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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 09:50

 

Les généraux de la Révolution française, souvent fort jeunes et issus du rang (les fameux généraux imberbes célébrés plus tard par Victor Hugo, lui-même fils d'un général d'empire - "Mon père, ce héros au regard si doux..." -) ne connurent pas tous un brillant destin. Il fut même fort cruel pour ceux qui avaient le malheur d'être vaincus et qui achevaient généralement leur carrière sous l'engin expéditif de ce bon docteur Guillotin (qui l'avait inventé afin d'épargner des souffrances inutiles aux condamnés de la Terreur. On a de la bonté d'âme ou on n'en a pas !). De cette génération de généraux, il y en eut de brillants mais bien souvent malchanceux. On pense à Desaix, le sauveur de Marengo (ce Waterloo qui a bien tourné à la différence de l'autre, Grouchy n'étant pas Desaix !), tué en chargeant à la tête de ses troupes et qui épargna à Bonaparte (autre jeune général qui promettait) l'affront d'une défaite et la perte de popularité qui en serait résultée. On pense aussi à Hoche mort trop jeune de maladie ou à Kléber, fils de maçon, architecte puis engagé volontaire en 1792, l'un de nos préférés pour son rude caractère et sa grande sincérité républicaine  (un "vieux" de 40 ans en 1792 qui fit ses classes dans l'armée ...autrichienne dont il démissionna en 1785) qui se couvrit de gloire à Mayence, en Vendée puis en Allemagne (sous les ordres de Jourdan, un autre brillant général), refusa toutes les commandements en chef (craignait-il la guillotine en cas de défaite ?) puis enfin démissionna de l'armée. C'est Bonaparte qui le sortit de sa retraite prématurée et l'emmèna en Egypte où il l'abandonna sans vergogne (à la grande colère de notre irascible alsacien, furieux d'avoir été berné par un tel "jean-foutre" ! Voilà au moins un républicain qui fut bien peu sensible au génie en herbe du futur empereur des français !) avec le titre - qu'il avait toujours refusé -  de commandant en chef. Notre alsacien finira sous le poignard d'un jeune musulman après la sanglante répression d'une rebellion locale. Et que dire du légendaire Marceau, soldat à 16 ans, volontaire en 1791 qui connut une carrière aussi brève qu'éclatante en Vendée d'abord puis en Allemagne. Ce fils de rien qui aurait pu se conduire, comme ses collègues, en vaurien et en brute fit preuve en Vendée aux pires moments de la guerre civile, d'une humanité chevaleresque protégeant les femmes, les enfants et les prisonniers des mauvais traitements, monnaie fort courante dans les moeurs militaires de l'époque ! Il mourut au combat dans les lignes autrichiennes et eut droit à l'éloge funèbre de son adversaire, l'archiduc Charles.

Des généraux, il y en eut d'autres dont les exploits guerriers rivalisèrent avec ceux de Bonaparte mais le plus intéressant, celui qui aurait pu connaître un destin politique comparable à celui du futur Napoléon, s'appelle Jean-Victor MOREAU, né en 1763, fils d'avocat breton, prévôt des étudiants de Rennes (un intellectuel, pour une fois !) lors des premiers troubles pré-révolutionnaires de 1788. Lieutenant-colonel dès 1792 (les promotions étaient décidément très rapides à l'époque ! Il faut dire qu'alors les officiers, général en tête, étaient, au combat, sur le front des troupes et non planqués à l'arrière ce qui accélérait grandement la promotion des braves !) il sert à l'Armée du Nord sous Dumouriez d'abord puis sous Pichegru qu'il remplacera en 1795 avec le titre de Commandant en chef. Missionné pour une offensive combinée en Allemagne avec Jourdan, il fait rapidement montre d'un caractère buté et individualiste en refusant de collaborer avec Jourdan d'abord puis avec Hoche, ce qui aurait pu lui valoir un passage sans retour sous la guillotine mais ses qualités de soldat sont telles que la jeune République lui pardonne. Médiocre stratège (il est battu deux fois en Italie en 1799), il déploit un admirable talent de tacticien lors des opérations de retraite. En 1797 encore il se met aux "abonnés absents" lorsque Bonaparte, à la fin de la campagne d'Italie, le sollicite pour une manoeuvre conjointe en Allemagne où il entre à reculons, peu pressé  de favoriser la gloire de son jeune concurrent ! Un sacré individualiste donc et une sacrée tête de breton ! Mais le Directoire lui pardonne ainsi que Bonaparte, soucieux de s'attirer les bonnes grâces d'un tel général. C'est en 1800 que se joue son destin. Cajolé par Sieyes, l'homme fort du Directoire à la recherche d'une épée pour satisfaire ses ambitions personnelles, il ne donne pas suite (indécision, manque de confiance en lui ou en Sieyes ?) et fait allégeance à Bonaparte qui, lui, accepte les offres de Sieyes et sera le grand bénéficiaire du coup d'état du 18 Brumaire. Dès lors, la messe est dite, l'Histoire va se dérouler selon le plan connu avec le Consulat d'abord à trois puis à un seul, puis le Consulat à vie puis l'Empire ...Pourtant la guerre avec l'Autriche continue et Bonaparte, se chargeant des opérations en Italie, confie à Moreau la protection du Rhin. Ce sera la campagne la plus brillante de notre forte tête avec sa victoire de Hohenlinden en décembre. Sa gloire est alors à son comble.

Hélas pour lui, cette gloire il va la dilapider bêtement dans les intrigues et fronderies d'un aigri dont l'indécision a ruiné les ambitions. Il se laissera même entraîner dans des intrigues royalistes avec Cadoudal, offrant alors à Bonaparte l'occasion rêvée de se débarrasser de lui. Condamné à l'exil, il part pour 8 ans aux Etats-Unis. La suite n'est guère digne du personnage. Il revient en 1813 et offre ses services aux alliés pour la curée. Conseiller militaire de l'empereur Alexandre 1er, il mourra, frappé d'un boulet à la bataille de Dresde. Triste fin d'un glorieux général républicain qui ne sut répondre à l'appel de son destin mais avait-il les moyens de ses ambitions ? Sans doute que non mais cela, on ne saura jamais !


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