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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 10:10



Depuis que la Commission européenne a désigné en 2007 le roumain Leonard Orban comme nouveau commissaire au Multilinguisme européen et que les travaux et enquêtes de ce dernier n'ont fait que confirmer - il eut été fort étonnant qu'il en soit autrement car contredire ses pairs est un risque inimaginable pour un jeune technocrate européen prenant ses fonctions ! - des directives précédentes peu brillantes par leur réalisme !

On va donc continuer à soutenir avec un sérieux imperturbable que chaque petit européen doit posséder deux langues étrangères européennes en plus de sa langue maternelle, on va voter les budgets d'assistance linguistique correspondants pour atteindre ce but dans chaque pays le l'Union....et on va continuer à dépenser des fortunes en frais d'interprètes, de traduction et d'impression avec les médiocres résultats que l'on sait, soit une gabegie estimée à 20 Milliards d' €, qui seraient sans doute plus utiles aux investissements dans la Recherche ou la modernisation des économies européennes.

Notons tout de suite que pour communiquer entre européens il faudra bien une langue commune choisie par tous car sinon on voit mal un natif portuguais parlant le français et l'anglais dialoguer avec un natif polonais parlant l'allemand et le lituanien !
Toute hypocrisie mise à part, on voit bien, sans être doué d'une très grande perspicacité, que ce fameux Trilinguisme généralisé va rapidement se transformer en bilinguisme avec renforcement de l'inégalité entre les peuples européens. Il va ouvrir, en effet, un énorme boulevard à la langue nationale la plus répandue à ce jour en Europe comme dans le monde, qui sera automatiquement choisie par les parents et les élèves pour des raisons purement utilitaristes : à savoir la langue anglaise ou plus exactement l'anglo-américain.

Cette fameuse "diversité linguistique et culturelle" tant vantée par les hautes instances européennes n'est, en fait, qu'un leurre et le choix du trilinguisme  va jeter tout droit, à l'horizon d'une génération, les peuples européens dans une confusion et une uniformité culturelle anglo-saxonne dont on mesure déjà les importants dégâts (il suffit, pour s'en convaincre, de constater le "massacre" du français à la simple lecture d'échanges de mails ou de commentaires de forums sur Internet) dans la vie de tous-les-jours mais qui ne pourra que ravir les nombreux et fanatiques partisans, à tous les niveaux de la société,  de l'anglicisme à outrance, décidés à discréditer à l'avance et à détruire toute autre solution.

Pourquoi donc un tel aveuglement de la part de gens la plupart sensés et sains d'esprit ? La langue anglaise et toutes ses dérives bien réelles, est-elle la panacée, constitue-t-elle l'outil parfait pour la communication mondiale ?
Tous les gens sérieux ne peuvent que répondre non à une telle question.
Cette langue d'apparence simple et facile est, certes, la plus répandue mais au prix d'une évolution incontrôlable et d'innombrables distorsions lexicales, sémantiques ou grammaticales qui rendent son interprétation la plupart du temps aventureuse et incertaine selon le lieu ou l'origine des interlocuteurs. Elle possède, en simplifiant, trois énormes défauts de base qui rendent sa maîtrise si difficile aux non-anglophones.
D'abord un vocabulaire trop vaste, résultat de l'apport de racines franco-latines (invasion normande de 1066) qui s'est ajouté sans s'y substituer aux racines germaniques d'origine. Ensuite une phonétique incohérente et déconnectée de l'écriture. Enfin une polysémie systémique (mots ou groupe de mots aux multiples sens) que sa diffusion mondiale ne peut qu'amplifier.
Alors, pourquoi un tel renoncement devant une fatalité qui leur semble irrémédiable alors que l'Histoire est là pour nous montrer que rien n'est jamais irrémédiable dans la vie des nations !
Pour qui prend un peu de recul, il paraît évident que la prédominance actuelle de l'anglo-américain n'est que conjoncturelle, que son influence s'est progressivement développée au cours du 20ème siècle dans le sillage de la montée en puissance de l'économie américaine (qui avait pris le relais de la puissance anglaise) jusqu'à en faire la super-puissance planétaire dominatrice dans tous les domaines (et notamment le culturel ramené au niveau d'un "business") et qui, il y a encore peu, semblait devoir dominer ad vitam aeternam ce bas monde !
L'énorme crise mondiale actuelle déclenchée par l'irresponsabilité des organismes financiers américains va saper bien des certitudes dans les rapports entre les nations et les continents. Il est maintenant certain que les Etats-unis, malades de leur colossal endettement et de leur dollar fragilisé, ayant perdu le contrôle d'une bonne partie de leurs actifs financiers et industriels capturés par les fonds étrangers, n'auront bientôt plus la main aussi assurée dans la conduite des affaires d'un monde devenant de plus en plus multipolaire.
Voilà donc une domination qui aura duré un gros demi-siècle. La belle affaire ! Bien des antécédents ont fait beaucoup mieux (les mondes grec et romain pour ne citer qu'eux !)

Alors, faudra-t-il attendre qu'un nouveau géant se lève et nous impose à son tour ses standards de vie et de communication ? Car s'il est le plus fort, pourquoi garderait-il la langue de la puissance vaincue ? Ce serait une bien improbable première dans l'Histoire !

Il existe pourtant une solution réaliste de Trilinguisme pour l'Europe associant :
                                        
                                       Langue maternelle - Esperanto - Autre langue

L'esperanto, langue construite déjà présentée dans d'autres articles, de par sa construction rationnelle et logique, offre l'énorme avantage de permettre la généralisation mentale, sans risque d'erreur, de l'acquis linguistique et d'éviter ainsi la redoutable accumulation de connaissances et de réflexes nécessaires à la maîtrise des innombrables irrégularités logiques d'une langue vivante nationale, aboutissement séculaire d'un outil ayant subi des modifications, influences et déformations de toutes sortes. On estime que ce travail d'appropriation de la langue nationale représente environ 90 % du travail total à fournir sans rien apporter à l'efficacité de la communication. Cette économie rend l'appropriation de l'Esperanto beaucoup plus rapide (150 à 200 heures sont suffisantes pour un niveau moyen d'expression, à comparer à un cursus de 2.000 heures d'anglais couvrant le secondaire et les études universitaires avec le médiocre résultat générallement constaté lors de l'entrée dans la vie professionnelle) que pour toute autre langue nationale vivante. Par ailleurs, ses qualités propédeutiques ont été démontrées lors de l'acquisition d'une nouvelle langue étrangère. Enfin, l'Esperanto, langue de tous mais propriété de personne, met ses locuteurs à égalité les uns vis-à-vis des autres, rendant par là-même le dialogue détendu, décomplexé et naturellement plus fructueux.

Les conditions de son acceptation ne sont malheureusement pas aujourd'hui réunies car les forces en faveur du monopole de l'anglais sont extrêmement puissantes. Elles ont à voir avec le pouvoir, avec la situation sociale, avec des intérêts économiques, mais aussi avec des facteurs aussi influents que la mode et le snobisme. Par ailleurs, elles se conjuguent, ces forces, à un refus idéologique au mépris des faits, de la part des élites, de considérer l'Esperanto comme une langue à part entière.

Heureusement, comme disait le président Lincoln, on peut cacher une partie de la vérité à une partie de la population une partie du temps, mais on ne peut pas cacher toute la vérité à toute la population tout le temps. Une prise de conscience peut donc intervenir de façon inattendue et une fois la prise de conscience effectuée, les choses peuvent aller très vite.

C'est que l'on peut souhaiter de mieux à cette chère vieille Europe !


Source :  Extraits d'articles de Claude Piron

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