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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:22

 

Le SRM a déjà été évoquée par deux fois sur ce blog. Une première fois, en janvier dernier, pour en donner une description inspirée des écrits de l'économiste américain Joseph STIGLITZ, prix Nobel d'économie et une deuxième fois, tout récemment, pour en faire l'historique depuis sa création à la fin de la deuxième gerre mondiale. Ces deux articles aboutissaient à la conclusion que l'équilibre des finances mondiales et leur aptitude à accompagner le développement économique harmonieux de la planète rendaient nécessaire et urgent une profonde réforme du Système de Réserve Mondial afin de faire face aux redoutables défis de notre futur proche et lointain qui ont pour noms : soutien au développement des pays pauvres, évolutions démographiques, échanges équilibrés entre blocs économiques à la fois rivaux et partenaires, gestion des ressources non renouvelables ou réchauffement climatique.

Le système financier mondial fonctionne mal. Ceci est une évidence pour les économistes professionnels mais aussi pour les gens qui, avec leur bon sens, s'intéressent à l'évolution du monde. On pourrait même dire que ce système marche sur la tête quand on en regarde les résultats ! En effet, d'une manière globale, on constate que les flux d'argent vont du Sud (les pays pauvres ou en développement) vers le Nord (les pays riches ou développés), ce qui est pour le moins paradoxal ! De quoi donc sont composés ces flux, est-on en droit de se demander ? Eh bien, pour partie des gigantesques dettes contractées (sur les mauvais conseils du F.M.I.) par les pays pauvres pour leur développement et pour autre partie de l'acquisition de Bons du Trésor américains et (de plus, en plus) d'autres pays à monnaie forte en vue de la constitution de réserves monétaires nécessaires pour inspirer confiance au marché financier. Et ces réserves, suite aux crises récentes de 1997 dans le Sud-est asiatique notamment, ont augmenté dans des proportions telles q'elles représentent environ 30% du PIB des pays développement soit un montant estimé à fin 2006 de 3.350 MILLIARDS de dollars ! Ainsi donc le système financier mondial est, à la fois, générateur d'un haut degré d'instabilité économique et financière et constitue une gigantesque "pompe à dollars" fonctionnant à l'envers, au détriment des pays pauvres et en développement ! Facteur aggravant, la faible rémunération de ces réserves imposées par le système représente un coût exorbitant pour les pays concernés qui ont désespérèment besoin d'emprunter (à des taux beaucoup plus élevés et à court terme, d'où un gros facteur de risque supplémentaire) pour subvenir aux besoins de leurs populations. Le différentiel de taux d'intérêt  entre les emprunts à court terme et les réserves, qui représentent effectivement le "coût des réserves" (et ce que les économistes appellent les "coûts d'opportunité") est estimé de l'ordre de 10% ! Un simple calcul montre que le coût de ces réserves s'élèvent aujourd'hui à plus de 300 milliards de dollars soit le QUADRUPLE de l'aide des pays riches aux pays pauvres ! Cela laisse rêveur !

Le SRM, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, représente donc un coût très lourd pour les pays pauvres et en développement. Il profite d'abord aux pays riches et notamment aux Etats-Unis détenteurs de la seule monnaie de réserve officielle (même si cela est de moins en moins vrai !) mais son principal défaut n'est pas là ! En "gelant" dans les réserves d'aussi colossaux montants monétaires, il engendre une DEPRIME de l'économie mondiale. Ces réserves, mises en quelque sorte "sous clef", sont stérilisées et ne sont pas dépensées en investissement et en consommation, réduisant d'autant la "demande globale mondiale", thermomètre de l'économie planétaire. Mesurons plus précisèment l'ampleur du problème : L'ensemble des pays détient à ce jour plus de 4.500 milliards de dollars à titre de réserves avec un taux de progression de l'ordre de 17% / an ! Autrement dit, chaque année, 750 milliards de dollars de pouvoir d'achat sont retirés de l'économe mondiale, comme si on les enterrait ! Il faut donc que ce déficit de demande globale mondiale soit compensée d'une manière ou d'une autre pour ne pas affaiblir l'économie mondiale et l'entraîner vers la récession. Un seul pays peut compenser ce déficit, les Etats-Unis devenus le consommateur de dernier ressort, le pays aux déficits abyssaux, le pays le plus riche du monde et vivant très largement au-dessus de ses moyens ...mais jusqu'à quand ? On en est arrivé à cette situation absurde dans laquelle la bonne santé de l'économie mondiale est à ce jour dépendante des folles dépenses des ménages américains et du laxisme monétaire de leur gouvernement ! Cette situaton absurde est en même temps terriblement dangereuse car son équilibre tient à un fil : la confiance accordée par le monde à la monnaie américaine. Que cette confiance s'amoindrisse ou s'écroule suite à un événement inattendu et c'est le monde entier qui coure à la catastrophe (sous la forme prévisible d'une sévère DEFLATION mondiale engendrée par l'inévitable hausse brutale des taux d'intérêt américains destinés à soutenir le dollar).

Il ne s'agit pas de pure spéculation ou d'une vue de l'esprit ! On a assisté dans un passé récent à de brutales fluctuations du dollar, notamment une chute de 37% de sa valeur par rapport à l'Euro entre février 2002 et décembre 2004. Dans un passé plus lointain, au cours des années 70, le dollar soumis à des attaques spéculatives a dû abandonner sa convertibilté en or et laisser les marchés financiers déterminer son taux de change. Le SRM dans sa forme actuelle est donc générateur d'INSTABILITE. Pire, il souffre d'un mal caché fondamental : il s'AUTODETRUIT ! En effet, le pays à monnaie de réserve est conduit à s'endetter de plus en plus avec pour conséquence de rendre sa monnaie inapte à jouer un rôle de monnaie de réserve !

Devant de tels risques d'instabilité et d'autodestruction, des réactions se font jour. Des banques centrales importantes (celles de Chine et du Japon notamment) ont décidé de diversifier leurs réserves dans le but de réduire le risque lié au dollar et de mieux gérer la valeur globale de leurs avoirs. Elles ont constaté que le dollar est devenu, de part son instabilité et son taux de change, un mauvais instrument pour stocker de la valeur. Aujourd'hui, du fait d'un taux d'intérêt proche de zéro du Yen, les épargnants japonais préfèrent acheter de l'Euro plutôt que du dollar, poussant par-là à la hausse la monnaie européenne. C'est un exemple parmi d'autres du remplacement du dollar par l'Euro devenu, de fait, une deuxième monnaie de réserve. D'autres initiatives vont plus loin et visent à remplacer le système à une ou deux monnaies de réserve par un système d'"échange de réserves". Le Japon avait été le promoteur d'une telle solution au plus fort de la crise asiatique dans les années 90. Ce projet a été repris en 2000 par les Etats du Sud-est asiatique, membres de l'ASEAN, dans le cadre de l'initiative de CHIANG MAI de coopération économique et financière régionale visant à mieux résister aux crises financières futures. Tout récemment encore, les Etats d'ASIE de l'EST (ASEAN plus le Japon, la Chine et la Corée du Sud) viennent de décider la mise en oeuvre d'un système multilatéral de devises croisées sans toutefois aller jusqu'à envisager une monnaie unique asiatique sur le modèle de l'Euro, les contentieux historiques étant encore trop importants entre le Japon et ses voisins. Dans un tel système, l'échange croisé de réserves revient à créer un système coopératif d'assurance mutuelle, ce qui est le but naturel recherché.

Le SRM dans sa forme actuelle et pour en corriger les défauts les plus évidents se présente de plus en plus comme un système HYBRIDE. Le moment semble donc venu d'une REFORME FONDAMENTALE, ce qui nous ramène à la solution, d'une simplicité remarquable, proposée par KEYNES lors de la céation du F.M.I. : créer une monnaie fiduciaire nouvelle (il l'avait baptisée le "Bancor") qui servirait de monnaie de réserve pour tous les Etats. A noter qu'un premier pas avait été fait dans ce sens mais d'une manière épisodique et sans une généralisation efficace par le F.M.I. avec la création des DTS (droits de tirage spéciaux). La proposition de réforme de STIGLITZ vise à étendre le concept de nouvelle monnaie fiduciaire qu'il baptise "greenbacks mondiaux" et qui aurait le fonctionnement simplifié suivant :

            - Versement annuel par chaque Etat adhérent d'une contribution d'un montant spécifié (fonction de sa puissance économique) à un Fonds de Réserve Mondial qui émettrait simultanèment des "greenbacks mondiaux" pour le même montant et les remettrait à l'Etat membre pour qu'il les garde dans ses réserves, lui permettant d'acquérir de ce fait un actif (sous la forme d'une créance sur les autres Etats). 

            - Dans l'état actuel des taux de changes flottants, la valeur des "greenbacks mondiaux" détenus uniquement par les banques centrales, serait définie par la moyenne annuelle ou pluriannuelle d'un panel de quelques monnaies parmi les plus importantes.

           - Possibilité, en cas de crise, de tranformer l'actif décrit ci-dessus en convertissant les "greenbacks mondiaux" correspondants en dollars, euros, yens ou toute autre monnaie nationale selon les besoins (achats de nourriture ou d'équipements, recapitalisations,...) 

           - Montant des émissions annuelles de "greenbacks mondiaux" lié aux accroissements de réserves afin d'abolir l'impact dépressif du SRM actuel. Pour un ratio Réserves/PIB à peu près constant et une croissance mondiale de 5% par an, ces émissions annuelles pourraient être d'environ 200 MILLIARDS de dollars voire du DOUBLE si l'on prenait pour base le ratio Réserves/Importations avec une croissance des importations deux fois plus rapide que celle du PIB mondial (40.000 Milliards de dollars).

         - Création d'un mécanisme stabilisateur par compensation/financement des déficits commerciaux mondiaux par une émission annuelle des "greenbacks mondiaux" qui serait prioritairement destinée à la protection ou au développement des biens publics mondiaux (santé, environnement, lutte contre la pauvreté, biodiversité, écologie...) et au développement des pays pauvres.

Pour reprendre une conclusion de Joseph STIGLITZ, cette idée de nouvelle réserve mondiale n'est sans doute pas une idée neuve mas c'est sûrement une idée dont l'heure est venue.

Reste à espérer que les Etats aient la sagesse de l'adopter et de la mettre en oeuvre !         

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