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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 14:05



Les évènements actuels et ceux à venir tout au long de cette triste année que sera 2009 sont un sujet de profonde réflexion pour les économistes et les conseillers des dirigeants politiques. Il apparaît évident à pratiquement tous que le fonctionnement du capitalisme financier est à revoir de fond en comble et que les Etats et les Banques centrales doivent y exercer un contrôle des plus vigilants afin d'éviter le retour des folies bancaires de ces dernières années dont la motivation essentielle était le simple appât du gain sans souci d'aucune autre considération.
Tous semblent également conscients que le système mondial de l'économie de marché et donc du capitalisme ne peut poursuivre ainsi sa course folle actuelle et qu'une fantastique occasion se présente, à travers la grande crise que nous vivons, de remise à plat de ses principes de fonctionnement.
Avant d'aller plus loin, tordons le cou une dernière fois à l'illusion de ce que l'on appellera une économie de marché sans capitalisme ou une économie socialiste de marché. Le capitalisme est partout et des masses faramineuses de capitaux s'échangent quotidiennement à travers le monde par simple clic sur un clavier d'ordinateur. Le nier est une stupidité. Le domestiquer est devenu une priorité.

Quels seraient les grands principes de base d'une refondation du capitalisme ? Pour répondre ou tenter de répondre à une telle question il semble pertinent de lister d'abord tout ce qui ne va pas et tout ce que l'on peut lui reprocher.
Voyons d'abord les aspects macro-économiques. Qu'observe-t-on ?
                - un grand déséquilibre des échanges intercontinentaux de marchandises (en particulier Amérique-Asie). Les Etats-Unis étant depuis de nombreuses années voire des décennies le "consommateur de dernier recours" sur qui reposent les exportations des grands pays émergents (Chine notamment)
               - un déséquilibre parallèle mais dans l'autre sens des flux financiers, les surplus générés par les exportations et la rente pétrolière se plaçant en grande partie dans les Bons du trésor US, autrement dit finançant la dette des Etats-Unis ou dans des fonds spéculatifs particulièrement actifs aux Etats-Unis et sur la place de Londres ( même si des fonds "souverains" sont récemment apparus dans des pays au solde financier positif)
               - une monnaie nationale (le $ américain), à la stabilité très aléatoire, désignée comme seule monnaie de réserve mondiale (même si elle est très partiellement secondée par l'€). Ce privilège vieux d'un demi-siècle (accords de Bretton-Woods)  semble aujourd'hui disproportionné et ne peut que générer des risques importants d'instabilité alors que l'économie américaine est fragilisée par des déficits commerciaux abyssaux et que sa part dans l'économie mondiale a fortement régressé.
               - un tiers-monde étranglé dès que la spéculation mondiale se porte sur les denrées alimentaires ou l'énergie fossile sans que les organismes transnationaux (Banque mondiale, FMI,...) aient la puissance ou la volonté nécessaire pour les assister efficacement.
              - les économies dynamiques des pays émergents essentiellement tournées vers l'exportation ( la Chine devenue l'atelier du monde) au détriment de leurs propres infrastructures et de leurs marchés nationaux. 
              - un pouvoir de décision aux mains des pays développés du Nord (grâce à une sur-représentation basée sur la puissance économique) dans les organismes économiques ou financiers mondiaux.
             - une économie souterraine florissante (plusieurs points du PIB mondial) encouragée par des paradis fiscaux qui détournent d'importantes ressources nécessaires aux Etats (via l'impôt) et encouragent les réseaux mafieux et criminels.
             - une organisation du commerce internationale (OMC), sous l'emprise des égoïsmes nationaux,  plus soucieuse de libéralisation systématique des échanges que des équilibres inter-continentaux et de promotion locale des ressources alimentaires.
             - une corruption généralisée dans de nombreux pays pauvres ou émergents entraînant un énorme gâchis de ressources primaires (forêts notamment) illégalement exploitées, une confiscation de la richesse nationale par les dirigeants et un blocage de l'éducation et du développement économique.

Voyons ensuite les aspects environnements et sociaux. Que constate-t-on ?


             - une prise de conscience insuffisante des risques environnementaux voire un cynisme pragmatique de la part des grands pays émergents (le groupe BRIC notamment) mais aussi des Etats-Unis même si la nouvelle présidence Obama semble choisir une autre voie. L'Europe constituant le bon exemple à suivre. Des efforts énormes et concertés seront nécessaires dans les économies d'énergie et de matières premières, le piègeage du CO2, les énergies renouvelables ou le recyclage des déchets avec instauration souhaitable d'une éco-taxe pénalisant les comportements irresponsables.


             - une dégradation sensible de l'environnement concernant notamment le recul rapide des forêts tropicales abusivement exploitées par manque de contrôle ou complaisance étatique, la pollution des mers et la contraction de la diversité biologique.

           - une gestion trop financière des entreprises priorisant le profit à court terme (satisfaction des hauts rendements exigés par les fonds spéculatifs et les fonds de pension) au détriment du long terme, du personnel devenu la variable d'ajustement des profits et de tout comportement responsable sur les plans sociaux, civiques et environnementaux. 

            - un partage des revenus favorisant par trop le capital et les grands dirigeants au détriment du travail et de la participation du personnel. Résultat d'une trop grande liberté d'action laissée aux dirigeants naturellement enclins à pratiquer entre eux la cooptation et le renvoi de services par manque de coordination des actionnaires et notamment des petits.


           - une protection souvent insuffisante du personnel (notamment les enfants) dans le domaine de la rémunération, de la santé, des horaires et de la retraite dans les pays émergents ou en développement entraînant des distorsions de concurrence qui sont l'une des plaies de la mondialisation.

Chacun constatera que cette  liste non exhaustive des défauts et insuffisances du système économique mondial actuel est fort longue et propre à décourager les meilleures bonnes volontés ! 
Il ne sera possible d'avancer vers un système meilleur qu'à base d'incitations très fortes des facteurs favorables tout en décourageant les facteurs défavorables.
Une première analyse de cette liste montre assez clairement que l'essentiel des difficultés est lié aux déséquilibres mondiaux et à l'incapacité du système à gérer et protéger les Biens publics mondiaux, c'est-à-dire ceux découlant du patrimoine global de l'humanité (et non de telle ou telle nation). Ceci nous amène à la conclusion qu'il faut commencer par le commencement à savoir réformer le SRM (système de réserve mondial) - sujet déjà traité sur ce blog en mai et juin 2007 - en reprenant la solution de KEYNES, remarquable par sa simplicité et consistant à émettre une monnaie fiduciaire nouvelle qui servirait de monnaie de réserve. Voilà le premier changement fondamental à opérer, seul apte à terme à corriger les déséquilibres des flux financiers et marchands et donner asile aux énormes capitaux flottants de part le monde à la recherche de placement (en décourageant en parallèle les placements purement spéculatifs et en supprimant les paradis fiscaux).
En suivant les préconisations de l'économiste et prix Nobel Stiglitz - Voir livre : Un autre monde - les émissions annuelles en Nouvelle Unité de Compte (qui pourraient être d'un montant équivalent à 500 Milliards de $) permettraient de financer les déficits commerciaux mais aussi la préservation et le développement des Biens Publics Mondiaux (santé, recherche médicale, recherche fondamentale, environnement, protection des populations fragilisées ou menacées, reboisement des zones désertiques ou des forêts sur-exploitées, biodiversité, océans, ...) et enfin financer prioritairement les économies des pays pauvres (santé, éducation, infrastructures, agriculture, industrie,....)
Le deuxième changement fondamental concerne l'évolution du comportement des acteurs économiques vers plus de responsabilité sociale, civique et environnementale.
Là, il faut se garder de tout angélisme ou de prêcher la vertu ! L'homme étant ce qu'il est, ce n'est qu'au moyen de fortes incitations (fiscales, législatives) associées à de fortes pénalisations dissuasives et à une coopération internationale vigilante que ce comportement pourra évoluer.


Dans ce domaine, on n'a encore rien inventé de mieux que la carotte et le bâton !



Source : "Un autre monde" de Joseph STIGLITZ


 
           

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