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29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 15:08


Derrière ce titre un peu "provoc", se dissimule une rapide étude des caractéristiques d'un important dialecte de la langue romane qui joua un grand rôle dans la formation et l'établissement de notre belle langue française que tout le monde nous envie, pour pasticher une formule rebattue...mais que de moins en moins de gens parlent dans notre monde anglicisé !!

Un petit survol historique, tout d'abord : Lors de l'invasion des Gaules par Jules César (pour mémoire dans les années -50 avant J.C.) les peuplades gauloises se répartissaient entre 3 grands peuples : les Aquitains, les Belges et les Celtes. Leurs dialectes, suffisamment proches pour qu'ils puissent à peu-près se comprendre, dérivaient d'un dialecte de la langue Kimrique désignée ensuite sous le nom d'Armorique et qui s'est conservé sans trop d'altérations jusqu'au 19ème siècle en basse-Bretagne. Pour des raisons faciles à comprendre, Jules César d'abord, l'empire romain ensuite voulurent imposer l'usage du latin aux peuples gaulois vaincus. Leur projet linguistique fut grandement favorisé par le fait de l'absence de langue écrite chez les gaulois (à l'exception des druides dont les rares écrits conservés utilisaient assez curieusement les caractères grecs !) et c'est ainsi que progressivement les élites gauloises des villes en vinrent, bon gré (pour les ambitieux voulant faire carrière) - mal gré, à pratiquer le latin. Pour le peuple rural (90 à 95% de la population d'alors), ce fut évidemment une toute autre histoire ! Pire, ce fut la langue gauloise qui absorba le latin telle une éponge, imposant sa construction, confondant et simplifiant les conjugaisons, altérant les mots, introduisant des auxiliaires verbaux en lieu et place des temps latins compliqués, mélangeant les radicaux celtes aux terminaisons latines, bref, créant une sorte de "sabir" celto-latin qui prit le nom de rusticus, entendu en Gaule par à peu-près tout le monde au 5ème siècle, selon le témoignage de Grégoire de Tours. C'est de cet idiome rustique que devaient naître plus tard le Roman-wallon et le Picard, sources de la langue française. A cette époque et au cours des siècles suivants, notre fameux rusticus subit des influences considérées par les spécialistes comme secondaires en provenance du monde grec (via Massilia, la future Marseille) et du monde germanique (via les invasions barbares et la constitution des royaumes francs). La langue tudesque des envahisseurs francs ne put triompher du langage local. Charlemagne renonca à l'imposer à sa cour impériale et son fils Charles le chauve prononça en langue romane, descendante de notre rusticus, le fameux Serment de Strasbourg qui partagea en 852 l'empire de Charlemagne entre ses fils. Au hasard des siècles suivants et des invasions étrangères d'autres influences mineures purent s'exercer sur le patois picard.

Dans le midi de la France, occupé plus tôt et plus massivement par les romains, l'influence latine fut naturellement plus forte, ce qui entraîna, dans les siècles suivants, une différentiation nette et définitive entre la langue d'Oïl et la langue d'Oc jusqu'au divorce linguistique complet au 12ème siècle et la séparation de la France selon une curviligne allant de Bordeaux à Lyon.

A partir du 12ème siècle, la répartition linguistique dans la pays d'Oïl fut globalement la suivante : Le langage de Paris considérée comme la langue littéraire qui devient le Roman, le langage des trouvères proche du parisien mais conservant des locutions et des formes provinciales et enfin le langage populaire divisé en autant de sous-dialectes et autres patois qu'il y avait de régions, provinces, lieux et petits pays plus ou moins isolés les uns des autres. De ce langage populaire émergeaient les 3 dialectes principaux suivants : le Normand, le Bourguignon et le Picard. C'est ce dernier, aux dires des spécialistes, qui a le mieux conservé la physionomie primitive de la langue romane et qui a le plus influé, notamment par le nombre considérable de poêtes et de trouvères picards au cours du moyen-âge, sur la formation de la langue française. A preuve de cette affirmation quelque peu péremptoire dans laquelle on pourrait soupçonner une partialité atavique de la part de l'auteur, on citera l'extrait d'un discours que prononca l'écrivain Rivarol à la cour de Berlin en 1784 : " ...si le provencal eût prévalu, il aurait donné au françois l'éclat de l'espagnol et de l'italien mais le midi de la france ne put supporter la concurrence du Nord et l'influence du patois picard s'accrut avec celle de la Couronne. C'est donc le génie clair et méthodique de ce jargon et sa prononciation un peu sourde qui domine aujourd'hui dans la langue françoise." On ne saurait dire plus clairement les choses !

L'un des caractères distinctifs du patois picard et qui en fait grandement son charme et son attrait est l'emploi fréquent des comparaisons au point que certains adjectifs s'emploient presque toujours avec cet accessoire obligé. Beaucoup de ces comparaisons drôles et pittoresques ont été adoptées, après transcription en bons français, par les gens des villes et sont encore souvent présentes dans notre langage courant d'aujourd'hui. On ne résistera pas au plaisir d'en citer quelques exemples en langue originale facilement traduisibles :

         Adroit de ses mains comme eine vake (vache) d'esse queue

         Ahuri comme eine glaine (poule) à trente-six poussins

         Ame noërde (noire) comme ein cul de keudron (chaudron)

         Avoir un coeur d'artichaut; en donner une feuille à tout le monde

         Bâti comme l'as ed'treufe (l'as de trèfle)

        Connu comme el'loup blanc

        Contint (content) comme eine glaine qu'avale ein cleu (clou)

        Einrheumé (enrhumé) comme ein leu (loup)

        Ete d'eine humeur d'hérichon (hérisson)

                ....et bien d'autres aussi savoureuses !

Pour les gens curieux d'en savoir plus sur cet idiome ancêtre du français, je recommande le Glossaire étymologique et comparatif du patois picard ancien et moderne de Jules Corblet, publié en 1851 et accessible via internet sur le site www.lexilogos.com

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