généralement leur carrière sous l'engin expéditif de ce bon docteur Guillotin (qui l'avait inventé afin d'épargner des souffrances inutiles aux condamnés de la Terreur. On a de la bonté d'âme ou on n'en a pas !). De cette génération de généraux, il y en eut de brillants mais bien souvent malchanceux. On pense à Desaix, le sauveur de Marengo (ce Waterloo qui a bien tourné à la différence de l'autre, Grouchy n'étant pas Desaix !), tué en chargeant à la tête de ses troupes et qui épargna à Bonaparte (autre jeune général qui promettait) l'affront d'une défaite et la perte de popularité qui en serait résultée. On pense aussi à Hoche mort trop jeune de maladie ou à Kléber, fils de maçon, architecte puis engagé volontaire en 1792, l'un de nos préférés pour son rude caractère et sa grande sincérité républicaine  (un "vieux" de 40 ans en 1792 qui fit ses classes dans l'armée ...autrichienne dont il démissionna en 1785) qui se couvrit de gloire à Mayence, en Vendée puis en Allemagne (sous les ordres de Jourdan, un autre brillant général), refusa toutes les commandements en chef (craignait-il la guillotine en cas de défaite ?) puis enfin démissionna de l'armée. C'est Bonaparte qui le sortit de sa retraite prématurée et l'emmèna en Egypte où il l'abandonna sans vergogne (à la grande colère de notre irascible alsacien, furieux d'avoir été berné par un tel "jean-foutre" ! Voilà au moins un républicain qui fut bien peu sensible au génie en herbe du futur empereur des français !) avec le titre - qu'il avait toujours refusé -  de commandant en chef. Notre alsacien finira sous le poignard d'un jeune musulman après la sanglante répression d'une rebellion locale. Et que dire du légendaire Marceau, soldat à 16 ans, volontaire en 1791 qui connut une carrière aussi brève qu'éclatante en Vendée d'abord puis en Allemagne. Ce fils de rien qui aurait pu se conduire, comme ses collègues, en vaurien et en brute fit preuve en Vendée aux pires moments de la guerre civile, d'une humanité chevaleresque protégeant les femmes, les enfants et les prisonniers des mauvais traitements, monnaie fort courante dans les moeurs militaires de l'époque ! Il mourut au combat dans les lignes autrichiennes et eut droit à l'éloge funèbre de son adversaire, l'archiduc Charles.

Des généraux, il y en eut d'autres dont les exploits guerriers rivalisèrent avec ceux de Bonaparte mais le plus intéressant, celui qui aurait pu connaître un destin politique comparable à celui du futur Napoléon, s'appelle Jean-Victor MOREAU, né en 1763, fils d'avocat breton, prévôt des étudiants de Rennes (un intellectuel, pour une fois !) lors des premiers troubles pré-révolutionnaires de 1788. Lieutenant-colonel dès 1792 (les promotions étaient décidément très rapides à l'époque ! Il faut dire qu'alors les officiers, général en tête, étaient, au combat, sur le front des troupes et non planqués à l'arrière ce qui accélérait grandement la promotion des braves !) il sert à l'Armée du Nord sous Dumouriez d'abord puis sous Pichegru qu'il remplacera en 1795 avec le titre de Commandant en chef. Missionné pour une offensive combinée en Allemagne avec Jourdan, il fait rapidement montre d'un caractère buté et individualiste en refusant de collaborer avec Jourdan d'abord puis avec Hoche, ce qui aurait pu lui valoir un passage sans retour sous la guillotine mais ses qualités de soldat sont telles que la jeune République lui pardonne. Médiocre stratège (il est battu deux fois en Italie en 1799), il déploit un admirable talent de tacticien lors des opérations de retraite. En 1797 encore il se met aux "abonnés absents" lorsque Bonaparte, à la fin de la campagne d'Italie, le sollicite pour une manoeuvre conjointe en Allemagne où il entre à reculons, peu pressé  de favoriser la gloire de son jeune concurrent ! Un sacré individualiste donc et une sacrée tête de breton ! Mais le Directoire lui pardonne ainsi que Bonaparte, soucieux de s'attirer les bonnes grâces d'un tel général. C'est en 1800 que se joue son destin. Cajolé par Sieyes, l'homme fort du Directoire à la recherche d'une épée pour satisfaire ses ambitions personnelles, il ne donne pas suite (indécision, manque de confiance en lui ou en Sieyes ?) et fait allégeance à Bonaparte qui, lui, accepte les offres de Sieyes et sera le grand bénéficiaire du coup d'état du 18 Brumaire. Dès lors, la messe est dite, l'Histoire va se dérouler selon le plan connu avec le Consulat d'abord à trois puis à un seul, puis le Consulat à vie puis l'Empire ...Pourtant la guerre avec l'Autriche continue et Bonaparte, se chargeant des opérations en Italie, confie à Moreau la protection du Rhin. Ce sera la campagne la plus brillante de notre forte tête avec sa victoire de Hohenlinden en décembre. Sa gloire est alors à son comble.

Hélas pour lui, cette gloire il va la dilapider bêtement dans les intrigues et fronderies d'un aigri dont l'indécision a ruiné les ambitions. Il se laissera même entraîner dans des intrigues royalistes avec Cadoudal, offrant alors à Bonaparte l'occasion rêvée de se débarrasser de lui. Condamné à l'exil, il part pour 8 ans aux Etats-Unis. La suite n'est guère digne du personnage. Il revient en 1813 et offre ses services aux alliés pour la curée. Conseiller militaire de l'empereur Alexandre 1er, il mourra, frappé d'un boulet à la bataille de Dresde. Triste fin d'un glorieux général républicain qui ne sut répondre à l'appel de son destin mais avait-il les moyens de ses ambitions ? Sans doute que non mais cela, on ne saura jamais !


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12 février 2007 1 12 /02 /février /2007 11:10

 

 La cosmologie semblant susciter l'intérêt des lecteurs de ce modeste blog, nous allons nous intéresser aujourd'hui à un phénomène extraordinaire qui, de tous temps, a étonné l'humanité et a été transcrit dans les annales les plus anciennes : Il s'agit de la Supernova, explosion cataclysmique d'une étoile massive en fin de vie, capable de produire, dans un court laps de temps de l'ordre de quelques semaines, autant d'énergie qu'une galaxie toute entière.

Celles qui ont été aperçues dans les temps anciens ont eu lieu naturellement dans notre voisinage cosmique immédiat, c'est-à-dire dans la Voie Lactée ou sa banlieue immédiate. Nos ancêtres n'avaient que leurs yeux (jusqu'à la lunette de Galilée) pour observer le ciel alors que nous disposons maintenant de télescopes spaciaux dans toutes les gammes de rayonnement et de fréquence.

Notons au passage que ces étoiles massives sources de Supernovae sont des bienfaitrices de l'humanité. Sans elles et en particulier sans celle qui explosa, il y a 4 ou 5 milliards d'années,  dans un bras spiral de notre galaxie et qui engendra notre système solaire, nous n'existerions pas et ne disposerions pas des métaux dits lourds (au-delà du fer) tels les métaux précieux, l'uranium, etc...

Nous allons nous intéresser tout particulièrement dans la suite de cet exposé à une célèbre Supernova qui apparut dans le ciel en 1054 sous la forme d'une nouvelle étoile brillante et surprit les astronomes chinois, arabes et même indiens (ceux d'Amérique du nord, les futurs "peaux-rouges" des westerns, sans doute moins primaires qu'on ne les a imaginés par la suite !) par un éclat qui était tel qu'elle fut visible en plein jour pendant plusieurs semaines. Aujourd'hui, à l'endroit exact indiqué par les chinois de l'époque dans leurs annales, on trouve les restes de cette Supernova sous la forme de la Nébuleuse du Crabe située à environ 5.000 années-lumière - voir ci-dessous l'image d'ensemble au télescope HUBBLE de cette nébuleuse et de son réseau complexe de filaments gracieux (dus au rayonnement des cendres incandescentes qu'ils contiennent) sur un fond bleuté d'hydrogène ionisé. Les autres couleurs visibles sont liées à l'ionisation d'autres atomes, en particulier le carbone et le soufre. A noter que les rayonnements hautement énergétiques (aussi appelés rayons cosmiques) produits par une Supernova assez proche de nous, peuvent frapper la Terre et entraîner des mutations de l'appareil génétique humain, animal ou végétal pour le meilleur et pour le pire ! Autre chose encore. Les effets de l'explosion initiale se poursuivent encore de nos jours (la taille de la nébuleuse croît de ...1000 kms/sec !!) et se poursuivront pendant des milliers d'années jusqu'à dispersion complète ou création de nouveaux effondrements gravitationnels dans les nuages de poussières rencontrés en chemin !

   

 

La puissance d'investigation du télescope HUBBLE a permis de pénétrer au coeur de la nébuleuse et d'y découvrir la paire d'étoiles à l'origine du phénomène - voir l'image ci-dessous - dont celle de gauche s'est transformée en PULSAR ou étoile à Neutrons (image suivante prise sous rayons X par le télescope CHANDRA). On ne poussera pas plus loin une description technique qui pourrait lasser certains de nos lecteurs peu au fait de ces choses.

 

 

 

Une autre Supernova célèbre fut celle de 1572, observée par un jeune astronome danois de 20 ans Tycho Brahe, devenu célèbre lui-même par la suite pour avoir remis en cause, à la lumière de son observation, l'autorité philosophique d'ARISTOTE et son dogme de la perpétuelle immuabilité des cieux !! L'astronome KEPLER, autre pourfendeur de dogmes, en observa une autre en 1604 et ces deux observations à 30 ans d'intervalle ouvrirent enfin les yeux des occidentaux et contribuèrent beaucoup au développement de l'astronomie.

La première mention d'une Supernova a été faite dans les annales chinoises (encore elles) en 185 avant J.C. Le phénomène n'est donc pas si rare puisqu'une dizaine de Supernovae ont été signalées en 2.000 ans. Avec les moyens modernes d'investigation, les découvertes se chiffrent aujourd'hui par milliers.

Une dernière anecdote, enfin. On raconte que les trois Rois Mages (en fait, de braves astronomes arabes. Il est vrai qu'à l'époque savoir lire dans le ciel vous donnait une autorité de devin et de savant à laquelle ne peuvent prétendre aujourd'hui nos braves techniciens syndiqués de la Recherche Publique) se seraient mis en route pour venir honorer la naissance de JESUS, guidés qu'ils furent par l'éclat d'une Supernova qui explosa bien opportunément à l'époque...et s'arrêta pile au-dessus de Bethléem ! (on a le goût du merveilleux ou on ne l'a pas, çà ne se discute pas !). L'histoire en est bien jolie mais force est de reconnaître que, là, nous ne sommes plus vraiment dans le domaine scientifique ! 

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