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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 09:40



Les banques sont-elles enfin en train d'extirper les derniers cadavres des placards suite à la crise du "subprime" ?
Goldman Sachs, dans une note sur le secteur bancaire américain, lance un avertissement sur les nouvelles dépréciations d'actifs que les banques américaines vont devoir couvrir d'ici début 2009 pour un montant estimé de 65 Milliards $.
Est-ce le bout du tunnel ?
Bien malin qui pourrait le dire ! Et de toutes façons, l'avertissement ne concerne que le secteur bancaire américain !
Et voilà de nouveau Wall Street plombé par cette mauvaise nouvelle et, dans son sillage, les autres bourses mondiales. Après son éclaircie autour des 5.000 points en mai, le CAC 40 a replongé vers les 4.600 points, au grand dam des particuliers qui voient leurs économies fondre en bourse et sous l'effet de l'inflation ! Les retraités, quant à eux, ont droit à la totale au vu du niveau de revalorisation de leurs pensions !

NB : Le lecteur curieux pourra reprendre les différents articles de ce blog concernant le "subprime" et mesurer le montant cataclysmique des dépréciations d'actifs !
Beau métier
que celui de banquier !  On prend les (juteux) bénéfices quand tout va bien...et on refile les pertes au public quand tout va mal !

 

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 10:57

La récolte des fonds bat toujours son plein aux Etats-Unis pour combler les pertes !

Cette fois, c'est le tour de Lehman Brothers, banque d'affaires créée en 1994 qui annonce les premières pertes de sa jeune histoire suite à l'histoire maintenant bien connue de dépréciations d'actifs liée à la crise du "subprime" et qui fait appel à des fonds étrangers (groupes financiers et banques du sud-est asiatique) pour 5 à 6 milliards $.

En Europe la première banque helvétique UBS continue à faire parler d'elle toujours pour les mêmes raisons de dépréciations d'actifs (pour 2 à 4 milliards de Francs suisses) et d'une augmentation de capital d'environ 16 milliards de francs suisses. En France, c'est le Crédit Agricole qui lance une augmentation de capital de 5,9 milliads € suite à la récente publication de ses comptes trimestriels ....
....et tout cela sur les dos des actionnaires et au profit de nouveaux investisseurs qui prennent des parts de capital à bon compte !

Dommage que les particuliers ne puissent pas lancer d'augmentation de capital quand ils explosent leur budget personnel ! Cela en arrangerait plus d'un ! Malheureusement pour eux, ils sont leur seul et unique actionnaire et leur banque, dans un tel cas, s'empresse de les étrangler un peu plus à coup d'agios, de frais de couverture, de réduction de découvert, etc....pour leur faire payer chèrement un laxisme qu'elle-même s'autorise allègrement par ailleurs !


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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 14:21


Voltaire, ce génial écrivain du siècle des Lumières fut grand par ses oeuvres, par la fulgurance et la clarté de son style mais aussi et peut-être surtout par ses combats contre l'obscurantisme et l'intolérance. Quand il condamnait "l'infâme", ce n'est pas la religion dominante qu'il visait mais un clergé perverti, dominant et terrorisant un peuple naïf de ses foudres théologiques. Il était déiste car sa raison ne pouvait concevoir "que cette horloge (l'univers) marche et n'ait point d'horloger".
Il nous a laissé ce magnifique éloge de la Tolérance sous forme d'une prière adressée au Dieu de l'Univers.


Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et  si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes, ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Traité sur la tolérance (1763)



Jen la traduko per la internacia lingvo :

 

 

       PREGXO  AL  DIO

 Mi do ne min turnas plu al la homoj sed al vi, Dio de cxiuj estajxoj, mondoj kaj tempoj : se licas, ke malfortaj kreitoj perditaj en la vastajxo kaj nepercepteblaj por la cetera universo, auxdacu peti ion de vi, kiu cxion donis, kies dekretoj estas nesxangxeblaj same kiel eternaj, degnu kompate rigardi la erarojn rilatajn al nia ecaro ; ke tiuj eraroj ne okazigu niajn malfelicxegojn..

Vi ne donis al ni koron por malami nin kaj manojn por bucxadi nin ; faru tiel, ke ni interhelpu nin por elteni la sxargxon de peniga kaj ne dauxra vivo ; ke la etaj malsamecoj inter la vestoj, kiuj kovras niajn malfortajn korpojn, inter cxiuj niaj mankaj lingvoj, inter cxiuj niaj ridindaj kutimoj, inter cxiuj niaj neperfektaj legxoj, inter cxiuj niaj malsagxaj opinioj, inter cxiuj niaj situacioj tiel misproporciaj por ni kaj tiel similaj por vi ; ke cxiuj tiuj nuancetoj, kiuj diferencigas la atomojn nomataj homoj ne eklikigu malamon kaj persekutadon ; ke tiuj, kiuj tagmeze eklumigas kandelegojn por lauxdi vin toleru tiujn, kiuj kontentigxas per via sunlumo ; ke tiuj, kiuj kovras sian robon per blanka tolo por diri, ke necese estas ami vin, ne malamigu tiujn, kiuj diras la samon sub nigra lana mantelo ; ke estu egale adori vin per jxargono deveninta el malnova lingvo aux per pli nova jxargono ; ke tiuj, kies vesto rugxkolora aux violkolora esta, kiuj superregas etan parcelon el eta amaso de tiumonda koto, kaj kiuj posedas kelkajn rondformajn pecetojn el iu metalo, sen orgoljo gxuu tion, kion ili nomas grandeco kaj ricxeco kaj ke la aliaj vidu ilin sen envio : cxar vi scias pri tio, ke en tiuj vantajxoj ne estas nenion enviinda nek fierinda.

  Ke cxiuj homoj memoru, ke ili estas fratoj ! ke ili abomenu la tiranismon, kiu ekzercigxas super la animoj, kiel ili abomenas la rabadon, kiu perforte rabas la frukton  de la laboro kaj paca lerteco ! Se la militaj plagoj estas neeviteblaj, ne malamu nin, ne sxirigxu unuj la aliajn meze de la paco kaj uzu nian vivmomenton por egale beni per mil diversaj lingvoj, de Siamo gxis Kalifornio, vian bonecon, kiu donis al ni tiun momenton.

Traktajxo pri la toleremo ( 1763)



 

 

 

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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 08:53


Nous avons traité dans un récent article inspiré de la thèse de Fernand Braudel, de l'évolution économique de l'activité humaine passant de la vie matérielle à l'économie d'échange et enfin au capitalisme marchand du 18ème siècle.
Voyons maintenant qu'elle fut l'évolution du capitalisme, déjà précédemment désigné comme la Superstructure de l'économie d'échange, au cours du 19ème et début du 20ème siècles.
A l'aube du 19ème siècle, Londres s'empare de la suprématie économique européenne comme nous l'avons vu dans un précédent article mais ce "leadership" va s'accompagner de profondes modifications du modèle économique des trois siècles précédents. Vont apparaître notamment plusieurs révolutions d'origine techniques qui vont d'abord se développer dans un marché national. Voici la première des nouveautés et elle est d'importance !
Pourquoi ce type de marché apparut-il en Angleterre ? De nombreuses raisons à celà. D'abord l'abondance relative de moyens de transport maritimes (cabotage) et terrestres dans un pays assez étroit, ensuite des provinces échangeant leurs produits et exportant par l'intermédiaire de Londres, véritable et unique plaque tournante du pays, grâce à la disparition précoce des douanes et péages intérieurs, enfin l'union avec l'Ecosse (1707) puis avec l'Irlande (1801). Il faut ajouter à celà l'insularité de la Grande-Bretagne qui l'a aidée à se libérer des tutelles commerciales étrangères (Hanséates dès 1597, Premier acte de navigation avec Amsterdam en 1651) et à se dégager de l'ingérence du capitalisme étranger pour créer ses propres outils financiers (Stock exchange dès 1558). L'Angleterre sut, mieux que n'importe quel pays d'Europe, protéger son marché national et son industrie naissante. La victoire anglaise sur la France, premier état européen depuis le 15ème siècle, éclate au grand jour dès 1786 (traité d'Eden) et devient triomphante en 1815.
La France quant à elle, a trouvé trop d'obstacles sur sa route parmi lesquels un retard économique, une immensité relative, un revenu par habitant trop faible, des liaisons intérieures difficiles, une diversité trop grande autant économique que politique ou logistique, un centre économique trop excentré (Paris), loin des côtes maritimes et longtemps concurrencé par Lyon. Il fallut attendre le 18ème siècle (réorganisation de la Bourse de Paris en 1724) pour que Paris devienne le véritable pôle économique animateur du pays. Le développement économique s'accélère enfin sous le règne de LouisXVI mais deux années successives de mauvaises récoltes déclenchèrent une révolution,  politique celle-là, qui mis à bas une royauté affaiblie par un système politique sclérosé et vite dépassée par les évènements.
Loin de nos soubresauts politiques (la 1ère République, le Consulat, le 1er Empire, la Restauration, la 2ème République, le second Empire, la 3ème république) l'Angleterre avec sa royauté parlementaire assurant une bonne stabilité politique, va construire patiemment sa suprématie mondiale. Par son action, l'économie européenne va prétendre dominer l'économie mondiale et s'identifier avec elle dans un univers où tout devra céder devant l'anglais d'abord puis bientôt l'européen, donnant lieu pour la première fois dans l'histoire humaine, à travers notamment le phénomène de colonisation, à une suprématie totale exercée par quelques pays européens sur l'ensemble de la planète. Le 19ème siècle fut, sans conteste, le siècle de la domination mondiale de la race blanche.
Pour désigner l'autre changement majeur survenu au cours du 19ème siècle dans le modèle économique, on emploie habituellement le terme de Révolution industrielle. Ce fut un phénomène fort lent, difficile et complexe en ses débuts. C'est encore une fois en Angleterre que les pas décisifs furent franchis et que la première révolution industrielle du monde se mit en marche, presque naturellement sans que l'on arrive encore aujourd'hui à expliquer réellement pourquoi tout se passa sans les blocages, goulets d'étranglement ou autres obstacles constatés à l'époque contemporaine dans de nombreux pays en développement.
Les campagnes anglaises vidées de leurs hommes happés par les ouvelles fabriques ont maintenu leur production, les industriels ont trouvé sur place la main d'oeuvre qualifiée et non-qualifiée dont ils avaient besoin, le marché intérieur a continué à se développer malgré la hausse des prix, les marchés extérieurs se sont ouverts en chaîne. Même la chute des profits qui suivit le 1er boom du coton n'a pas entraîné de crise, les énormes capitaux accumulés se reportant sur d'autres secteurs en développement (les chemins de fer en particulier). Ainsi, tous les secteurs de l'économie anglaise ont répondu aux exigences de ce soudain emballement de la production sans blocages ni pannes, ce qui pourrait sembler proprement miraculeux si l'on perdait de vue l'origine de la plupart des mutations. En fait, tout ou à peu-près est parti d'en bas. La révolution du coton a surgi du sol, de la vie ordinaire, les découvertes ont été surtout le fait d'artisans, les premiers industriels étant souvent d'origine fort modestes, de même que le montant des capitaux investis, encouragés par les facilités d'emprunt. Londres ne prendra le contrôle de l'industrie qu'après 1830.
C'est donc la force, la vie de l'économie de marché et même de l'économie de base, de la petite industrie novatrice qui ont engendré ce qui allait devenir le Capitalisme industriel.
Mais la Révolution anglaise ne serait sans doute jamais devenue ce qu'elle fut sans les circonstances qui firent alors de l'Angleterre la maîtresse incontestée des mers et ,par voie de conséquence, du vaste monde. Si le déclin relatif des Etats européens continentaux déchirés par les guerres républicaines puis napoléoniennes, contribua à la suprématie anglaise, l'autre aspect majeur de cette suprématie fut l'ouverture de marchés nouveaux (l'Amérique portugaise, l'Amérique espagnole, l'empire turc, les Indes, la Chine...) qui vinrent continuellement alimenter le moteur économique de la révolution anglaise.
Le monde, sans le vouloir, fut donc pour le capitalisme industriel anglais le complice nécessaire à son développement planétaire.
Mais dejà se levait, de l'autre côté de l'atlantique, un formidable concurrent qui allait bientôt faire donner la pleine puissance de ses énormes richesses intérieures et du dynamisme de sa population en grande partie immigrée d'Europe. Les Etats-Unis s'apprêtaient à dominer le vingtième siècle.


Source : La dynamique du capitalisme de Fernand Braudel. Recueil de 3 conférences données à l'Université de Johns Hopkins aux Etats-Unis en 1976 - Flamarion, collection Champs.


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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 16:47

Les ravages créés lors des 18 mois de primaires démocrates aux Etats-Unis par l'impérieux et vital besoin de différencier deux programmes et deux candidats aussi acharnés l'un que l'autre à la victoire pourront-ils être réparés et les frustrations apaisées avant d'affronter le grand méchant loup républicain dans le choc final ?

Bien des gens semblent en douter dans le camp démocrate car à remuer la fange et faire appel à des relents racistes peu glorieux comme l'a fait et sans doute va continuer à le faire le couple Clinton ne va sûrement pas oeuvrer à la réconciliation du camp démocrate qui risque d'aborder, sanglant et déchiré, l'ultime combat pour la présidence avec un risque élevé d'échec final.

Il est donc grand temps que se prononcent les grands électeurs encore silencieux et qu'ils sifflent la fin de la partie ! A priori Obama a gagné, dont acte. Il leur faut confirmer cet a priori, imposer le silence à Hilary et lui faire reconnaître sa défaite. 

La meilleure sortie serait sans doute d'établir un "ticket" Obama - Hilary pour rassembler ce qui a été divisé mais est-ce possible ? Et les deux intéressés y pensent-ils ? L'extrême pugnacité de dame Hilary lui permettra-t-elle d'avaler une telle couleuvre, saura-t-elle sacrifier son ego sur l'autel de la réconciliation  et aura-t-elle la sagesse d'accepter de devenir la première Vice-présidente américaine plutôt que de retourner, ruinée et déconfite, sur les bancs du Sénat ?

La réponse sans doute d'ici quelque temps.




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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 15:33

La réputation du banquier suisse vient d'en prendre un sacré coup ! 
Ce dirigeant qu l'on imagine compassé, terriblement sérieux, d'une prudence de sioux et chez qui la discrétion le dispute à l'austérité...eh bien force est de constater que chez UBS il s'est conduit comme un petit fou, à l'égal de beaucoup de ses collègues américains !
Par appât du gain, il a joué au casino avec des crédits immobiliers, amassant dans ses comptes des quantités irraisonnables de titres adossés à des créances hypothécaires américaines à haut risque.
Pour s'en débarrasser il pratique maintenant la grande braderie !
C'est ainsi qu'il vient de conclure la vente, pour un montant de 15 Milliards de dollars de ces titres...ayant une valeur nominale de 22 Milliards ! Soit une décote de plus de 30 %, c'est-à-dire 7 Milliards qui partent directement à la poubelle !
Pour la première fois de son histoire, ce groupe accuse une perte de plus de 10 Milliards de Francs suisses.... et fait rire dans le Landerneau de la finance !

Si même les banquiers suisses perdent leur sérieux....!
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 14:50


La banque américaine Merril Lynch ne semble plus avoir de doute. Les Etats-Unis sont bien entrés en récession malgré la croissance de leur PIB de 0,6% au premier trimestre 2008. Des indicateurs plus récents et plus significatifs comme les dépenses de consommation ou la confiance des acteurs économiques inclinent au pessimisme l'économiste en chef David Rosenberg. Cette coexistence d'un PIB positif avec l'entrée en récession s'est déjà manifestée trois fois dans un passé récent et ne doit pas, selon lui, surprendre car elle ne fait qu'illustrer le décalage des instruments de mesure.
La crise est profonde et les difficultés de toutes sortes s'accumulent pour la première puissance économique qui aura sans doute, dans les années à venir, de plus en plus de difficultés à maintenir une suprématie mondiale tous azimuts. Car la crise des crédits hypothécaires n'a fait que révéler un état général fort délabré (défis géopolitiques aigus creusant des déficits abyssaux, sous-développement des infrastructures, inégalités sociales...).
La baisse réelle des revenus est une réalité pour 80% des travailleurs américains. Le temps partiel, la précarité et le chômage augmentent et les classes moyennes sont laminées par le passage à vide de l'économie américaine.
L'imprudence des institutions financières transformant la gestion des capitaux en casino a entraîné des prises de risques inconsidérées qui décuplent les conséquences de la crise financière à cause de l'opacité des montages financiers et des difficultés à les dénouer, ce qui va nécessiter d'étaler dans le temps la dépréciation des actifs.
La FED maintient à flot le système bancaire par des injections considérables d'argent à faible taux. Cela suffira-t-il à relancer la machine économique surtout si la crise devait s'étendre à d'autres catégories d'actifs comme les systèmes de cartes de crédit qui représentent un risque de plusieurs milliers de milliards de dollars !
Et quelle incidence à terme sur l'évolution de la parité du dollar ?
Il semble aujourd'hui indéniable que la fragilisation géopolitique (au Moyen-Orient notamment vis-à-vis de l'Iran malgré le gouffre financier de l'intervention irakienne mais aussi vis-à-vis de la Chine) couplée à la fragilisation financière et maintenant économique minent considérablement les positions américaines. Les pieds du colosse sont maintenant d'argile et cela ne peut qu'exacerber la concurrence dans le rapport de forces planétaire.  
Devant le pillage de leurs actifs, le creusement de leurs déficits et le poids de plus en plus lourd des réserves de changes de la Chine et des pays du golfe, les Etats-Unis devront sans doute se résoudre au repli après bientôt un siècle de suprématie incontestée.

Rome aussi se croyait éternelle !

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 09:19

Pour comprendre l'épanouissement du système capitaliste dans nos sociétés occidentales lors des deux derniers siècles puis son développement plus récent dans les pays qualifiés aujourd'hui d'émergents, il est judicieux de mettre ses pas dans les trâces de Fernand Braudel, grand historien du capitalisme, qui nous fournit, à travers ses livres, l'analyse et la description des économies-mondes qui ont émergé, ont dominé un temps avant d'être supplantées par d'autres dans la période allant du 15ème siècle à l'époque actuelle.
Ce grand historien démontre brillamment  que c'est là qu'il faut chercher et trouver les matrices de ce capitalisme qui va bientôt s'emparer pratiquement de toute activité humaine jusqu'à en faire de nos jours ce système mondialisé, tentaculaire, instable, soumis à des crises périodiques, effrayant par bien des aspects mais aussi producteur de richesses et d'espoirs pour les masses populaires du tiers monde, condamnées jusque-là à la misère, la malnutrition, l'ignorance, l'insalubrité, les intempéries, les épidémies, les contraintes mythiques et religieuses ainsi qu'à l'arbitraire et l'égoïsme de leurs dirigeants, ce qui en faisait et en fait toujours aujourd'hui de véritables  "damnés de la Terre" pour reprendre l'expression de l'ancien président français Mitterrand.
L'économie-monde de Fernand Braudel se définit comme une triple réalité :
         - Elle occupe un espace géographique donné aux frontières quasi-stables ou n'évoluant que fort lentement sauf évènement majeur et exceptionnel.
         - Elle accepte toujours un pôle, un centre. Autrefois un Etat-ville (Venise, Gênes, Amsterdam), aujourd'hui ou hier une capitale économique (Londres puis New York). Parfois deux pôles peuvent coexister même durablement mais l'un des deux finit toujours par être éliminé.
         - Elle se partage en zones successives. D'abord le Centre autour du pôle puis des zones intermédiaires autour du pivot central, enfin des marges très larges, plus subordonnées et dépendantes que réellement participantes au système.
Dans le passé, de grandes économies-mondes ont existé (l'espace méditerranéen du temps de l'empereur Auguste avec les pôles de Rome et d'Alexandrie)  parfois même coexisté avec des échanges extrêmement restreints (la Russie d'avant Pierre le Grand et l'immense empire turc jusqu'à la fin du 18ème siècle)
Cet article se limitera à l'examen des économies-mondes bâties sur l'Europe à partir de l'expansion européenne et leur relation avec le capitalisme.
Sur un plan chronologique, on situe la première opération de centrage au bénéfice de Venise  dans les années 1380 et cette première économie-monde identifiée va perdurer un peu plus d'un siècle. Vers 1500 il y a un saut brusque et gigantesque à Anvers pour une durée d'un demi-siècle. Au milieu du 16ème siècle, c'est le retour en méditerranée, à Gênes cette fois, à nouveau pour un demi-siècle, avant transfert en Hollande à l'aube du 17ème siècle et une stabilisation à Amsterdam du centre de l'économie européenne pour deux siècles. A l'aube du 19ème siècle le centre se déplace à Londres et s'y maintiendra plus d'un siècle (révolution industrielle, empire politique et commercial mondialisé) avant de traverser l'atlantique pour le règne de New York jusqu'à nos jours.
Il y a donc eu cinq transferts successifs du centre de l'économie-monde européenne à l'occasion de crises prolongées de l'économie générale et c'est par l'examen de ces crises que l'on peut aborder la difficile car complexe analyse des mécanismes de retournement.
Très succinctement, ces déplacements du centre de gravité de l'économie mondiale se font essentiellement pour des raisons économiques sans toucher à la nature propre de l'économie.
Les nouveaux centres atlantiques (Amsterdam puis Londres et enfin New York)  n'ont quasiment rien inventé dans la technique et le maniement des affaires et n'ont fait que copier les anciens centres capitalistes de Méditerranée. Toutefois cette transition vers l'Atlantique s'est accompagnée d'un vaste changement d'échelle de l'économie en général, des échanges et du stock monétaire. C'est le vif progrès de l'économie de marché qui va permettre les grandes constructions du capitalisme, à travers la grande évolution des hiérarchies sociales. Pour l'Occident européen, c'est l'histoire de la Bourgeoisie, porteuse du processus capitaliste qui va en constituer l'épine dorsale et en faire la fortune et la puissance tantôt s'appuyant sur le commerce, l'usure, le commerce au loin, l'office administratif ou la possession de la terre, symbole de prestige social. Ainsi s'opérera le passage progressif, grâce à la lente accumulation des patrimoines et des honneurs dans les lignées familiales, du régime féodal puis aristocratique au régime capitaliste. On aboutira ainsi en France, par exemple, aux fameuses "200 familles" dénoncées en 1936 par le Front Populaire, la grande bourgeoisie française n'ayant toutefois atteint les portes du pouvoir politique que fort tardivement, à partir de 1830. A noter au passage que cette évolution est propre à l'Europe, hormis une certaine analogie constatée au Japon. Ailleurs (Chine, Islam notamment), les promotions sociales sont trop instables pour qu'éclose le capitalisme, la terre et le pouvoir étant l'apanage exclusif de l'empereur ou du prince qui distribuent et reprennent à leur guise pouvoirs, honneurs, argent, richesses. Il faudra une révolution économique et politique majeure à la fin du 20ème siècle pour voir émerger un capitalisme chinois, avide de rattraper le temps perdu.
Il faut donc des conditions sociales favorables à la poussée et à la réussite du capitalisme. Il a besoin d'une certaine tranquillité de l'ordre social, d'un droit de propriété inaliénable, en même temps de la neutralité voire la faiblesse ou la complaisance de l'Etat (sauf lorsqu'il s'agit d'un capitalisme d'Etat, tel le russe ou le chinois à l'époque actuelle). Cette complaisance étatique peut d'ailleurs présenter des degrés variés selon les pays européens et explique, par exemple, en France une plus forte réticence au capitalisme qu'en Angleterre.
Reste à examiner une autre caractéristique fondamentale des économies-mondes : Sa partition en zones concentriques, de moins en moins favorisées à mesure que l'on s'éloigne de son pôle triomphant. Au centre, le soleil brille. Tout y afflue, les marchandises de luxe, les grandes opérations bancaires, les titres de crédit, les monnaies fortes, les métaux précieux. C'est le point de départ et d'arrivée des longs trafics. Toute la modernité économique y loge y attirant la recherche, les sciences, les meilleurs esprits. Même les "libertés" s'y font leur place. Dans les zones intermédiaires, le niveau d'existence baisse sensiblement. Il ya moins de paysans et d'hommes libres, les échanges sont imparfaits, les outils économiques incomplets, l'industrie plus traditionnelle. Au-delà, dans les zones marginales, règne le servage (Europe de l'est) voire l'esclavage (exporté au Nouveau Monde par les européens pour les besoins de production de coton et de canne à sucre ou l'extraction de minerais dans les mines). Tel est l'exemple de l'économie-monde européenne en plein milieu du 17ème siècle.
Le capitalisme vit de cet étalement régulier, de cette juxtaposition et de cette coexistence de sociétés. Le centre est la pointe dominante, la superstructure capitaliste de l'ensemble de la construction.
C'est l'inégalité du monde qui crée le capitalisme sans toutefois tout expliquer.
Il faut y rajouter les échanges entre les économies-mondes qui ne concernent au début que quelques marchandises de luxe mais que se réserve de chaque côté le grand capital. Le capitalisme européen n'aurait pu être ce qu'il est devenu sans la présence des portugais en Asie dès le 16ème siècle, des espagnols aux Amériques ou des anglais aux Indes, en Chine puis sur toutes les mers. C'est par les comptoirs que transitèrent les premiers échanges et s'établirent les premiers trafics marchands avant de faire place à la conquête impérialiste, à la domination brutale puis l'exploitation sans vergogne des richesses et des marchés locaux.

En conclusion, les deux  grandes explications du capitalisme qui séparent les écoles de pensée, l'une interne (transformation des structures socio-économiques) et l'autre externe (exploitation impérialiste du monde) sont donc, selon Fernand Braudel, inextricablement mêlées et vouloir les démêler ou privilégier l'une au dépens de l'autre relève d'une démarche idéologique et non historique.

Source : La dynamique du capitalisme de Fernand Braudel. Recueil de 3 conférences données à l'Université de Johns Hopkins aux Etats-Unis en 1976 - Flamarion, collection Champs.


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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 08:10


Après la levée massive de capitaux (sans doute pas terminée) pour combler les pertes du "subprime"  - Voir l'article récent sur les Tribulations de Citigroup - le géant mondial de la banque annonce maintenant des ventes d'actifs...et n'y va pas avec le dos de la cuillère !
Il projette en effet de céder 400 MILLIARDS $ d'actifs "historiques" et considérés comme non stratégiques !
Bigre ! Rien de moins ! Cela représente environ 20% du total des actifs de ce colosse aux pieds d'argile.
Beaucoup d'analystes s'étonnent d'un tel montant et y voient la preuve que tous les cadavres ne sont sans doute pas encore tous sortis des placards et qu'il y a donc encore de mauvaises nouvelles en perspective.

Une autre explication, complémentaire de la première, pourrait être les exigences des nouveaux investisseurs (un tiers du capital a changé de mains lors des récents appels de capitaux) pressés de rentabiliser leur mise et imposant ventes d'actifs, restructuration et réduction de personnel afin de retrouver au plus vite les sympathiques ratios d'avant la crise. 
Là encore, on ne va pas faire dans le changement à la française (beaucoup parler et faire peu) ! Le projet du nouveau PDG Vikram Pandit est de réduire d'un quart les charges annuelles totales dont une grande partie en masse salariale, ce qui va donc se traduire par des dizaines de milliers d'emplois supprimés (sur un total de 369.000 à fin mars).

On imagine la tête de nos braves syndicalistes et la réaction de nos "bonnes âmes" à la fibre sociale si sensible si une telle annonce était faite en France !
Aux Etats-Unis, bof, c'est la règle du jeu...quand les affaires marchent mais si la récession s'en mêle, beaucoup pourraient finir par la trouver saumâtre.... !

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 13:56


Fernand BRAUDEL, grand historien du Capitalisme, a publié il y a maintenant 30 ans un ouvrage très remarqué à l'époque et intitulé : "La dynamique du capitalisme" dans lequel il démontrait magistralement que le capitalisme dérive par excellence des activités économiques à leur sommet, qu'il en représente la superstructure et la zone de haut profit. Pour les gens pressés ou ne disposant que de peu de temps, il est possible de trouver un résumé de sa thèse dans un petit volume portant le même titre et reproduisant le texte de 3 conférences données en 1976 aux Etats-Unis et publié chez Flammarion, collection Champs sous le no 192

Vouloir résumer en un article ne serait-ce qu'une partie d'une telle thèse qui s'appuie sur des connaissances encyclopédiques est naturellement une gageure. L'ambition de cet article se bornera à retouver le lien schématique et forcément très simplifié qui unit les premiers niveaux d'échange (ce que Braudel appelle La vie matérielle), à l'apparition puis au développement de l'économie de marché et enfin à l'économie capitaliste marchande déjà nettement financière et internationale au 18ème siècle.
Les différentes phases du processus sont évidemment fort complexes et mériteraient de longs développements.  De multiples chevauchements existent , en effet, tant du point de vue temporel que du point de vue géographique. A toutes périodes jusqu'aux plus récentes, les pouvoirs politiques, les relations pacifiques ou conflictuelles inter-Etats, les forces de la nature (sous la forme notamment des épidémies et des famines), les progrès techniques (concernant la navigation maritime notamment) vont influer les processus économiques, réglementant, stoppant ou libéralisant les échanges de marchandises et de capitaux, forcant ou respectant les règles des marchés.

Les premiers temps de l'histoire économique, Fernand Braudel les inclut dans son concept de "vie matérielle", qui contient l'activité quotidienne des hommes fait d'innombrables gestes hérités, accumulés, répétés, parfois améliorés, un ensemble de façons, de modèles, d'habitudes, d'obligations d'agir lié à la fois au temps (saisons, climat, semailles, récoltes...) et aux contraintes sociales (autorité et exigences des chefs puis des seigneurs et des princes en attendant celles des Etats, obligations et interdits religieux,...) et venu du fond des temps. Vie donc plus subie qu'agie et qui ne va s'améliorer que très lentement au cours des âges. Cette "vie matérielle" est en quelque sorte canalisée par des forces qui dépassent l'individu. Sa puissance biologique de reproduction est jugulée jusqu'au 15ème siècle par la ressource alimentaire à laquelle s'associe une réalité biologique malsaine (épidémies, maladies endémiques, mortalité infantile énorme, hygiène de vie déplorable, mauvaise qualité de l'eau potable, etc...) et des conflits endémiques ou brutaux avec leur cortège de destructions et de massacres. Ce n'est qu'à partir de 1450 que la population européenne va rapidement croître. Ses conditions de vie ne vont s'améliorer, avec des hauts et des bas, qu'au rythme du progrès des techniques et des échanges qui n'influenceront sensiblement la production des ressources alimentaires et des biens que fort tardivement. Cette économie primaire est d'abord une économie rurale de proximité, à base de troc, qui consomme une énorme proportion de sa production dans l'auto-consommation de ses membres (chefs et clergé inclus). Ce modèle économique est encore visible de nos jours dans quelques rares sociétés primitives non encore touchées (détruites serait un mot plus juste) par la modernité.

Et puis, progressivement, au rythme des civilisations et des innovations de toutes sortes, la vie économique va apparaître, s'extrayant le la gangue de la "vie matérielle" ci-dessus décrite. Ces deux modèles de vie resteront fort longtemps partenaires et concurrents malgré l'apparition des monnaies, le développement des villes et la multiplication des échanges. La nouvelle vie économique que l'on appellera l'économie d'échange commencera modestement dans les marchés élémentaires, locaux, villageois avec des volumes et des débits souvent médiocres et jusqu'à l'aube du 19ème siècle restera très imparfaite, freinée par la grande part de production toujours absorbée par l'auto-consommation locale. Au milieu du 20ème siècle on rencontrait encore dans les villages français des familles paysannes vivant en grande partie de l'auto-consommation de leur production (viandes, lait, fromages, volailles, légumes, céréales,..) vendant les surplus au marché et n'y achetant que le strict nécessaire à leur activité et à un confort élémentaire ! Malgré ces imperfections, l'économie d'échange progresse. Elle reliera bientôt suffisamment de bourgs et de villes pour commencer à organiser la production, à orienter et commander la consommation. Il y faudra des siècles mais entre les deux univers - la production où tout nait et la consommation où tout se détruit - elle va être le moteur, la liaison d'où vont jaillir les incitations, les initiatives, bref les forces vives génératrices de progrès et de meilleur être. Vont alors fleurir les "petits métiers" (artisans itinérants, colporteurs, artisan-boutiquiers) puis les vrais métiers de l'échange (boutiquiers, vendeurs sur marchés et marchands). A l'étage au-dessus, jouant un rôle supérieur, on va trouver les foires (grands rendez-vous périodiques souvent spécialisés) et les premières bourses dominées par les gros marchants qu'on appellera négociants et qui vont traiter le commerce de gros. On étudiera dans un prochain article comment ces outils de l'échange peuvent expliquer les vicissitudes de l'économie européenne de l'ancien régime entre 15ème et 18ème siècle et les différences avec les économies non-européennes de la même période.

Entre 15ème et 18ème siècle, la zone de l'économie de marché ne va cesser de s'élargir. Le signe qui le prouve est la variation en chaîne, à travers l'espace et au-delà de l'Europe, des prix des marchés. Il apparait donc alors qu'une certaine économie relie entre eux les différents marchés du monde mais cette économie de concerne que les marchandises exceptionnelles (les épices bien sûr et malheureusement les esclaves noirs vers les antilles, les Amériques et l'Arabie) mais aussi les métaux précieux (les pièces de huit espagnoles en argent couvrent toute l'Europe puis traversent la méditerranée, l'empire turc et la Perse avant d'atteindre le Japon et la Chine). Avec cet élargissement de sa zone d'action, l'économie de marché va voir apparaître deux formes bien discernables.
Dans la forme A, on rangera les échanges quotidiens du marché, les trafics locaux ou à faible distance et même les commerces à plus large rayon d'action lorsqu'ils sont réguliers, prévisibles, routiniers, ouverts aux petits comme aux grands marchands (par exemple le commerce de grains de la Baltique entre Dantzig et Amsterdam au 17ème siècle ou le commerce de l'huile et du vin du Sud vers le Nord de l'Europe). Il s'agit d'échanges sans surprises, "transparents" dont les résultats et les gains sûrs et modérés sont peu ou prou connus à l'avance.
Dans la forme B, l'échange fuit la transparence et le contrôle. Nous sommes dans le Capitalisme marchand qui fuit les règles commerciales contraignantes et cherche à s'en débarrasser. Sa règle, c'est de s'adapter aux besoins des marchés et de profiter le plus discrètement possible d'opportunités de gains optimaux. Le gros négociant international s'adapte aux besoins réels du moment, négocie secrètement avec ses correspondants, fait des "coups" profitant ici d'une disette qui quadruple le prix des céréales, là de besoins mlitaires urgents (poudre, armes, équipements divers...) en vue d'une nouvelle campagne. Les historiens anglais ont noté dès le 15ème siècle l'apparition du private market à côté du marché public traditionnel. Ce nouveau marché, Braudel l'appelle contre-marché pour en accentuer les différences. Il s'agit, en effet, d'un changement considérable de nature car le lien entre le producteur et le consommateur est alors brisé par l'intervention du négociant qui avec son argent comptant va contrôler l'amont de l'échange (en achetant la laine avant tonte, les animaux sur pied, le blé avant récolte ou toute autre production avant qu'elle n'existe) puis chercher à imposer ses prix en aval auprès du consommateur. Le négociant ne gagnera pas à tous les coups, parfois il perdra ou sera rattrapé par ses infractions aux règles du commerce mais les plus habiles vont coloniser progressivement les grandes affaires, les plus juteuses, celles qui associent les grandes distances aux outils financiers nouveaux (lettres de crédit, prêts, avances, crédits de toutes sortes, monnaies, assurances,...) et aux nouvelles techniques de transport. Des gros bénéfices générés vont dériver des accumulations de capitaux considérables entre quelques mains fort peu nombreuses.  Ce n'est pas un hasard si, dans tous les pays du monde, un groupe de gros négociants, toujours lié au commerce de loin, se détache nettement de la masse des marchands. Partout ces premiers Capitalistes sont les amis du Prince, les alliés ou les exploiteurs des Etats. Ils ont la supériorité de l'information, de l'intelligence, de la culture, et leur  masse financière (au besoin via l'emprunt. L'adage :"On ne prête qu'aux riches" ne date pas d'hier !) leur permet d'acquérir privilèges et monopoles ou d'étouffer presque à tous coups la concurrence.
Dernier point remarquable à citer, à l'issue de cet article, sur le capitalisme marchand, sa non-spécialisation. Le capitaliste-marchand n'est jamais, sauf rare exception, spécialisé dans une seule branche. Selon les occasions il est armateur, prêteur, assureur, emprunteur, financier, banquier, exploitant agricole ou entrepreneur. La raison principale n'en est pas le partage de risques mais bien le fait qu'aucune branche d'activité n'est alors assez importante pour absorber toute son activité. Il s'agit donc d'un capitalisme d'essence conjoncturelle, changeant sans cesse de secteur d'activité selon les niveaux de profit escomptés. Au système de production industrielle, gourmand en capitaux et apanage du 19ème siècle, il préfère par le putting-out (travail à domicile), contrôler la production artisanale et s'en réserver la commercialisation. 


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  • Ingénieur retraité. professeur d'Esperanto via Internet. Nombreux pôles d'intérêt: Actualités économiques, politiques, internationales. Histoire. Sports. Nouvelles technologies. Astronomie
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