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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 13:45

 

Ainsi débute le poême de Victor Hugo, fils du général Hugo qui servit sous l'Empire, principalement en Espagne.

  " Waterloo, Waterloo, morne plaine

  "Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine...."

L'un de mes grand-pères me le récitait parfois avec cette sorte de douloureuse nostalgie qui entoure les terribles évènements de notre histoire de France et le gamin de 10 ans que j'étais alors se sentait plein de compassion pour cet empereur déchu, ces dragons hachés par la mitraille anglaise, ces derniers carrés de soldats toujours debouts dans la débandade générale. Nous faisions à l'époque des rêves héroïques...bien loin des jeux vidéos d'aujourd'hui !

Bien triste journée que ce 18 juin 1815. Toute la nuit précédente, il a plu et des rafales de vent glacé n'ont fait que rajouter à la misère du troupier qui grelotte, affamé, sous son manteau trempé. Rien de quoi remonter le moral des soldats voire des officiers déjà fragilisé par les rumeurs qui courent dans les bivouacs. Des officiers supérieurs ont fait défection la veille et ont rejoint le Roi Louis XVIII à Gand, certains Maréchaux (et notamment Soult qui a pris la place de Berthier, suicidé 3 semaines auparavant, auprès de Napoléon) ne sont pas sûrs, l'Empereur est trahi, l'ennemi est plus nombreux, en position défensive et bien au sec (ce qui d'ailleurs est faux mais on prête volontiers  aux autres le confort que l'on n'a pas soi-même). Voilà pour la troupe. Elle est jeune, inexpérimentée (sauf ceux qui ont fait la campagne de France de 1814 et les anciens de la guerre d'Espagne). Les anciens, les "durs à cuire" des campagnes européennes ne sont plus là, épuisés, trop vieux, invalides, usés, morts de faim, de froid, d'épuisement, des blessures infectées, de maladie. L'élan révolutionnaire est un lointain souvenir, ignoré des "Marie-Louises", les jeunes recrues adolescentes de 1813. La confiance absolue dans l'Empereur est érodée par tous les évènements récents, l'abdication, le retour de la royauté, l'occupation brutale du pays par les armées coalisées. Le retour de l'ile d'Elbe a sans doute créé un nouvel élan mais qui tient sans doute autant à la maladresse du régime royal rétabli qu'à l'amour pour Napoléon. Les gens raisonnables savent que c'est un retour sans lendemain. Il durera cent jours.

L'empereur lui-même a changé. Il s'est épaissi, il "bedonne" comme peuvent le constater les troupes passées en revue. Ce n'est plus le jeune général fougueux et anguleux de la campagne d'Italie, capable de chevaucher des jours durant sans repos ni le stratège méticuleux, concentré et maître de la situation à Austerlitz. Un soldat de métier sent ces choses-là et sa confiance n'est plus la même. Les campagnes (et peut-être aussi la maladie) ont usé l'organisme de Napoléon. Il n'a plus la même énergie qui galvanisait tous ceux qui l'entouraient. Il fera même preuve dans la journée du 18 juin, selon des témoins, d'une certaine apathie qu'on lui avait déjà connue lors de la campagne de Russie. Dans la nuit du 17, épuisé il dormira sans avoir le courage de reconnaître par lui-même le champ de bataille du lendemain. Certes, le temps ne s'y prêtait pas. A Austerlitz il y avait aussi le froid et le brouillard (on était alors en décembre) mais alors l'Empereur avait reconnu méticuleusement le terrain dans les jours précédents et avait amené ses ennemis à se battre exactement là où il le voulait. A Waterloo, la connaissance du terrain est sommaire, voire fausse, les cartes peu fiables. Au matin du 18, on ne sait pas où sont exactement les anglais que l'on s'apprêtent à attaquer et on ne connaît pas leurs intentions. Ce sera l'une de ses erreurs mais malheureusement pas la seule lors de cette funeste journée. Epuisé, sans énergie, le génial stratège qui a ébloui l'Europe pendant des années, n'a plus l'oeil à tout, même son fantastique coup d'oeil est mis en défaut (la faible visibilité lors de ces jours-là n'arrange rien). Il semble diriger mollement les opérations et se fie trop à Ney, piètre manoeuvrier qui va épuiser en pure perte sa cavalerie sur les carrés anglais à la redoutable puissance de feu. Il compte sur Soult pour l'organisation générale des corps de bataille mais ce dernier n'arrive pas à la cheville de Berthier et, en plus, il n'est pas impossible qu'il trahisse ! L'un des 4 corps de bataille, suite à des ordres brouillons ou mal transmis, va "se balader" lors des journées des 16 et 17 sur le champ de bataille sans être utile à quoi que ce soit. Le 18, mal engagé et dans une formation inappropriée, il va être taillé en pièces par la charge des dragons écossais. Pire, Soult ne va pas prendre soin de garder un contact étroit (alors qu'on est en pays ami) avec l'aile droite commandée par le maréchal Grouchy, lancé à la poursuite des prussiens, battus le 16 mais pas détruits alors que Napoléon les croit hors d'état de nuire avant plusieurs jours. Autre funeste erreur qui décidera du sort de la bataille. Quand Blücher surgira à la tête de ses 4 corps d'armée sur notre aile droite, en fin d'après-midi du 18 après avoir trompé lavigilance de ses poursuivants, il sera trop tard pour rappeler le corps de Grouchy - situé à une bonne dizaine de kilomètrs à l'est - et l'armée française prise sous trois feux va ployer puis bientôt se disloquer et enfin se replier en ordre voire se débander. C'est la dernière bataille de l'Aigle. Celui-ci tentera par la suite de justifier ses plans et d'occulter ses erreurs en faisant porter la responsabilité du désastre sur les circonstances contraires ou la maladresse de ses Maréchaux (Ney et Grouchy notamment) mais il semble bien que ce triste jour-là, c'est d'abord lui-même qui ait failli !

Et pourtant cette campagne de Belgique avait bien démarré, dans le plus pur style napoléonien. Une concentration efficace et discrète des troupes (pour un total de 120.000 hommes) à la frontière belge, une avancée rapide en trois colonnes vers Charleroi pour se glisser entre Wellington et Blücher afin de les battre l'un après l'autre. Les alliés (anglais, belges, hollandais, allemands et prussiens) qui se concentrent en Belgique savent que la seule chance de Napoléon c'est la surprise et la vitesse. Une grande victoire en Belgique pourrait décourager les autres alliés autrichiens et russes, en cours de concentration, et les amenait à traiter avec l'Empereur français. Il leur faut donc être liés dès que possible et n'accepter le combat qu'en position de force (Wellington est un spécialiste du combat défensif). Napoléon arrive quand même à les surprendre, les séparer et battre Blücher le 16. La première phase des opérations est donc réussie (pas suffisamment puisque Blücher reviendra en jeu le 18 pour le désastre que l'on sait). Reste à détruire les anglais. Et là tout va commencer à aller de travers. C'est d'abord Ney qui traînaille  le 17 et laisse Wellington faire une retraite paisible (à l'annonce de la défaite des prussiens) puis s'installer solidement en bordure de la forêt de Soignies. Les y déloger le 18 épuisera deux corps d'armée ainsi que la cavalerie de Ney. Comble de malchance, le terrain détrempé interdira tout déplacement d'artillerie avant la fin de matinée, retardant d'autant l'offensive sur les anglais et quand les carrés anglais seront sur le point de rompre, c'est Blücher qui décidera du sort de la bataille en surgissant sur notre droite. 

Finalement, cette défaite ne fut-elle pas un bien pour un mal ? Imaginons Napoléon vainqueur à Waterloo. Victoire difficile au vu des circonstances et sans avoir détruit les corps alliés en Belgique. Pas de quoi créer la panique dans le camp adverse et bien difficile de penser que les alliés auraient abandonné la lutte. Ils pouvaient mobiliser un million d'hommes, connaissaient à fond la stratégie napoléonnienne, pouvaient attaquer sur tous les fronts à la fois et savaient la France affaiblie, ses troupes trop jeunes, ses généraux et maréchaux fatigués, hésitants, ne croyant plus guère à la bonne étoile d'un Empereur vieillissant, beaucoup ayant fait allégeance à Louis XVIII ou prêts à se jeter dans ses bras. Ces gens-là, au premier revers, obligeraient Napoléon à une nouvelle abdication. Ce qui advint d'ailleurs, après Waterloo.

L'Empire avait vécu, la France saignée à blanc par 25 ans de guerres quasi-continuelles, retrouvaient ses frontières d'avant la Révolution et le joug d'une royauté tatillonne et revancharde.

Bien triste bilan pour ce quart de siècle de gloire miitaire et de révolution politique !

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