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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 15:32



Dans ces temps de période troublée qui plonge le monde entier dans les affres d'une potentielle et durable  mais - on l'espère tous - partiellement évitable catastrophe économique majeure, tout un chacun a pu, à son échelle et selon ses moyens d'information, mesurer l'immense risque encouru lorsque certaines forces économiques se déchaînent hors tous contrôles, entraves ou régulations nationales et internationales.  
De là à faire (ou refaire) le procès du capitalisme il n'y avait qu'un pas allègrement franchi par les officines marxisantes de toutes obédiences, l'excès d'un bord appelant toujours, par effet de miroir, l'excès de l'autre bord.

Sans aller jusqu'à penser qu'un certain capitalisme est mort en 2008 (la faculté d'oubli de l'Homo economicus est stupéfiante et n'a pas fini de nous surprendre !) il est fort probable qu'après avoir senti le vent du boulet, les dirigeants de ce monde parviendront à relancer la machine économique, réduire les déséquilibres les plus flagrants de la mondialisation et adopter des règles de bonne conduite notamment financières qui mettront le monde, pour un certain temps, à l'abri d'une nouvelle catastrophe.

Le moment semble aujourd'hui opportun, pour tenter de bien comprendre les forces qui animent ce capitalisme que l'on voue volontiers aujourd'hui aux gémonies, de se pencher sur ses premiers pas que l'on situera un peu arbitrairement au 16ème siècle, de suivre le lent cheminement de cette invention humaine, créatrice de richesses et d'inégalités, qui fut  tour à tour favorisée par des facteurs tant culturels que conjoncturels présents ou apparaissant dans les sociétés européennes.
Un premier facteur d'une extrême importance apparaît au 15ème siècle : De nature culturel, Il est l'effet de la collusion heureuse entre le développement des sciences expérimentales et l'humanisme issu de la Renaissance. L'Homme, de simple sujet soumis à la matière, au futur immédiat et précaire, au droit divin des princes et au despotisme religieux, est remis au centre du projet humain. De victime du destin, il devient acteur du monde rompant les liens qui l'entravent.
Les structures hiérarchiques des pouvoirs temporels et spirituels sont brutalement remises en cause et ce gain de liberté va libérer l'initiative et aussi favoriser le développement du capitalisme.
Au 16ème siècle, l'apparition des hérésies luthériennes et calvinistes va être à l'origine d'un puissant facteur culturel favorable au capitalisme. En effet, le protestantisme préconise la vie active (negotium) par opposition à la vie contemplative (otium) en vogue dans les milieux catholiques, ce qui ne manquera pas de créer avec le temps un clivage dans le comportement social et économique des états protestants et des états catholiques. La révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV au siècle suivant sera une véritable catastrophe économique pour le royaume suite à l'émigration (au profit des états protestants voisins dont notamment la Prusse) de quantité de familles protestantes industrieuses et actives.
Toujours pendant ce fameux 16ème siècle on va assister au développement d'outils qui vont fournir le cadre technique au bon déroulement des affaires :
                 - La prime d'assurance qui va permettre de couvrir des risques d'échanges lointains sans avoir à craindre la ruine ou la faillite en cas de pertes, vols, naufrages, pirateries ou autres mésaventures.
                 - La lettre de change qui va permettre le transfert ou la mobilisation de fortes sommes d'argent sur le lieu du besoin sans transfert (toujours fort risqué) d'espèces métalliques et qui va aussi permettre de traiter de grosses transactions "sans bourse délier".
                 - La comptabilité en partie double (invention italienne) qui va donner un cadre cohérent à la tenue des comptes et permettre une estimation correcte de la gestion des affaires et des entreprises.
Les conditions seront alors réunies pour que les premières compagnies d'affaires puissent densifier leurs réseaux et qu'un premier capitalisme international apparaisse profitant alors (facteur conjoncturel) des transferts vers l'Europe de métaux précieux (or et argent) en provenance du nouveau monde.
On assista au cours de ce fameux 16ème siècle à une impressionnante montée en puissance des villes, le monde rural restant quant à lui très en retard et, en quelque sorte, "hors circuit". Partout, l'hommes d'affaires devient indispensable aux princes souvent inconséquents et peu versés dans les affaires d'argent. Il est le créancier, le financier  du prince et profite de sa position pour rafler les privilèges commerciaux (monopoles de certains commerces par exemple) voire administratifs (perception des impôts), ce qui va l'amener à amasser des fortunes qu'il réinvestissera dans de nouvelles affaires. La bourgeoisie des villes ne va pas être en reste et va aussi se lancer dans les transactions de plus en plus lointaines, dans des affaires de plus en plus importantes. A titre individuel ou en association, elle va participer avec son capital au grands courants d'échange qui traversent l'Europe par le biais des grandes Foires internationales (Anvers, Berg-op-Zoom, Francfort, Lyon,..) alors à leur apogée.
En fin de 16ème siècle on verra les Gênois régner en maître pendant un demi-siècle sur les échanges monétaires internationaux, les trafics d'argent et de crédit.
Le principe de base du capitalisme est là, qui consiste d'abord à introduire du capital dans le processus d'échange, de le pérenniser et le faire fructifier par le gain tiré des premiers échanges puis de l'investir ici ou ailleurs pour de nouveaux gains dans un processus de type accumulatif. Cà ne marche évidemment pas à tous les coups et nombreuses sont les culbutes, les faillites retentissantes aux causes multiples (trop grands risques pris, défaveur du prince, cabales, retournement brutal de marché, guerres, insécurité,....) sans compter que tous les coups sont alors permis et que les règles du commerce international en sont à leur balbutiement tandis que la protection des biens dépend encore pour une large part du bon vouloir du prince et de sa police.
Ce principe sera théorisé au 17ème siècle par deux économistes parmi les plus éminents Adam Smith et David Ricardo et transformé en doctrine économique adoptée au moins partiellement par tous les états européens.

Au cours du 17ème siècle, le capitalisme poursuit son chemin malgré une certaine stagnation générale. Les grandes Foires cèdent le pas aux Bourses et aux places marchandes permanentes. On assiste partout en Europe à un épanouissement massif des boutiques. Le flux continu, en quelque sorte, remplace l'évènement périodique.
Au 18ème siècle, siècle d'accélération économique générale, tous les outils de l'échange sont opérationnels. Les bourses se développent dans les grandes villes (Londres qui veut concurrencer Amsterdam, Genève, Gênes, Paris qui s'anime,....). Argent et crédit courent d'une place à l'autre, accélérant le déclin des foires traditionnelles sauf dans les régions restées à l'écart des grands courants. On va voir apparaître en Angleterre le "Private market" par opposition au "public market" aux régles strictes et surveillées par les autorités urbaines.
Le "private market", c'est le marché qui se libère des entraves hièrarchiques réglementaires, c'est l'achat anticipé - hors marché traditionnel - des productions à venir (toiles, draps, tissages, biens divers....) voire des récoltes sur pied (coton, lin, blé,...). C'est l'apparition de chaînes commerciales autonomes, efficaces, parfois fort longues, utiles et bientôt indispensables aux Etats mais profitant sans vergogne de leurs libertés pour amasser les profits sans aucun souci du bien commun. C'est le poing armé du capitalisme sauvage qui reste d'essence très conjoncturelle, qui "fait des coups" puis se replace dans d'autres secteurs plus rentables.
On assiste là à la première opposition frontale entre, d'une part, régulation et dirigisme d'Etat et d'autre part, initiative individuelle ou associative à base de capital.
On est encore très loin, au 18ème siècle, d'une diffusion en profondeur du capitalisme dans toutes les activités économiques de la société (ce sera l'affaire des deux siècles suivants) mais les deux grands acteurs de la vie économique sont en place. L'Etat dans son rôle régalien de régulation et d'organisation de la société et le Capitalisme privé, efficace, opportuniste, prédateur, ennemi des règles qui l'entravent, avide d'expansion, de pérennité, de monopole, de pouvoir et de profit.

Ces deux-là n'ont pas fini d'en découdre !!



Source principale : Braudel - La dynamique du Capitalisme


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