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18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 14:26

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De 1804 à 1815, Napoléon nomma 26 Maréchaux d'Empire dont 4, à titre honorifique, en 1804 en début de règne. La plupart des 22 Maréchaux qui servirent sur les champs de bataille d'Europe étaient de basse extraction et s'étaient portés volontaires dans les armées de la Révolution, très souvent par conviction patriotique, parfois par calcul ou par ambition. Tous avaient des qualités exceptionnelles de bravoure et de courage qui leur avaient permis de se distinguer et de gravir très rapidement les échelons de la hiérarchie miltaire. A l'époque, la première vertu du chef de guerre était de marcher en tête et d'entraîner ses troupes dans un élan victorieux. Sous la Révolution, c'était la victoire d'abord, on ne se préoccupait pas trop des pertes ! Le génie militaire de Napoléon saura utiliser cet élan mais au bon moment, au bon endroit après avoir manoeuvré, contourné, trompé, isolé l'ennemi surpris et enfin débordé. Mais avant d'en arriver à cette fin, il fallait une logistique à toute épreuve. On y reviendra plus loin avec l'un de nos Maréchaux favoris. Cette sélection des chefs sur le terrain produisit une génération exceptionnelle de généraux dont certains constituèrent cette fantastique brochette de caractères et de tempéraments dont Napoléon sut exploiter le meilleur tant que la lucidité et la sûreté de jugement ne lui firent pas défaut.

Vouloir établir un classement de tels hommes selon leurs mérites ou leurs talents se révèlerait vite très hasardeux et ferait courir à l'ambitieux auteur un risque permanent d'injustice et d'erreur d'appréciation ! Certains destins furent grandement influencés par la chance ou le hasard. Napoléon lui-même, quand on lui recommandait un officier de valeur qui s'était distingué, n'avait-il pas l'habitude de répondre : "Fort bien...mais a-t-il de la chance ?"

Sans se risquer dans un fastidieux travail d'historien, on choisira ici de décrire quelques uns de ces êtres d'exception qui ont traversé l'Histoire avec des fortunes diverses. Parmi les plus célèbres (qui ne furent pas forcèment les meilleurs !) on ne peut pas ne pas citer NEY "le brave des braves", héros malheureux de la retraite de Russie et de Waterloo et sur lequel nous reviendrons, LANNES l'intrépide compagnon des premières campagnes d'Italie et d'Egypte, mort trop tôt à Essling, les genoux brisés par un boulet ou encore MURAT le magnifique cavalier, incomparable entraîneur d'hommes mais médiocre commandant loin des yeux de l'Empereur. C'est pourtant vers quatre autres Maréchaux que nous nous tournerons car ils nous ont semblé, pour des raisons différentes, mériter une attention particulière :

 

 

 

André MASSENA : Une figure extraordinaire. Fils de vigneron niçois, orphelin très jeune, mousse à 13 ans, va servir pendant 14 ans dans l'armée royale Pièmontaise et arriver au grade d'adjudant, le plus haut grade pour un roturier. Volontaire en 1791 à l'âge de 31 ans il va prendre tous ses grades à l'armée d'Italie où il deviendra le meilleur et le plus habile lieutenant de Bonaparte qui le surnommera "l'enfant chéri de la victoire" ! Sa rapacité dans le pillage des territoires conquis attachera à notre homme une solide réputation de soudard et lui vaudra les foudres de son chef (qui avait donc trouvé un plus grand voleur que lui-même !) et une disgrâce temporaire. Mais son talent est trop précieux pour rester inemployé. Rappelé en 1799, il sauve la République par sa splendide campagne de Suisse et sa victoire de Zurich. Il sera encore vainqueur des autrichiens en Italie en 1805. A nouveau écarté, il sera rappelé en 1809 et s'illustrera à Essling et à Wagram pendant la campagne d'Allemagne. Envoyé en Espagne en 1810, il ne pourra y faire la décision suite au manque de coordination de ses forces avec celles de NEY et de SOULT et c'est lui qui connaîtra à nouveau la disgrâce ! Ce sera la fin de sa carrière militaire. Il avait alors 52 ans. Des trois meilleurs maréchaux de Napoléon (les deux autres étant LANNES et DAVOUT), notre niçois, au franc parler et de surcroît frondeur, fut le seul à ne devoir ses talents qu'à lui seul, ce que l'empereur supportait mal ! Il fut l'un des rares maréchaux à recevoir un jugement flatteur dans les mémoires que l'empereur écrivit à St Hélène. Il est à ranger dans la catégorie des grands talents mal employés.

 

 

 

Louis-Alexandre BERTHIER : On a affaire ici à un tout autre type d'homme. Né en 1753, fils d'un ingénieur-officier de l'armée royale, il fait l'école royale de Génie, devient ingénieur-géographe puis officier de carrière et servira aux Amériques avec Lafayette. Il est lieutenant-colonel en 1789. Il a 36 ans. Patriote modéré, ses qualités exceptionnelles d'officier d'Etat-major seront vite reconnues notamment par Bonaparte qui en fera son chef d'Etat-major, en 1796, à l'armée d'Italie. Il sera l'ombre de l'Empereur dans toutes les campagnes d'Europe, forcant l'admiration de tous (et particulièrement des commandants des armées ennemies) par son incomparable efficacité dans l'organisation et la mise en oeuvre des plans stratégiques de Napoléon auquel il est devenu indispensable. Les deux hommes se comprennent à mi-mot. C'est lui qui comprend, rédige et transmet tous les ordres de Napoléon sur le champ de bataille. D'un dévouement absolu à l'Empereur, il est en même temps effrayé par ses audaces et ses entreprises. En parfait logisticien, il mesure la folie de la campagne de Russie et pressent la chute prochaine. Il sera l'un des premiers à se rallier à Louis XVIII et à le suivre à Gand lors du retour de l'ile d'Elbe. Napoléon qui a désespérèment besoin de lui est prêt à tout pardonner s'il revient. Trop pusillanime pour courir une nouvelle aventure qu'il sait désespérée et en même temps déchiré d'abandonner son maître, il se suicidera 17 jours avant Waterloo. En apprenant la nouvelle, l'Empereur s'évanouira d'émotion. Génial organisateur, BERTHIER suscita l'admiration de toute l'Europe avant de devenir une véritable légende militaire dans toute l'Europe.

 

 

 

 

Louis-Nicolas DAVOUT : Duc d'Ekmühl . "Le maréchal de fer" ainsi désigné par ses soldats. Voici l'exemple d'un petit noble désargenté qui rejoint la Révolution. L'un des rares aussi avec BERTHIER et MARMONT à avoir suivi une école militaire (la plus prestigieuse, celle de Paris pour ce qui le concerne). A 18 ans, Sous-lieutenant de cavalerie, il est élu Lieutenant-colonel par son bataillon de volontaires. Va servir en Vendée comme général de brigade. Grand ami de Desaix qui le recommande à Bonaparte, il part en Egypte avec ce dernier puis sert à Marengo. Il est le plus jeune Maréchal nommé en 1804, à 34 ans. Il est le pivot du plan de bataille d'Austerlitz et y joue un rôle déterminant en contenant les assauts austro-russes sur l'aile droite de l'armée française. Il sera encore déterminant à Eylau, Wagram et Eckmühl. Il brillera durant la campagne de Russie et sera le seul chef de corps à maintenir sa troupe en ordre parfait pendant la retraite. Tacticien et stratège exceptionnel, il n'est pourtant pas le favori de l'Empereur qui le tient éloigné de lui. Sans doute le plus brillant des maréchaux sur le champ de bataille mais Napoléon n'aime pas son caractère trop franc, ses manières bourrues, gauches et peu courtisanes. Il ralliera pourtant l'Empereur aux 100 jours, réorganisera l'armée à sa demande mais ce dernier ne l'emmènera pas à Waterloo où il eût sûrement mieux servi que NEY ou GROUCHY ! Sa fidèlité à l'Empereur et à ses amis (il défendra NEY lors de son procès) lui vaudra la disgrâce de Louis XVIII. Le plus magnifique soldat de l'Empire, invaincu en 25 ans de campagne.

 

 

 

Jean-Baptiste BESSIERES : Le fidèle mort au combat. Encore un "jeunot" issu de la Révolution. Fils de médecin, il a 21 ans en 1789 et il s'engage dans la Garde Nationale, franchit rapidement les grades, rejoint l'armée d'Italie et s'illustre à Rivoli. Il va se distinguer en Egypte et devenir un familier de Bonaparte. Il l'accompagne à son retour en France et participe au 18 Brumaire. Il reçoit en récompense le commandement de la Garde Consulaire qui deviendra la Garde Impériale. Général de brigade après Marengo, il est général de division en 1802 puis nommé Maréchal en 1804. A Austerlitz, il commande la cavalerie de la Garde qui bouscule la Garde Impériale russe. Il va participer à toutes les campagnes et à tous les combats. Il est présent à Ièna puis à Eylau. Envoyé en Espagne en 1808, il remporte une magnifique victoire à Medina malgré une grande infériorité numérique. Il est de la campagne d'Autriche en 1809 et s'illustre à Wagram. Gouverneur en Espagne en 1809, il se conduit avec équité, respectant la population civile. Infatigable, il rejoint à nouveau la Garde pour la campagne de Russie où il se distingue. Il commande toute la cavalerie lors de la campagne de Saxe en 1813. Il trouve une fin glorieuse à la bataille de Lützen, fauché par un boulet. Grand sabreur et brillant meneur d'hommes, il était adoré de ses hommes et cher au coeur de l'Empereur. Napoléon, dans ses mémoires de St Hélène, lui adressera l'un de ses plus beaux éloges. Soldat exemplaire, compagnon fidèle jusqu'à la mort, il sera avec LANNES l'un des deux Maréchaux à mourir au combat. A son ardeur sur le champ de bataille il joignait, chose rare chez les Maréchaux de l'Empire souvent empruntés dès qu'ils n'étaient plus dirigés par leur maître, de grandes qualités de commandant en chef et de gouverneur. Un grand officier complet qui manquera terriblement à Napoléon au cours des deux dernières années de l'Empire.  

Dans un article suivant on s'attachera, pour compléter notre tableau, au destin de quelques autres Maréchaux, certes méritants mais moins doués, plus limités, parfois moins chanceux ou pour qui la renommée ne fut pas bonne fille.

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