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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 12:34

Les pères de l'Europe avaient conçu un magnifique projet d'Union Européenne au sein de laquelle les inévitables pesanteurs économiques et politiques générées par des siècles de conflits et de luttes d'influence entre Etats s'effaceraient un jour devant l'élan des peuples vers une véritable solidarité européenne et une fusion des nationalismes locaux dans un grand sentiment d'appartenance à leur espace commun.

Beau et magnifique projet en effet que de rassembler les peuples européens dans une grande entité dont seraient à jamais bannies guerre et recherche de domination d'un Etat sur les autres mais qui malheureusement semble condamner pour longtemps encore à ne rester qu'un rêve. Les citoyens européens d'ailleurs ne s'y trompent pas et leur désamour d'Europe est sans doute d'abord et avant tout l'expression d'un rêve brisé à force d'être abâtardi, repoussé, édulcoré voire trahi à la fois par cette Commission Européenne qui n'a su transmettre d'elle qu'une image technocratique, réglementaire, inutilement péremptoire, autoritaire et tâtillonne mais aussi par les égoïsmes des Etats plus enclins à se tirer la couverture et à combattre les supposées tentations hégémoniques des autres voire à instrumentaliser l'Europe comme bouc émissaire de leurs difficultés plutôt qu'à mettre en oeuvre un véritable projet solidaire.

Solidarité, voilà le grand mot. Ce sentiment est sans doute majoritaire dans l'esprit des européens...mais malheureusement minoritaire dans le comportement des Etats !.
Force est de reconnaître que le premier gros "accroc" à ce sentiment de solidarité fut ...l'entrée de la Grande Bretagne dans le Marché commun ! Le Général de Gaulle s'y était fermement opposé, estimant - avec justesse - que l'attitude historiquement isolationniste de ce pays et ses liens extrêmement forts avec les Etats-Unis ne pourraient que détourner l'Europe de son projet initial et constituer un facteur de déstabilisation de l'Union. La Grande-Bretagne a fini par entrer dans l'UE mais sa population est toujours restée hostile au projet et ses dirigeants ont tout fait pour imposer leur vision d'une Europe-Zone de libre échange, ouverte à tous les vents et à la concurrence la plus large.
Avec le temps, les perpétuelles querelles inter-étatiques et l'influence américaine aidant, cette vision d'Europe libre-échangiste semble de nos jours partagée par la majorité des Etats dont le nombre entretemps approche la trentaine avec l'arrivée d'Etats d'Europe Centrale plus sensibles à la protection américaine - pour des raisons de sécurité que l'on peut aisèment comprendre au vu de leur proche passé derrière l'ex-rideau de fer -  qu'à la solidarité européenne !

Deux positions inconciliables se font donc aujourd'hui  face :

L'une solidaire qui ne pourrait trouver son expression concrète qu'à travers une Europe fédérale (avec une organisation des Etats analogue à celle des Etats-Unis d'Amérique, c'est-à-dire un gouvernement fédéral, des lois fédérales et un budget fédéral significatif) capable de faire rapidement progresser les différents Etats vers une harmonisation même grossière des politiques fiscales et surtout sociales afin notamment de réduire ce fameux "dumping" intra-communautaire, lié aux différentes politiques étatiques en matière de rémunérations, de retraites et de droits sociaux des travailleurs. C'est bien sûr, aujourd'hui une vue de l'esprit ! Nos gouvernants quelque soit le pays n'y sont pas prêts et il n'est même pas assuré que les populations, mises au pied du mur, en accepteraient le projet, des démagogues de tous poils s'empressant de leur démontrer la "folie" nationalement suicidaire d'une telle affaire !
Pour se convaincre du chemin à parcourir, il suffit simplement de comparer le budget actuel de l'UE (1% du PIB de l'ensemble des Etats) et le budget fédéral américain (20% du PIB de l'ensemble de leurs Etats) !!!

L'autre, d'inspiration anglo-saxonne, ne voit dans le rapprochement des peuples européens, que l'opportunité d'un vaste marché (près du quart du marché mondial), d'un espace de commerce sans contraintes étatiques, douanières, réglementaires, avec un minimum de régulations et permettant à une économie libérale d'exercer sa pleine mesure. Dans leur soif de développement, les nouveaux pays entrants dans l'Union sont sensibles aux arguments de libre-échange pour la simple raison que leurs règles de fonctionnement économique (incitation aux investissements extérieurs, fiscalité, coût du travail, ...) leur assurent un avantage compétitif indéniable sur les grands pays fondateurs (France, Allemagne et Italie) aux contraintes sociales plus exigeantes. Même l'Allemagne, depuis peu, privilégie sa compétitivité au dépens de la solidarité européenne.

Une Europe unie étroitement par des liens fédéraux forts n'est évidemment pas du goût de tout le monde !
A commencer par la déclinante hyper-puissance américaine qui verrait naître un concurrent aussi important qu'elle en matière économique. Depuis des décennies, l'un des axes prioritaires de la diplomatie américaine est donc de fractionner l'Europe, d'y encourager les tensions et les oppositions, de pousser à l'élargissement maximum (Turquie et pourquoi pas Ukraine, Moldavie et Biélorussie, histoire de taquiner l'ours russe et de faire monter les tensions de ce côté-là !) pour diluer l'idée européenne, de dresser la "vieille" europe contre la "nouvelle" comme ce fut le cas lors du déclenchement de la guerre d'Irak, d'empêcher la formation d'une défense européenne en lui opposant l'OTAN, de signer des accords discriminatoires avec tel Etat-membre plutôt que tel autre, etc....Cela continuera-t-il lors du mandat d'Obama ? Il serait naïf de croire que ce nouveau président prenne l'exact contrepied d'une constante et pluridécennale stratégie diplomatique !
Cette Europe fédérale n'est pas non plus du goût de la Grande Bretagne qui caresse encore l'espoir d'un rôle international sinon significatif du moins original à l'ombre du grand frère américain (ce qui n'est guère glorieux  pour l'orgueil britannique qui semble s'en contenter !) et se glace d'horreur - elle qui a dominé le monde à une époque maintenant révolue -  à l'idée de perdre sa glorieuse identité en se fondant dans le creuset européen !
Elle n'est pas non plus du goût de tous ces partis qui se disent "nationaux", de ces souverainistes nostalgiques de "grandeur" et de "souveraineté nationale" (notion politiquement dépassée aujourd'hui, à l'heure de la mondialisation), que l'on rencontre dans la plupart des pays membres de l'Union.

Alors, cette contradiction fondamentale de l'Europe, quelle force ou quel événement permettra-t-il de la dépasser si tant est que cela soit possible ?

Les optimistes pensent que l'extrême gravité de la crise actuelle et ses prolongements sans doute socialement catastrophiques vont forcer les portes des égoïsmes et des petits calculs nationaux et obliger les gouvernements européens à adopter des mesures de nature "fédérales" dans les domaines de la régulation et de l'harmonisation des règles financières et économiques, ce qui ouvrira la voie au fédéralisme et à la convergence des règles sociales dans les pays membres.

Si cela pouvait être l'un des résultats de cette terrible crise mondiale que nous vivons, l'intégration européenne aurait fait un grand pas, somme toute inespéré à court terme, et ne pourrait que mieux s'en porter dans le futur.

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commentaires

Pauledouard 13/02/2009 18:00

Bonjour et merci de votre commentaire...que je trouve un tantinet pessimiste.Mon sentiment est que l'histoire n'est pas close et que la "messe n'est pas dite" ! Des positions de dirigeants ont déjà beaucoup évolué et ce n'est sans doute pas fini. Nul ne connaît aujourd'hui les évolutions prochaines de la crise. Si les choses prennent un tour dramatique, il faudra bien en venir à plus d'harmonisation des politiques et sans doute aussi à plus de solidarité entre Etats. Le risque majeur est le retour du protectionnisme national qui bloquerait tout (comme dans les années 30)Cordialement

cigalette 13/02/2009 15:33

La Crise aurait pu être une chance pour plus de cohésion...ce n'est pas la riposte choisie l'Europe est mal barrée...Amicalement

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