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18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 17:48

Après les soubresauts de la guerre et de la libération, Antoine Pinay reprend sa marche vers le pouvoir. En moins de 3 ans, sous l'étiquette C.N.I. ((Conseil National des Indépendants) il retouve ses positions politiques d'avant 1940 et devient, dès septembre 48, secrétaire d'Etat aux affaires économiques dans le gouvernement radical Queuille. Il participera en cette qualité au 1er plan de stabilisation de l'économie et des prix dans les années 50, sous la direction du ministre des Finances Petsche. Il est ensuite nommé ministre des Travaux Publics sous le gouvernement Pléven. En 1952, en pleine débacle financière et inflation galopante, Vincent Auriol appelle notre homme à la Présidence du Conseil où il fera merveille : C'est le miracle Pinay.

Il met en place, en dépit de nombreuses résistances dans et hors son propre camp, un train de grandes mesures de stabilisation des prix, d'amnistie fiscale, d'emprunt et de budget équilibré, le tout dans un climat de confiance retrouvée. Il sera notamment le 1er à imposer la distinction entre les dépenses d'exploitation de l'Etat assurées par l'impot et les dépenses d'investissement finançées par l'appel à l'épargne. Il faut s'arreter un instant sur les originalités de l'emprunt Pinay : Garantie-or, rendement de 3.5% sur 60 ans, exonération de l'impot sur le revenu, exonération des taxes proportionnelle et progressive et des droits de succession, ce que l'opposition dénoncera comme un cadeau aux "nantis". Le résultat sera le drainage de 15 milliards en or et de 195 milliards en liquidités soit une ponction de 4.5 % de la masse monétaire de l'époque.

Pourtant, à l'automne, les nuages s'accumulent car les prévisions budgétaires se révèlent trop optimistes et un faisceau d'événements économiques jouent défavorablement (tassement de la conjoncture internationale, réduction des importations américaines après la guerre de Corée, reprise de la concurrrence allemande et faible compétitivité -déjà ! - de l'industrie française). Sa proposition de réforme fiscale (avec création de la TVA en remplacement des taxes sur la production et les transactions) est mal accueillie et il démissionne fin décembre devant l'impossibilité de faire voter le nouveau budget. Sa plus grande réussite aura été de détruire la psychose de l'inflation en redonnant confiance dans la monnaie et dans l'Etat. Son départ est regretté par une majorité de français, du jamais vu sous la 4ème République !

En 1953 le voilà propulsé à la présidence du C.N.I. devenu le C.N.I.P. (Conseil National des Indépendants et Paysans). Son esprit européen le pousse à défendre le projet de la C.E.D. (Communauté Européenne de Défense) qui sera bientot torpillé par les radicaux socialistes ayant à leur tete Edouard Herriot. En 1995 il accepte, à la demande de René Coty, de former un nouveau gouvernement mais y renoncera vite devant le faible soutien de son propre parti et des radicaux. Quelque temps après il accepte le ministère des Affaires Etrangères dans le nouveau Cabinet d'Edgar Faure et aura à régler l'épineux problème de la Sarre qui deviendra après referendum un nouveau lander allemand. Il représentera la France à la conférence de Genève en 1955, 1er pas vers la fin de la guerre froide, conférence au cours de laquelle il aura des entretiens "musclés" avec Kroutchev, les deux hommes n'étant pas des adeptes du langage diplomatique ! Son role sera très actif dans l'émancipation du Maroc puis il défendra devant l'O.N.U. la position française sur l'Algérie. Il quitte son ministère lors de la dissolution de l'Assemblée par Edgar Faure et les nouvelles élections amènent l'éclosion du poujadisme (12.5% des suffrages contre 15% pour le CNIP). En fin 56 il est à nouveau sollicité par René Coty pour former un nouveau gouvernement mais la chambre lui refuse l'investiture.

Il sera horrifié par le "pronunciamiento" de l'armée en Algérie lors de la journée du 13 mai 58 et la création du Comité de Salut Public. Il pense rapidement à De Gaulle comme ultime recours du pays au vu de la paralysie du gouvernement et sera le 1er visiteur politique d'importance à faire le pélerinage de Colombey avant que René Coty ne fasse appel au général pour constituer un nouveau gouvernement dont il confiera les Finances à Antoine Pinay afin de juguler l'inflation (de 16% en 58 !). Notre homme va donc concevoir une politique d'urgence assez semblable à celle de 1952 avec amnistie fiscale, recours à l'emprunt garanti-or (basé sur le Louis cette fois !) et stabilisation des prix. Son esprit d'indépendance va cependant vite se heurter au dirigisme gaullien, notamment sur la question algérienne. Pour assurer le redressement à long terme de l'économie française il faut un plan global d'austérité. Ce sera le plan Rueff-Pinay dans lequel De Gaulle, conscient de la gravité de la situation économique, jettera tout son crédit ( création du nouveau franc, dévaluation de près de 20%, retour à l'équilibre budgétaire et libéralisation des échanges). Pour assurer le succès de ce plan drastique diversement accueilli par l'opinion, Antoine Pinay sera reconduit aux Finances dans le 1er gouvernement Debré de janvier 1959 mais le contentieux avec l'équipe gaulliste ira en s'aggravant et il quittera le gouvernement en début 1960.

Ce départ fera l'effet d'un coup de théatre dans les opinions française et internationale qui prendront conscience des profondes dissensions au sein du gouvernement. La légendaire correction d'Antoine Pinay le retiendra d'étaler en public ses profondes divergences et ses nombreux désaccords avec le régime gaulliste.

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