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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 11:15

 

Une intéressante étude a été récemment publiée par deux chercheurs français afin d'apporter des corrections à la mesure du PIB qui, comme chacun le sait ou le pressent, n'est qu'un indice de production très imparfait ne rendant guère compte des conditions de vie moyennes de la population d'un pays donné. Cette étude englobe 24 pays parmi les plus développés (PIB / habitant égal ou supérieur à 20.000 $ selon les données de 2004 ou plus récentes)

L'interét de cette étude réside dans sa méthode dite "du revenu équivalent" qui écarte tout critère subjectif de correction et qui, à partir d'une norme de référence de chaque correctif retenu (ils sont au nombre de 8 comme nous le verrons ci-dessous) va calculer la valeur de la correction de revenu qui serait acceptée par les populations pour atteindre la-dite norme.

A noter qu'il existe actuellement de multiples indicateurs (le plus connu est l'Indice de Développement Humain du programme des Nations-Unies pour le Développement) qui sont, pour la plupart, des indices composites avec des pondérations arbitraires leur enlevant, à l'opposé du "revenu équivalent", toute signification rationnelle. 

Voyons quels sont les critères retenus dans la méthode qui nous intéresse : Ils sont, comme vu plus haut, au nombre de 8 (cette liste pouvant faire l'objet d'ajouts d'autres critères lors de développements futurs) que nous allons examiner ci-dessous :

Correction No 1 : partir d'une bonne notion du revenu (ce que n'est pas le PIB). La référence initiale est le Revenu National (tenant compte des flux financiers via le solde de la balance des paiements. A noter que le solde global français était légèrement déficitaire en 2004) exprimé dans une meme unité, en US $ puis modifiée en PPA (Parité de Pouvoir d'Achat) selon les corrections de l'OCDE pour tenir compte du pouvoir d'achat de chaque monnaie sur son territoire national. A noter que cette 1ère correction a peu d'effet sur le classement des 24 pays concernés. L'Irlande (rapatriement des profits des sociétés étrangères) et le Luxembourg (nombreux travailleurs frontaliers) sont les plus affectés. La Suisse et la France par contre en sont les plus grands bénéficiaires.

Correction No 2 : Le temps de travail. Ici, la norme correspond à la médiane des temps de travail de chacun des 24 pays concernés soit 779 heures / an / habitant. L'estimation de la valeur d'une heure supplémentaire (ou de son contraire, une heure de loisir supplémentaire) s'avère très vite complexe selon les catégories d'individus concernés (actifs temps plein, actifs temps partiels, chomeurs, retraités, rentiers, prisonniers..) et certaines suppositions sont nécessaires pour aboutir à un résultat. A noter que cette correction est favorable à beaucoup de pays européens (et notamment la France). Elle est, par contre, défavorable au Japon, au Luxembourg, aux USA et à la Suisse.

Correction No 3 : Risque de chomage. La norme choisie est l'absence de risque de chomage et là, on va calculer le sacrifice de revenu que l'individu serait pret à payer pour ne plus risquer le chomage (sous forme d'une prime d'assurance à payer si cette assurance existait). Reste à définir cette prime d'assurance qui doit tenir compte de l'impact négatif sur le statut de l'individu, du taux de chomage et de son taux de rotation et de l'aversion au risque de la population. Là encore, des suppositions (discutables) sont nécessaires pour aboutir à un résultat. A noter que la prise en compte de ce risque n'entraine qu'une correction très faible sur le niveau de vie et cela pour trois raisons liées à la nature du chomage (durée, taux de rotation), aux montants des indemnités et la prise en compte dans le revenu moyen des pertes de revenus liées au chomage. Une estimation de la prime de risque totale montre des chiffres non négligeables de l'ordre de 4 % en France, de 5 % en Italie et de 7 % en Grèce !

Correction No 4 : L'espérance de vie : La norme (élevée) choisie est celle du Japon (75 ans). On va cette fois calculer le supplément de revenu qui serait équivalent au fait d'amener l'espérance de vie au niveau de la norme. Selon la méthode retenue (Becker et Al. 2004), le montant du sacrifice (environ 500 $/an en moyenne) pour un gain d'une année de vie supplémentaire en bonne santé peut sembler faible. Le Japon, la France, la Suède et la Suisse sont gagnants pour cette correction alors que les USA en patissent le plus, suivis par le Danemark et l'Irlande.

Correction No 5 : La composition des ménages : Cette correction est basée sur le principe que le ménage (ou le foyer familial) utilise plus efficacement ses équipements collectifs (logement, voiture, équipements ménagers,..) donc son revenu qu'une personne célibataire. La norme choisie dans ce cas étant un ménage comprenant un seul membre, la méthode de mesure utilisée (origine OCDE 2005) va entrainer un relèvement important des niveaux de vie (un couple où le revenu/t^ete est de 100 a un niveau de vie équivalent à deux célibataires ayant chacun un revenu de 141). La correction est en faveur de l'Europe du Sud, des USA, de l'Irlande et du Japon mais en défaveur globalement de l'Europe du Nord, le Royaume-uni et la France étant peu affectés.

Correction No 6 : Les inégalités : On s'appuie ici sur le principe qu'un revenu moyen n'a pas la meme valeur pour le bien-etre social selon qu'il est plus ou moins inégalement réparti. Dans la méthode utilisée (indice de Kolm-Atkinson) la situation des défavorisés est affectée d'une pondération plus forte. On aboutit à une correction assez forte au détriment du Royaume-Uni, de l'Irlande, des USA, de l'Italie, de l'Australie et du Portugal mais bénéfique au contraire au Japon et aux pays d'Europe du Nord. Cette correction est neutre par contre, pour la France, le Canada, les pays-bas et l'Espagne.

Correction No 7 : La consommation de Capital : Cette correction vise à mesurer la "richesse authentique (selon travaux réalisés sous l'égide de la Banque Mondiale) en tenant compte du besoin de reconstituer  le stock de capital pour la production future. Ce sont la Finlande, l'Autriche et la Norvège qui subissent les corrections défavorables les plus fortes.

Correction No 8 : La "soutenabilité" ou préservation de l'environnement et du patrimoine naturel (notamment l'épuisement des ressources non renouvelables) : Ici encore les méthodes de mesure sont discutables et inévitablement complexes, beaucoup de paramètres pouvant ou non etre pris en compte. Cette correction est naturellement favorable aux pays ayant développé des alternatives aux ressources fossiles, soit par le nucléaire ou l'hydraulique (la Suède, la France, la Suisse). A l'inverse, des pays comme le Luxembourg, les USA, les Pays-bas ou l'Australie subissent une perte sévère.

QUELS ENSEIGNEMENTS TIRENT-ON DE CETTE ETUDE ?

Le premier, c'est que le Luxembourgeois moyen est bien l'habitant le plus riche du monde. Le PIB/habitant du Luxembourg a une telle avance (près de 69.000$ contre 40.000$ pour le second, l'Irlande) qu'il garde la 1ère place malgré de nombreuses corrections défavorables (Revenu national, temps de travail, santé, inégalités, consommation de capital) qui lui font perdre environ 20% de niveau de vie. Les suivants immédiats sont la Norvège qui améliore son score initial et coiffe sur le poteau l'Irlande puis le Japon, auteur d'une remarquable remontée, suivi de l'Autriche et de la Suisse.

Les USA sont fortement pénalisés par les corrections et rétrogradent de la 3ème place à la 7ème place dans le classement des 24 pays étudiés. Leurs postes perdants sont le Revenu national, le temps de travail, la santé, les inégalités et la soutenabilité. Leus "bons" postes sont le risque de chomage et la composition des ménages. L'Australie et la Finlande sont deux autres perdants significatifs.

Parmi les grands bénéficiaires des corrections, on trouve dans l'ordre, le Japon (excellents résultats en précarité, santé, composition des ménages et soutenabilité), la France (voir ci-dessous), puis l'Espagne, l'Italie, l'Autriche et la Norvège.

La France tire son épingle du jeu dans cette étude. D'une place initiale moyenne voire médiocre (17ème sur 24), elle se retrouve dans le 1er tiers du classement (8ème), juste derrière les USA grace à ses bons résultats en revenu national, en temps de travail, en santé, en consommation de capital et soutenabilité.

L'examen des résultats de cette étude permet d'identifier assez clairement trois modèles économiques qui sont : Le "modèle anglo-saxon" regroupant les USA, le Royaume-uni, la Nouvelle-zélande, l'Australie et partageant de nombreuses caractéristiques (fortes inégalités, temps de travail élevé, faible consommation de capital fixe liée à une forte tertiarisation, faible taux de chomage, de courte durée). Le "modèle latin" regroupant la France, l'Italie et l'Espagne et caractérisé par un risque chomage important, un temps de loisir important et une espérance de vie en bonne santé élevée. Enfin le "modèle nordique" regroupant la Norvège, la Suède, le Danemark, l'Autriche et l'Islande et caractérisée par un taux d'égalité élevé, une faible précarité, des économies plutot intensives en capital, un temps de loisir élevé et de bonnes performances environnementales. A noter que plusieurs autres pays européens comme la Belgique, l'Allemagne, la Suisse ou la Finlande sont à la marge de ce dernier modèle suite à une divergence forte (précarité ou temps de travail selon les cas)

CONCLUSION

La correction équivalente de revenu pour les différents effets étudiés est loin d'etre négligeable et démontre la grande insuffisance de la mesure du PIB/habitant pour les comparaisons internationales. Il apparait à travers cette étude que l'amélioration du niveau de vie serait mieux assurée par des politiques publiques visant à améliorer la productivité et la santé, à protéger l'environnement et réduire la pauvreté plutot qur prioritairement ciblées sur la croissance de la production et l'exploitation des ressources naturelles non renouvelables.

Au niveau de l'Hexagone, la différence initiale considérable mesurée en PIB/habitant avec les USA (supérieure à 25%) est quasiment annihilée par les corrections successives (différence finale inférieure à 2%).

Les auteurs ne cachent pas, par ailleurs, que les paramètres choisis et les hypothèses émises lors de l'établissement des corrections sont discutables et que les résultats puissent etre sensibles à leurs modifications. Des améliorations futures sont souhaitables afin d'arriver à un indicateur plus robuste.

Enfin, d'autres corrections sont envisageables telles que les conditions climatiques et géopolitiques, les Biens publics, la production domestique, l'éducation, les relations sociales, ...pour parfaire le modèle et nécessiteront des études ultérieures.

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