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24 novembre 2006 5 24 /11 /novembre /2006 11:47

Dans un article de septembre, au sujet de la mondialisation, j'avais évoqué les voix qui s'élevaient aux Etats-Unis, notamment celle de Joseph STIGLITZ, pour l'établissement de nouvelles règles dans les échanges mondiaux.

Dans son livre intitulé - Un autre Monde - ce Nobel d'économie traite le sujet de la dette du tiers-monde (incluant les Etats en situation de développement) et après avoir décrit les ravages causés par la gestion catastrophique des récentes crises financières par le FMI et la Banque mondiale, analyse les causes des ravages causés et préconise des solutions de stabilisation des marchés financiers mondiaux. Le but de cet article est de fournir une synthèse de la pensée de l'auteur et d'en dégager les grandes lignes pour les lecteurs pressés qui n'auraient ni le gout ni le temps de lire un (gros) bouquin d'économie !

Les récentes crises financières, d'abord : Elles sont apparues dans toutes les parties du monde (Amérique latine, Amérique du sud, pays de l'ex-URSS, Asie du Sud-est...) avec à peu-près toujours le meme scénario : Un poids de la dette (en $, pratiquement la seule monnaie de réserve mondiale) devenu insupportable pour des économies en crise. Les mesures correctives adoptées (sur les "judicieux" conseils du FMI et de la Banque Mondiale - nous y reviendrons) ont systématiquement aggravé le mal jusqu'à atteindre des proportions démentes (à titre d'exemples : une inflation de 3.086%  en Argentine en 1989, une chute du PIB de 40% en Russie et de 70% en Moldavie dans les dernières années du 20ème siècle avec un service de la dette atteignant 75% du budget moldave !!) et déclencher des défaillances officielles telles que la déclaration de défaut de paiement de l'Argentine en 2002 et celle de la Russie en 1998.

Quel est donc le fait générateur de ces dettes qui deviennent ingérables ? C'est bien sur le fait que les pays concernés ont générallement trop emprunté (ou que les pays développés leur on trop preté). Monsieur de La Palisse en aurait dit tout autant. Mais le secret de l'affaire réside dans les modalités des emprunts contractés : Ces emprunts sont générallement à court terme ou remboursables sur simple demande (ce qui signifie que les banques étrangères peuvent retirer leur argent au moindre signe de difficulté, ce qu'elles ne se privent pas de faire, enfoncant du meme coup le pays dans la crise). D'autre part, on oblige ces pays emprunteurs à supporter l'essentiel voire la totalité des risques financiers qui peuvent survenir ensuite, à savoir : hausse des taux d'intéret, fluctuation du taux de change des monnaies, baisse des revenus. Que surviennent une catastrophe naturelle ( tsunami, inondations, sécheresse, tremblement de terre...) ou économique (effondrement des marchés d'exportation, hausse brutale des taux d'intéret du $..) et meme un pays ayant emprunté modérément  et ayant une économie saine peut se retrouver dans une galère avec une hausse insupportable du service de sa dette !

Le fait générateur de la dette étant identifié, voyons maintenant les moyens (ou l'absence de moyens) mis en oeuvre pour corriger le problème. Première constatation : Il n'existe pas de cadre juridique international solide pour régir la restructuration des dettes souveraines et leur trouver une issue à la fois équitable et rapide. Meme chose pour les dettes privées (emprunts contractés par les entreprises ou personnes privées des pays concernés auprès des établissement financiers nationaux ou internationaux). Les pays surendettés n'ont d'autres possibilités que de se tourner vers le FMI ou la Banque Mondiale qui vont pouvoir imposer leurs conditions (léonines) voire priver le ou les pays de leur souveraineté économique. Générallement, le FMI va preter de nouveaux fonds (qui vont d'abord servir à rembourser les intérets de la dette) et imposer une politique déflationniste (réduction drastique de l'inflation, augmentation des impots, réduction des dépenses de protection sociale et d'éducation et de santé, relèvement des taux d'intéret intérieurs) qui va saigner à blanc le pays et augmenter la misère de la population. Mais qu'importe ! L'essentiel est que les banques occidentales retrouvent leurs billes ! L'auteur décrit en particulier le scénario complet du drame argentin qui trouva son dénouement en 2002 avec la déclaration de défaillance (pour sa dette privée mais aussi la publique). Le gouvernement argentin eut alors le courage de s'opposer au FMI et d'exiger une restructuration de sa dette, ce qui lui permit de retouver, suite à une dévaluation massive du peso, une forte croissance de l'ordre de 8%. L'Argentine avait dominé sa peur du FMI et montré l'exemple aux autres nations.

Que faire de cette dette quand les pays ne peuvent manifestement plus payer (les PPTE ou Pays pauvres Très Endettés)? La communauté internationale a fini par admettre en 1996 qu'il fallait faire des allègements sous forme de remises de dettes mais en en confiant les conditions ..au FMI !. Un mouvement dit Jubilé 2000 a permis, grace à la mobilisation de l'opinion publique, de porter le programme d'allègement à environ 50 milliards de $. Enfin, en 2005, les dirigeants du G10 ont quasiment effacé les dettes des 18 Etats les plus pauvres du monde. Bref, tous ces efforts récents sont louables mais n'apportent pas une solution globale à l'endettement du tiers-monde et des pays en voie de développement. Il faut donc proposer autre chose.

Les Etats-Unis possèdent un code efficace des faillites permettant aus sociétés qui se mettent sous la protection du fameux "chapitre 11" de se réorganiser rapidement (dettes converties en actions, anciens actionnaires totalement ou partiellement évincés au profit des créanciers, pas d'arret de l'activité, accès au crédit). L'auteur préconise la création d'un "superchapitre 11" plus favorable aux pays débiteurs en cas de calamité économique majeure afin de permettre une restructuration accélérée de la dette. Mais il faut également intervenir en amont et en particulier décourager les emprunts à court terme proposés par les banques occidentales et générateurs de la plupart des risques financiers.

En résumé, l'auteur cite 5 réformes cruciales qui s'imposent pour aboutir à une bonne gestion de l'endettement. D'abord supprimer les conséquences nuisibles (voir plus haut)  des interventions des organismes internationaux tels que le FMI. Ensuite, revenir au pret contracyclique (preter davantage quand le pays va mal, à l'inverse du pret procyclique qui exige le remboursement quand le pays en a le plus besoin !). Puis réduire le risque de la volatilité des taux de change et des taux d'intéret (emprunter dans la monnaie locale et non en $). Enfin, emprunter prudemment et mettre en place une législation internationale des faillites.

Tout cela semble frappé au coin du bon sens mais dans les relations internationales rien n'est jamais simple et il faut aussi (grandement) compter sur l'intéret à court terme et l'égoisme des pays développés (et notamment du plus important d'entre eux, les Etats-Unis, très satisfaits de possèder la principale monnaie de réserve mondiale, ce qui leur permet de vivre - sans grands risques pour l'instant -  au-dessus de leurs moyens aux dépens de la communauté mondiale) qui se satisfont d'une politique à courte vue favorable à leurs intérets immédiats.

Il y a d'autres sujets abordés dans le livre de Joseph STIGLITZ. Un autre article sera consacré à la réforme du système de réserve mondiale.

 

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