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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 08:30

 

Le dernier nommé des maréchaux de Napoléon ....et même le "dernier des derniers" voire la honte de la corporation si l'on en croît la détestable réputation qui lui a été faite par Napoléon d'abord dans ses mémoires puis par les historiens de l'époque, après la funeste journée du 18 juin 1815 à Waterloo !

L'Empereur lui-même avait à St Hélène trempé la plume dans le fiel lorsqu'il fit écrire par Las Cases dans ses mémoires ce jugement à la fois terrible et définitif : " Le maréchal Grouchy avec 34.000 hommes et 108 pièces de canon a trouvé le secret qui paraissait introuvable de n'être, dans la journée du 18, ni sur le champ de batallle de Mont-Saint-Jean: ni sur Wavres... La conduite du maréchal Grouchy était aussi imprévoyable que si, sur sa route, son armée eût éprouvé un tremblement de terre qui l'eût engloutie...". L'étude critique des différents documents contradictoires produits par l'Empereur sur cette fameuse bataille perdue a, depuis, mis en évidence une certaine mauvaise foi de sa part ou, pour le moins, un souci de justifier a posteriori certaines décisions prises au cours de cette journée en réarrangeant des déplacement de troupes voire en accablant ses subordonnés (il faut bien dire que le choix des Maréchaux qu'il avait fait pour cette campagne de Belgique ne fut pas des plus heureux !) sans trop se soucier de la réalité des faits ! 

Comme quoi, même les grands génies ne résistent pas au besoin très humain de s'auto-justifier lorsque le destin leur devient défavorable.

 

 

Pauvre Grouchy ! Il va payer pour les autres ! Ce brave et courageux soldat, brillant chef de cavalerie, fidèle d'entre les fidèles, aristocrate et fils d'officier noble, fait un début de carrière prometteur dans l'armée royale puis, en 1789 (il a 21 ans) il se prend d'enthousiasme pour les idées révolutionnaires (voilà qui est plutôt sympathique de la part d'un fils de noble famille !) et s'enrôle dans l'armée républicaine dans laquelle il va rapidement franchir les grades vu son expérience des armes. Exclu un moment de l'armée à cause de ses origines nobles, il reprend du service après la chute de Robespierre et devient le chef d'état-major de Hoche en Vendée. Il est désigné comme chef de l'expédition d'Irlande dont le débarquement échoue. Lors de la première campagne d'Italie, sa conduite au feu est remarquable. Ensuite, sous le Consulat, on le retrouve à l'armée du Rhin, sous les ordres de Moreau (le grand rival de Bonaparte à l'époque) participant glorieusement à la victoire de Hohenlinden. Son attachement à Moreau lui vaudra naturellement l'antipathie du nouveau premier Consul et bientôt Empereur. Revenu en grâce en 1806, il va participer à la tête d'une division de dragons aux batailles de Lubeck, Eylau et Friedland et sera plusieurs fois blessé. Envoyé en Espagne, il sera chargé par Murat de mater l'insurrection de Madrid et en sera nommé Gouverneur. Rentré en France, il est de suite rappelé et s'illustre à Wagram. Il devient grand dignitaire de l'Empire. Il participe à la campagne de Russie à la tête du 3ème corps de cavalerie et son rôle sera déterminant à la victoire de la Moskowa pour l'enlèvement des redoutes russes. Il se distingue en protégeant la retraite de la Grande Armée. Au retour en France il se fâche avec l'empereur auquel il réclame sans succès (il a alors 45 ans et les grandes chevauchées ajoutées à ses multiples blessures lui sont devenues sans doute pénibles) un commandement d'infanterie. Fidèle à son serment il reprend toutefois du service dans la cavalerie lors de la campagne de France de 1813. Il est blessé en reprenant Troyes puis de nouveau et grièvement à Craonne. Au retour de l'ile d'Elbe, le revoilà au premier rang des fidèles, se mettant au service de la Patrie. Envoyé comme commandant en chef de l'armée des Alpes, il la réorganise et prépare la défense des frontières de Savoie et du Pièmont puis revient à Paris. Devant tant de dévouement, Napolén le fait Maréchal un mois avant la campagne de Belgique et lui confie l'un des 4 corps d'armée qui vont y participer.

 

 

Après avoir battu les prussiens à Ligny le 16, il reçoit de l'Empereur la mission de poursuivre Blücher et de l'empêcher de joindre ses forces à celles de Wellington. Cette mission s'avérera essentielle pour la suite des évènements : Napoléon veut maintenir les 4 corps de Blücher au large du Mont St Jean où il veut maintenant battre les anglais de Wellington. Les corps de Blücher battus le 16 par l'aile droite française ne sont ni détruits ni en déroute. Napoléon les croît hors d'état de nuire pour quelques jours mais ses estimations, sur la base de rapports optimistes concernant la retraite prussienne, sont fausses. Première erreur funeste. Les prussiens ne font pas retraite. Blücher est un dur-à-cuire et un chef expérimenté. Il reforme ses corps ébranlés, se replie vers Wavres et laisse son 4ème corps intact en rideau devant Grouchy pour cacher ses intentions. Dans la journée du 17 et la matinée du 18, il dirige ses forces vers l'aile gauche de l'armée anglaise qui attend l'assaut des français à Mont St Jean. Le contact n'a jamais été interrompu entre Wellington et Blücher, ils ont su parfaitement coopérer et coordonner leurs opérations. Ce sera la clef de leur victoire. A l'inverse, le contact n'a pas été ou mal assuré avec l'aile droite de Grouchy et là, la responsabilité en incombe d'abord à Soult, chef d'état-major en remplacement de Berthier et donc responsable de la coordination des 4 corps français. Soult n'a pas cru ou voulu croire (suivant en cela aveuglèment le sentiment de Napoléon) à un retour de Blücher et il a tout bonnement négligé, par légèreté, manque de rigueur ou incompétence, la liaison avec l'aile droite française.  Quand, dans l'après-midi du funeste 18 juin, les corps de Blücher vont jaillir sur le champ de bataille de Mont St Jean et assaillir le flanc droit français, il sera alors trop tard pour rappeler Grouchy que l'on a laissé sans ordres et la bataille sera perdue. 

Pour l'orgueil français et la réputation de l'empereur, il fallait des responsables à ce désastre. On ne chargea pas trop le Maréchal Ney, le "brave des braves", le héros de la retraite de Russie, celui qui sera fusillé pour sa fidélité à l'Empereur. Et pourtant, il n'avait pas été très bien inspiré pendant toute cette affaire. Il aurait pu bousculer les anglais dès le 16 et les empêcher de se mettre dans une forte position défensive (la grande spécialité de Wellington) le 17. Houspillé par l'empereur et voulant réparer sa bourde il pêchera par la suite par excès de précipitation, lancant ses escadrons sur les carrés anglais sans préparation d'artillerie suffisante, ce qui revint à les envoyer au massacre, la puissance de feu anglaise étant redoutable. Il accumulera ainsi les fausses manoeuvres à la grande colère de Napoléon qui ne semblait déjà plus maîtriser la situation. A cinq heures, les carrés anglais n'étaient pas rompus..et Blücher survint !

On ne s'en prit pas trop non plus au maréchal Soult, le héros d'Austerlitz, le "premier manoeuvrier d'Europe" comme l'avait ou l'aurait appelé Napoléon après son assaut victorieux sur le plateau de Pratzen. Pourtant son incompétence en tant que chef d'état-major, semble avoir été notoire. Durant cette campagne, ses ordres brouillons, ses contre-ordres, avaient semé la pagaille dans les corps d'armée et sans doute aussi perturber la confiance dans la tête de leurs chefs. Son manque de contrôle de l'aile droite avait conduit tout droit au désastre. On ne s'en prit pas plus à la troupe peu aguerrie, peu expérimentée parce que trop jeune qui, en partie, s'était débandée à l'arrivée des prussiens. Restait le bouc-émissaire parfait, le tout nouveau Maréchal Grouchy qui n'avait pas su neutraliser Blücher et, qui plus est, entendant la furieuse canonnade de Mont St Jean n'avait pas osé transgresser les ordres de Napoléon malgré les supplications de plusieurs de ses officiers. Imperturbable, il avait décidé, non pas de"marcher au canon" comme sans doute son instinct lui suggérait mais bien de continuer à talonner le corps prussien en rideau devant lui, le battre à Wavres puis s'ouvrir la route de Bruxelles...alors que le sort de la bataille se jouait au Mont St Jean ! Apprenant le 19 le désastre français il se repliera sur Reims en ordre après s'être frayé un chemin au travers des armées anglaises et prussiennes !

Alors, que penser d'un tel chef de corps ? On ne peut guère lui reprocher des idées de trahison (à la différence de bien d'autres !). C'était un fidèle absolu. On ne peut non plus lui reprocher de la couardise. Ses conduites au feu et ses multiples blessures témoignent de son courage physique. On peut certes lui reprocher de s'être fait "enfumer" par Blücher, de ne pas avoir surveillé d'assez près les mouvements ennemis ou d'avoir trop attendu des ordres de l'Etat-major qui venaient pas. Que ne les a-t-il sollicités, ces fameux ordres, pensera-t-on ! Pas si simple car c'était alors risquer d'agacer l'Empereur qui n'appréciait guère les recommandations ou les injonctions de ses officiers, surtout sur le champ de bataille ! Sans doute est-ce sa confiance absolue dans le génie militaire de Napoléon qui l'aura retenu d'outrepasser des ordres défaillants plus que la crainte de faire mal ou l'indécision d'un chef dépassé par les évènements ou ayant, selon le moderne principe de Peter, atteint son niveau d'incompétence. Ce baroudeur aux multiples campagnes connaissait trop l'importance de la discipline au combat et n'agissait pas sans ordre. Si l'Empereur avait besoin de lui, il l'appellerait. Point barre ! La vraie raison de son attitude est sans doute là.

Cela lui valut, au regard de l'Histoire, l'injustice d'être considéré comme le principal responsable de la défaite. A Marengo, le futur Napoléon avait été sauvé d'une défaite similaire par l'arrivée d'un Desaix qui, lui, n'avait pas hésité à "marcher au canon" ! Mais à cette époque-là, on se battait à l'instinct. C'était la victoire ou la mort (la guillotine fut un temps la sanction des généraux vaincus !). Les Etats-majors étaient peu garnis et les généraux surveillés par les commissaires de la république ! C'était encore le temps des élans héroïques et des grands meneurs d'hommes. En 1815, Grouchy n'était pas Desaix, l'élan héroïque avait fait place au doute, le pays était fatigué. Les meneurs d'hommes, usés par trop de campagnes, ne croyaient plus beaucoup en l'étoile d'un maître lui-même fatigué, bedonnant, sans doute miné par la maladie  et qui n'avait peut-être plus cette fameuse "vista"qui, selon le mot de Wellington, valait 50.000 hommes sur le champ de bataille. C'était la fin d'une époque militairement glorieuse mais économiquement et socialement désastreuse. La paix revenait enfin ...mais avec elle l'ancien régime !

 

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