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9 avril 2007 1 09 /04 /avril /2007 08:09

 

Voici un jeune homme, fils de la Révolution, au tempérament de feu - Bonaparte lui-même le surnommera "Junot la tempête" ! - qui va peut-être incarner le mieux le mythe du Héros français. Il est grand, il est beau, il est blond, le sourire enjôleur, le visage "grâcieux et sévère tout à la fois" comme le décrira dans ses mémoires sa femme la duchesse d'Abrantes, le rire aux lèvres dans les plus grands dangers, intrépide à l'extrême, d'un courage physique absolu (à l'image du chevalier Bayard, autre Héros fameux de notre imaginaire collectif) et enfin passionné pour une noble cause (les valeurs républicaines) puis par un homme exceptionnel (Bonaparte) qu'il suivra partout après leur rencontre au siège de Toulon.

Comme tout Héros humain, il a ses faiblesses qui, chez lui, couvrent un bien large spectre : Irréfléchi, emporté (la tête près du bonnet diraient certains, une "tête brûlée" diraient d'autres), colérique, influençable, dépensier à l'extrême (flambeur dirait-on aujourd'hui), soldant ses dettes à coups de sabre, grisé par les plaisirs, grand amateur de femmes et d'honneurs mais capable d'abandonner tout cela dans l'instant pour rejoindre son Empereur sur les champs de bataille. C'est aussi le Héros malheureux (comme on les aime tant) au destin tragique. Suite aux multiples blessures reçues au feu, aux désillusions, au vieillissement précoce (25 ans d'aventures et de campagnes militaires usent un homme aussi solide soit-il), sa raison va vaciller. Revenu comme Ulysse vivre auprès de ses parents le reste de son âge, il se jettera d'une fenêtre dans un moment de folie puis s'amputera lui-même avec un couteau de cuisine pour succomber ensuite à l'infection. Dans la démesure même de cette mort, il dépasse la condition humaine pour atteindre la dimension mythique.

 

 

 

Rien ne semblait pourtant prédisposer Jean-Andoche JUNOT à un avenir héroïque. Il nait en 1771, en Côte-d'or, dans une famille aisée de la bonne bourgeoisie et après le collège entame des études de Droit à Paris. Mais voilà que surviennent les évènements de 1789 et l'avènement de la République. Comme sans doute bien de jeunes français de l'époque il est soulevé d'enthousiasme mais cet élan prend chez lui une dimension hors du commun. En 1790, à 19 ans, il s'engage dans le fameux bataillon des volontaires de la Côte-d'or qui va donner tant de valeureux soldats et officiers à la République puis à l'Empire. Le voilà dans l'Armée du Rhin. Il est élu sergent de grenadiers par ses compagnons et très vite se distingue par son intrépidité et son mépris du danger. Les conséquences de son extrême vaillance ne tardent pas : Il reçoit à la tête une terrible blessure qui se rouvrira souvent dans les années suivantes. Guéri, nous le retrouvons en France, au gré des affectations de son régiment. En 1793, il est du siège de Toulon, servant à la batterie dite des Sans-culottes et c'est là qu'il va faire la rencontre de sa vie en la personne d'un jeune capitaine du nom de Bonaparte. Une 1ère fois le capitaine demande un volontaire pour porter un pli à travers les lignes ennemies. Junot se présente. Bonaparte lui recommande de mettre des habits civils pour passer inapercu. Refus hautain de notre Héros. Il n'est pas un espion et si l'anglais veut discuter, ce sera à coups de grenades et de sabre. Bonaparte est impressionné par un tel gaillard. Une autre fois, Bonaparte a besoin d'une main sachant écrire proprement pour dicter une lettre. Une bombe anglaise explose à quelques mètres de notre écrivain d'occasion, couvrant de terre la lettre fraîchement écrite. Sans un frémissement, notre jeune Héros dit en riant : "Nous n'avions pas de sable pour sécher cette lettre, la terre fera l'affaire !". Bonaparte est définitivement conquis et s'attache les services du fugueux sergent. Notre jeune Héros sera de toutes les journées chaudes lors des campagnes d'Italie et d'Egypte. Souvent blessé, il ne sera pas avare de son sang. En récompense de sa belle conduite en Italie, il est chargé de ramener au Directoire les drapeaux autrichiens pris à l'ennemi. Il est fait colonel puis général à peine débarqué en Egypte. Il va vite se montrer digne de sa rapide montée en grade et s'illustrer au siège de St Jean d'Acre en repoussant une troupe turque de secours malgré une grande infériorité numérique. Son grand attachement à Bonaparte lui vaut un duel qui le laisse gavement blessé. Rapatrié par mer, il est fait prisonnier par les anglais qui le libéreront quelques mois plus tard mais lui feront manquer la journée de Marengo.

Toujours passionnément attaché à son maître, il va participer au 18 Brumaire et l'aider à accèder au consulat. En récompense, il est fait général de division puis Gouverneur de Paris. C'est un bien mauvais service que vient de lui rendre Bonaparte. Notre jeune Héros ne saura pas résister aux folies dépensières de sa jeune femme, se garder des mauvais conseillers et de tous ceux qui l'entourent et abusent de sa droiture et de sa naïve confiance. Il n'est ni un homme de cour ni un gestionnaire de charge et très vite les scandales financiers et autres prébendes vont se succèder au point qu'il faudra l'exiler en province, à Arras où il sera chargé de former un nouveau corps de grenadiers, tâche beaucoup plus dans ses cordes et dont il s'acquittea à merveille. Mal conseillé, il manifeste son mécontentement quand il n'est pas nommé lors de la première désignation de Maréchaux d'Empire en 1804, ce qui lui vaut un nouvel éloignement au Portugal comme ambassadeur. Lorsqu'il entend les bruits de bottes de la grande Armée quittant Boulogne, il quitte son poste à bride abattue pur rejoindre Napolén et participer à la victoire d'Austerlitz. Le voilà revenu en cour. Pas pour très longtemps car notre homme est décidèment plus homme d'action qu'homme de cour. Il sollicite maladroitement l'Empereur qui s'en débarrasse en l'expédiant à Parme juguler une rebellion. Mission accomplie, le voici de retour à Paris en 1807 où il récupère son titre de Gouverneur. Hélas les frasques et les folies de toutes sortes reprennent de plus belle. Nouvel exil en 1808 au Portugal où il se couvre de gloire. Il est fait Duc d'Abrantès mais il est gravement blessé peu après puis battu par Wellington. Il s'en sort bien en négociant une convention de retrait et peut rapatrier ses troupes, ce qui lui évite les foudres de Napoléon. De 1809 à 1812, il va se battre partout, d'Autriche en Russie en passant par l'Espagne, dans l'espoir du titre de Maréchal qui ne viendra jamais. En 1813, affaibli, s'appuyant sur une canne, vieilli prématurèment, défiguré par une balle en plein visage, proche de l'aliénation mentale, il est relevé, à 42 ans, de toutes ses fonctions et rapatrié de force chez ses parents en Côte-d'or. Il n'a plus sa tête. Cette vie folle dans les plaisirs et les dangers, l'épuisante vie de camp, les chevauchées à travers toute l'Europe, ses multiples blessures dont plusieurs à la tête, les désillusions de son attachement passionné à Napoléon, les reproches de ce dernier auront eu raison de ce Héros dont les folles passions ne pouvaient que le conduire à une fin tragique et dérisoire.

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