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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 12:10


Extraordinaire et édifiant spectacle que cette émission présentée par la chaîne ARTE sur les premiers siècles d'existence de la religion chrétienne, toute entière bâtie sur un évènement inconnu de tous à son époque dans l'empire romain, c'est-à-dire l'apparition, aux confins de l'empire, d'un messie galiléen prêchant une nouvelle lecture du judaïsme puis cloué en croix par les romains, à l'instigation des autorités religieuses juives jalouses de leur autorité, comme fauteur de trouble encourageant à la révolte.
Les deux auteurs de cette émission, déjà connus par de remarquables essais précédents, ont réuni une cinquantaine d'experts mondiaux qui interviennent tour à tour, de manière brève, pour illustrer tel aspect, tel point de doctrine, telle controverse ou telle option historique et apportent au spectateur fasciné un éclairage d'une rare compétence, fruit d'années d'étude et de lectures des textes anciens.
Ce n'est évidemment pas un spectacle de détente ni un divertissement. Il est même requis d'avoir quelques bonnes connaissances historiques et religieuses pour ne pas se perdre dans les commentaires des experts.
Quand on est donc en situation d'apprécier une telle émission (ce qui est le cas du modeste auteur de ce blog qui s'intéresse depuis longtemps à l'histoire et qui reçut - subit serait plus juste - un enseignement catholique assez intensif  jusqu'au sortir de l'adolescence) on ne peut manquer d'être fasciné par le décalage qui existe entre les résultats de l'analyse critique moderne des textes primitifs et cette "vérité unique" ou "pensée unique" que l'église, à grands renforts de dogmes et d'affirmations non discutables, asséna à une soixantaine de générations.... jusqu'au retournement brutal de tendance vers la fin du 20ème siècle et l'abandon rapide de la pratique religieuse et de la fréquentation des lieux de culte. Dès que la pression morale puis sociale s'estompa, ce fut la débandade dans les rangs catholiques, preuve s'il en était besoin d'une religion devenue plus formelle et, en quelque sorte, plus institutionnelle qu'intérieure.

Livrons-nous ici au jeu - fort audacieux - d'une rapide synthèse du début de l'histoire. Elle commence comme on sait par un évènement, certes insignifiant à l'époque, mais qui va prendre des proportions formidables dans les siècles suivants au point de devenir la religion d'état de l'empire romain sous les empereurs Constantin (véritable "envoyé de Dieu" selon les auteurs chrétiens de l'époque mais qui ne reçut le baptême que sur son lit de mort après avoir mené une vie de monarque pleine de crimes et de sauvageries ! C'est dire la profondeur des nouvelles convictions religieuses du bonhomme !) et Théodose après un bref retour en arrière sous Julien dit l'Apostat (qui préférait - on le comprendra aisément - le culte de l'empereur, c'est-à-dire le culte de sa propre personne, au culte du Christ !)
Un prédicateur galiléen apparaît donc au début du 1er siècle. Phénomène récurrent, presque banal à l'époque. Il y avait alors régulièrement des illuminés qui parcouraient les routes de Judée ou de Galilée, excitant un peu une populace indomptable puis finissant souvent fort mal quand les romains leur mettaient la main dessus. Dès le départ, il y eu doute et rumeurs sur la naissance du nouveau prédicateur et même les textes évangéliques le désignèrent comme "fils de sa mère", ce qui n'est pas des plus glorieux ! Normal diront plus tard les exègètes puisqu'il est de "conception immaculée". Personnage sans doute très charismatique, il frappe les foules par son rayonnement au point d'être rapidement considéré comme le Messie qu'attend Israël, celui qui va restaurer le royaume et chasser les ocupants, programme d'ailleurs qu'il ne démentira jamais dans toute sa prédication. Il s'attache aussi une poignée de disciples fidèles...mais qui vont pourtant se faire bien petits lors de sa mise en accusation sauf Judas qui l'a trahi et le premier d'entre eux Pierre, qui va le renier. On a déjà vu fidélité plus constante mais faiblesse humaine est pardonnable. Il faut d'ailleurs croire que cette poignée de disciples n'était pas jugée bien dangereuse par le pouvoir romain puisque, selon les évangiles, aucun ne sera arrêté par la suite.
Arrive le grand moment : La découverte du tombeau vide par des femmes allant, selon la coutume, faire la dernière toilette du mort. Très vite la croyance en la résurrection va apparaître et s'incruster dans la conviction des premiers compagnons. Le Jésus de Nazareth devient Christ, fils de Dieu et Dieu lui-même. Il va apparaître plusieurs fois à ses disciples (à Paul en particulier, persécuteur des premiers chrétiens, sur le chemin de Damas) avant de s'élever au ciel - on retrouve là une croyance juive ancienne concernant les Justes comme Hélie, Moïse et d'autres....
Voilà donc posé le dogme de base de la foi chrétienne. Dieu s'est fait homme pour sauver le monde et la resurrection de Jésus, son fils fait homme, en est la pierre angulaire, la preuve fondamentale. L'apôtre ex-persécuteur Paul, né à Tarse en Cilicie (dans l'actuelle Turquie) d'une famille juive pharisienne, ce formidable propagandiste de la nouvelle foi dont l'enseignement nous est connu par les épîtres, écrites dans les années 50-60, qu'il adressait aux églises créées au quatre coins de l'empire romain, le confirmera dans sa première épître aux Corinthiens :
        "Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi."
Comme preuve de cette resurrection, il énumère par le détail, dans la même épître, les différents témoins - dont lui-même - à qui le Christ apparut après sa mise au tombeau.
On ne peut être plus clair et ce fameux Paul (ou Saül) de Tarse, il fallait sacrément qu'il y croit pour quitter sa position confortable et honorable de pharisien persécuteur d'une nouvelle secte méprisée et accomplir son immense oeuvre de prédication au milieu des embûches, des procès, des mauvais traitements que lui infligeaient les juifs orthodoxes, des voyages épuisants, des naufrages, d'une vie précaire et menacée, des emprisonnements et enfin du martyr ! Sans lui, le christianisme serait sans doute rester une petite variante de la religion juive, destinée d'abord aux juifs et ne se serait sans doute répandu que fort lentement et timidement dans les milieux juifs des provinces voisines sans vraisemblablement ne jamais atteindre le centre même de l'empire.
Voilà qu'apparaît la première controverse et elle est énorme : Cette nouvelle religion est-elle detinée à tous, juifs et païens, ou bien est-elle réservée aux fils d'Israël ? Certains apôtres (Jacques notamment, le frère de Jésus) soutiennent la spécificité juive, d'autres (dont Paul essentiellement) soutiennent l'ouverture au monde païen. Pas facile de se mettre d'accord !
Mais ce n'est que le début des controverses ! Sur le plan doctrinal, çà va partir dans tous les sens, chaque église locale cultivant sa différence et ses préférences. Et d'abord ce fameux royaume annoncé est-il terrestre ou uniquement céleste ? Le problème, c'est que le Christ lui-même et les apôtres croyaient à l'imminence de la fin du monde et à la renaissance du royaume d'Israël sur les cendres du monde ancien. Dans les années 60 avec l'écrasement par Titus de la révolte juive et la destruction du temple de Jérusalem, l'espoir s'écroule !
Les controverses vont continuer de plus belle pendant les premiers siècles avec des écrits de toutes tendances (les évangiles apocryphes notamment et tous les écrits gnostiques) et des hérésies naissantes concernant notamment la nature exacte du Christ (Dieu, fils de Dieu, homme-Dieu, Dieu-homme, ...?). Les pères de l'Eglise auront un mal fou (certains d'entre eux seront même considérés par la suite comme hérétiques !) à extirper de ce fatras littéraire un Corpus de textes (appelé "Canon")  correspondant à la "vraie foi" avec tout le côté arbitraire que l'on peut imaginer lors d'une telle opération ! Bien plus tard il faudra même que le Pape se déclare "infaillible" pour que les tendances centrifuges ne reprennent le dessus !
Quand enfin le christianisme obtiendra le statut officiel de religion d'empire au 4ème siècle sous Dioclétien, ce dernier devra convoquer le fameux Concile de Nicée pour tenter (vainement d'ailleurs) de mettre de l'ordre dans la doctrine chrétienne sans éteindre pour autant les multiples polémiques. Il faudra encore de nombreux conciles avant que les choses ne se normalisent (souvent par la condamnation voire l'élimination des "déviants") et que l'organisation temporelle de l'Eglise ne se solidifie.
Entretemps, avec le support du pouvoir impérial, de persécutée la nouvelle religion était devenue persécutrice de tout ce qui lui était étranger. Dans ses propres rangs, la chasse au déviationnisme était ouverte.....et elle allait poursuivre pendant des siècles une route jalonnée de crimes et de massacres !
Pour reprendre une phrase célèbre du prêtre Loisy, ce qui lui avait valu l'excommunication  :
                 "Jésus avait annoncé le royaume de Dieu et c'est l'Eglise qui est venue"

Une Eglise vite pervertie par le goût du pouvoir et de l'argent, l'intolérance dominatrice, sa transformation en puissance temporelle, ses liens trop étroits avec les puissants, les intrigues politiques, les rapports de force et les luttes de pouvoir,......
On portera toutefois à son crédit d'avoir souvent tenté d'adoucir les moeurs sauvages des siècles anciens et de protéger les humbles même si elle eut de terribles égarements lors de la colonisation des Amériques par exemple voire à l'époque moderne quand un de ses prélats, lors de la guerre d'Espagne, s'en vint bénir des canons "sur les ruines desquels fleurirait l'évangile" ! ajoutant à la flagornerie franquiste une indifférence totale à la souffrance humaine.



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commentaires

elen 13/03/2009 20:00

Bonjour Pauledouard, Et bravo pour votre blog! J'ai heureusement enregistré cette série d'émissions ce qui me permet de me les repasser gentiment pour mieux comprendre à tête reposée! Mais un détail m'a frappé, c'est l'extraordinaire organisation en réseau des chrétiens qui s'appuie sur  des évêques nommés dans de nombreuses régions de l'Empire. Or c'est grâce à ce réseau que Constantin a pu convoquer le concile de Nicée.Qu'en pensez-vous? Comment peux-t-on passer d'un statut de réprouvé, de persécuté, voire de martyr à un réseau aussi structuré, efficace et puissant?Je n'ai pas trouvé la réponse dans ces émissions mais je n'ai peut-être pas tout compris.AmitiésElen 

Etienne 23/12/2008 19:33

Que diable d'hérétique !!!!

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