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14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 11:09

 

Les progrès spectaculaires réalisés par la science moderne dans l'étude du fonctionnement du cerveau humain et de celui des mammifères supérieurs ont permis d'établir des connaissances scientifiques indiscutables résumées par Claude Allègre dans le dernier chapître de son livre "Un peu plus de science pour tout le monde". L'auteur, excellent vulgarisateur au demeurant, nous donne en termes simples et compréhensibles par tous, un état des connaissances actuelles que l'on résumera succinctement ci-dessous et qui ne manque pas de nous interpeller sur notre propre vision des formes d'activité cérébrale que nous dénommons pensée, rêve, imagination, inventivité, conscience et, en allant plus loin encore, âme.

Place à la science d'abord ou plus exactement aux neurosciences : C'est le 19ème siècle qui voit leur éclosion dans la découverte des éléments fondamentaux du fonctionnement du cerveau. On va ainsi passer des connaissances élémentaires au plus complexes à travers les travaux de nombreux savants dont beaucoup passeront à la postérité. C'est d'abord la découverte du Cortex et de ses zones d'activité par Gall puis les zones fonctionnelles spécialisées par Broca et Wernicke, le Neurone et les réseaux neuroniques par Golgi, ce qui aboutira à l'établissement de l'Homoncule ou cartographie des sensations reçues et des ordres donnés par le cerveau. On découvrira bientôt que le fonctionnement du cerveau est de "type global" en ce sens que les zones spécialisées collaborent entre elles via le réseau global neuronal pour aboutir aux fonctions élaborées comme celles de nos 5 sens (sens que nous partageons d'ailleurs avec les animaux qui ont, la plupart du temps, dans ces domaines des performances nettement supérieures aux notres !). On concevra ensuite que le cortex frontal est le véritable chef d'orchestre de l'activité cérébrale. C'est son extraordinaire développement chez l'homme qui en fera un "être pensant" à la différence des animaux...quoique la distinction ne soit pas aussi nette que d'aucuns l'auraient souhaité ou aimé croire, au vu de récents travaux sur les performances cognitives de certains de nos cousins singes...dont nous nous séparames il y a seulement quelques millions d'années (c'est-à-dire rien en terme d'évolution de l'Univers). On va également prendre conscience de la formidable complexité du réseau neuronal (100 millions de milliards de connexions possibles) à laquelle rien ne semble ressembler dans l'Univers connu. Et puis on va commencer à savoir répondre à la question : Comment çà marche ? en découvrant l'influx nerveux (composé d'impulsions électriques constantes de 20 millisecondes et de 100 millivolts) et sa propagation (quelques dizaines de mètres à la seconde, ce qui peut paraître lent comparé à la vitesse des circuits électroniques), les canaux ioniques, les synapses, les neurotransmetteurs ou inhibiteurs (molécules chimiques dans les deux cas)) qui transmettent ou bloquent l'information entre les synapses, ce qui explique au passage le rôle des drogues médicinales ou autres sur le comportemet cérébral, le rôle des enzymes et des gènes dans les processus cérébraux. Bref, tout un chacun comprendra que l'on aborde avec l'étude du comportement du cerveau un domaine hyper-complexe dont on est loin d'avoir perçé tous les secrets ! On va enfin comprendre aussi ou, pour le moins, se faire une bonne idée des processus physiologiques de la mémorisation (sur laquelle nous reviendrons) immédiate et longue. 

Nous voilà donc armé d'un arsenal scientifique qui nous éclaire, même si bien des choses échappent encore à l'investigation, sur les principes de fonctionnement de notre cerveau. Les nouveaux outils à notre disposition, en permettant l'expérimentation et l'établissements de faits scientifiques nous ont fait définitivement quitter les domaines de l'imagination et de la pure spéculation des siècles précédents. Est maintenant directement accessible la réalité physiologique correspondant à notre moi profond, c'est-à-dire, à nos idées, nos réflexions, nos inventions et phantasmes, nos rêves, notre imagination, en somme notre pensée, notre conscience voire notre âme...au risque de bousculer sérieusement nos idées ou nos certitudes sur des sujets aussi fondamentaux surtout quand le spirituel et le religieux s'en mêlent ! 

Une première vérité essentielle doit être prise en compte : Le stockage des informations dans notre cerveau correspond à un processus très concret. Nous codons et enregistrons les images et les sons tels que nous les percevons. Tout objet perçu va être codé sous forme d'un graphe, c'est-à-dire d'un réseau de neurones activé. Le "graphe neuronal" comme l'appelle JP Changeux est une réalité physique, une représentation fidèle de la réalité, pas un concept "éthéré" ou théorique. L'objet réel est ainsi devenu "objet mental" que nous allons pouvoir revoir "en pensée", réutiliser, modifier, associer à d'autres objets, intégrer dans d'autres contextes, etc... A partir de là et en sachant que les liens neuronaux sont souples et flexibles, il est facile d'imaginer que le cerveau sous l'influence d'une stimulation (externe ou interne) va pouvoir associer, modifier, combiner, mélanger les objets mentaux qu'il détient pour en créer de nouveaux. Le langage en est un exemple "parlant" : A partir de mots, de phrases, de textes stockés en mémoire, le cerveau va pouvoir créer de nouvelles phrases, de nouveaux discours, de nouveaux concepts. Nous voici aux portes de la pensée abstraite.

Deuxième notion essentielle : La combinatoire neuronale et la souplesse des réseaux neuronaux permettent de construire de nouveaux graphes neuronaux synthétiques qui ont une réalité physique dans le cerveau mais qui sont fictifs par rapport au REEL. Nous voici en train de "penser" c'est-à-dire de manipuler physiquement via notre cerveau des objets mentaux. Cette aptitude à la pensée, si on la laissait à l'état sauvage, ne s'éléverait sans doute que peu au-dessus de la condition animale. Vont entrer en jeu l'apprentissage, la formation puis l'enseignement afin d'apprendre à domestiquer, à organiser rationnellement cette pensée, à accumuler des connaissances mais aussi à les gérer harmonieusement. La pensée abstraite, représentation neuronale du monde, est ainsi constituée d'éléments tout aussi concrets que le monde extérieur dont elle construit une représentation. Façon de dire que nos idées ne sont pas des notions "éthérées" qui flotteraient dans l'espace. Elles ont un réalité physique sous forme d'objets neuronaux. Quand on dit à quelqu'un : "mes idées, je les garde pour moi !" on ne pense pas si bien dire. Elles sont concrètement dans notre tête et nulle part ailleurs !

Troisième notion essentielle : Le cerveau est une machine qui fonctionne en "massivement parallèle" et d'une manière statistique permettant de corriger par le grand nombre de transmissions instantanées les petits dysfonctionnements locaux d'origine chimique ou électrique. Le cerveau fait continuellement du "multitâches" comme disent les informaticiens, c'et-à-dire qu'il est capable de procéder à une multitude d'opérations en parallèle (parfois en "s'embrouillant" un peu, chez les sujets "émotifs" en particulier ou chez les vieillards !). N'oublions pas qu'il a à sa disposition des quantités phénoménales de connexions possibles !. Sa "puissance" va dépendre de l'inné (constitution, génétique) mais aussi grandement de l'acquis de connaissances et de l'environnement éducatif (durant la jeunesse notamment).

Que dire maintenant de l'imagination ? Elle va correspondre à la création dans notre cerveau de graphes neuronaux inédits, eux-mêmes combinaisons de réseaux déjà existants et de nouveaux qui vont aboutir à des perceptions nouvelles ou des reconstructions de réalités (externes ou abstraites). Mais du point de vue neuronal, la fabrication d'une situation purement imaginaire sera tout aussi matérielle que le stockage d'une situation observée. Quand on dit de quelqu'un qu'il vit "dans son monde", "sur son nuage" ou "dans sa bulle" on décrit quelqu'un dont le cerveau crée en permanence des interférences entre ses objets mentaux imaginaires et ses objets mentaux observés (ou conçus selon des critères rationnels). Un petit enfant en train de jouer est un autre exemple typique de "mixage" d'objets mentaux sous l'influence du plaisir.

Quid de l'innovation et de la création ? Elles vont consister à rapprocher des graphes neuronaux éloignés les uns des autres et les faire cohabiter sous l'influence de la réflexion, donc d'une activation forte du cortex frontal (on va alors "se creuser" la tête !) que l'on a vu plus haut être le chef d'orchestre et le grand organisateur de la pensée. On peut aussi imaginer des cas de rapprochements fortuits sous une influence extérieure (Newton et la pomme lui tombant dessus pendant sa sieste sous un pommier ou Archimède inventant son fameux principe dans son bain !) Ces rapprochements soudains, on peut aussi les qualifier d'intuitions qui se révéleront géniales, vraies ou fausses selon le cas !. On peut ausi rapprocher ce phénomène à celui de l'impression ressentie devant une situation nouvelle. Le cerveau en éveil fait alors une analyse rapide de toutes les informations perçues en parallèle par nos sens et en propose une synthèse (que notre jugement estimera fiable ou douteuse selon le cas)

Le rêve, quant à lui, procède d'une manière semblable à l'innovation mais cette fois hors du contrôle de la volonté. Au ralenti dans les phases de sommeil profond, le cerveau peut fonctionner "à plein régime", hors de tout contrôle, pendant le sommeil paradoxal (ce qu'on peut mesurer par les rafales d'impulsions électriques qu'il émet). Là, tous les scénarii, tous les mixages de réalités et de fictions sont possibles. C'est l'imaginaire totalement débridé. Certains rêves se répéteront, d'autres seront prémonitoires ou proches d'une situation passée ou sans lien aucun avec la réalité....

Venons-en maintenant à la conscience. On peut distinguer très schématiquement deux niveaux de conscience. Une concience naturelle, primaire qu'on rapprochera de la perception de sa propre existence et de la faculté de pouvoir "penser sur soi", faculté qui semble correspondre à la fameuse discontinuité qui nous sépare des animaux. Là, les choses semblent claires : c'est le fort développement du cortex frontal de l'homme qui lui a permis d'atteindre le niveau de conscience de soi (dans le cadre d'une vie sociale) puis de l'exprimer par le langage. Le deuxième niveau de conscience, quant à lui, est essentiellement lié d'abord à l'apprentissage (pour la survie et l'acquisition d'habitudes ou de comportements) puis à l'éducation pour tout ce qui touche aux activités de la vie sociale, à la maîtrise des techniques, à la culture, à l'éthique, à la morale ou à la religion. C'est d'ailleurs essentiellement par la formation que le cerveau va "se construire" et créer la plus grande partie de ses objets mentaux et de sa propre organisation. Difficile d'imaginer par exemple que la conscience du bien ou du mal soit innée en l'homme sauf à croire en une intervention divine. Sans l'éducation, l'homme ne peut être dirigé, comme l'animal, que par ses instincts de survie, de groupe, de domination ou d'allégeance, ses réflexes de peur ou de plaisir.....La science n'incluant pa le fait divin dans sa démarche ne peut retenir que l'acquis pour la formation de la conscience.

Enfin, qu'en est-il de l'âme ? Tout dépend du point de vue dans lequel on se place et de la vision (spiritualiste ou matérialiste) que l'on a du monde ! Le débat sur la nature de l'âme et son immortalité dure depuis 25 siècles et n'est sans doute pas prêt de s'arrêter ! Cinq siècles avant le Christ, les philosophes grecs Leucippe et Démocrite, bientôt suivis par Epicure donnent naissance à la doctrine matérialiste en niant toute différence de nature entre l'âme et le corps qui naissent, évoluent et meurent ensemble avec retour de leurs constituants dans le grand ballet cosmique des atomes (qui, eux, sont immortels). Fascinante intuition qui se révéle fort proche (la technicité moderne en moins) des positions de la science d'aujourd'hui ! Au cours des siècles puis plus récemment la doctrine matérialiste subira des "ravalements" modernistes concoctés par les Marx, Engels, Auguste Comte, Sartre et d'autres mais le fond de l'affaire ne changera guère ! Les doctrines spiritualistes fluctueront quant à elles au long des siècles en se partageant schématiquement  entre deux courants principaux : Un lien personnel entre Dieu et l'homme (vision judéo-chrétienne et religions monothéistes) ou Principe divin cosmique, "âme du monde" des stoïciens, dont l'âme de l'homme recueillerait une parcelle.

Finalement, tout bien considéré, l'apport des neurosciences a quelque chose de rassurant. Elles nous permettent de mieux en mieux comprendre "comment çà marche" autour de nous et en nous-mêmes en réduisant de plus en plus le "mystère" dû à notre ignorance . Nous sommes maintenant moins naïfs et moins crédules devant les phénomènes naturels. On nous fera de moins en moins "prendre des vessies pour des lanternes" (quoique...!) mais rien n'empêchera jamais à l'homme de croire, contre vents et marées, en un grand principe universel (qu'il appelle Dieu, Nature ou grand Horloger) et à une autre vie au-delà de sa mort charnelle. Le besoin de croire qui est au-delà du rationnel sera toujours plus fort que la raison raisonnante. 

L'esprit mènera le monde encore bien lontemps...!

 

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