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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 13:08


Le grand historien du capitalisme, Fernand Braudel, nous a laissé voici 30 ans, dans les conclusions de son ouvrage : "La dynamique du capitalisme" une opinion forte sur l'immuabilité de la nature du capitalisme malgré le fantastique changement de taille et de proportions qu'il a connu dans la seconde moitié du 20ème siècle.
Il en voulait pour preuves les trois faits suivants :
          - Le capitalisme reste fondé sur l'exploitation des ressources et des possibilités internationales. Il tend vers le monde entier, il se veut universel.
          - Il s'appuie toujours obstinément sur des monopoles de droit ou de fait malgré les résistances des Etats et les tentatives d'organisations internationales. Il est par essence opportuniste, "toujours prêt à passer d'une ruse à l'autre, d'une forme d'action à une autre", pour peu que l'imprévoyance, le laisser-faire idéologique ou l'aveuglement humain lui en fournisse l'occasion.
          - Il ne recouvre pas toute la société au travail. La tripartition entre "vie matérielle", économie d'échange et économie capitaliste conserve sa valeur de discrimination et d'explication.

Le capitalisme d'aujourd'hui renforce les trois preuves de Braudel concernant son immuabilité  :

         - 1ère preuve : La tendance à couvrir le monde s'est traduite en mondialisation accélérée avec - phénomène nouveau - un partage des rôles selon l'axe Nord-Sud avec délocalisation rapide des moyens de production vers les pays à faible taux de salaires et faible protection sociale (qui en profitent pour se développer à toute vitesse au prix d'une grandissante disparité des revenus) et spécialisation parallèle des pays développés dans la recherche-conception ainsi que dans l'industrie financière.

         - 2ème preuve : Les monopoles de droit ou de fait se portent mieux que jamais à travers l'internationalisation de plus en plus marquée  des grands groupes et autres conglomérats qu'ils soient polyvalents ou spécialisés (énergies fossiles, minerais, agro-alimentaires, biens d'équipement, produits électroniques de toutes sortes, santé,...) afin de profiter de toutes les opportunités de croissance, de s'affranchir de la tutelle réglementaire des Etats et de produire le maximum de profits pour le plus grand bonheur de leurs actionnaires, sans trop se soucier du bien-être des peuples voire de leur propre personnel (la fameuse variable d'ajustement qui permet de maintenir ou, mieux, d'augmenter la rentabilité). A noter l'exception notable du capitalisme d'état chinois maintenu sous une sourcilleuse férule gouvernementale (pour combien de temps ?) dans un but stratégique de puissance. D'autres monopoles, souvent étatiques ceux-là, sont apparus avec la fantastique croîssance du prix de l'énergie fossile et à un degré moindre de certaines matières premières , entraînant d'énormes transferts de richesses depuis les pays développés vers les pays possesseurs de ces ressources (Moyen-Orient, Russie, quelques états d'Afrique,...) et générant des masses monétaires considérables (les fameux pétro-gazo-dollars notamment) à la recherche d'un profitable emploi.

        - 3ème preuve : Sa couverture de la société est et restera imparfaite même si la pression que le Capitalisme exerce sur les peuples par le biais des désirs exacerbés de consommation et de bien-être est partout très forte avec les conséquences que l'on verra plus loin. On voit même poindre des contre-pouvoirs à travers une certaine "moralisation" des activités humaines via le commerce équitable, le respect de l'environnement, le recyclage des déchets, la recherche d'économie d'énergie et des ressources fossiles ainsi que l'altermondialisme et sa quête (qui restera sans doute pour longtemps un voeu pieux) d'une nouvelle organisation mondiale plus soucieuse de justice sociale et d'harmonie entre les nations.

La nature du Capitalisme est immuable. Dont acte. Mais elle peut également être dangereuse voire devenir folle si on laisse le champ libre à ses propres pulsions. 
Elle peut engendrer - on le sait depuis 1929 - de terribles et brutales catastrophes quand par insouciance, légéreté, imprévoyance, optimisme béat ou tout simplement quand l'appât du gain est le plus fort, l'homme laisse se développer des déséquilibres qui se transforment bientôt en bulles ou, pire, en crises financières. La fin du vingtième siècle en a été émaillée à maintes reprises (crises au Mexique, Argentine, Sud-est asiatique, Russie, Japon, bulle Internet,...). Paradoxalement, la relative facilité (sauf pour ceux qui en ont ressenti les effets de plein fouet !) et la rapidité de sortie de ces récentes crises ont été un formidable anesthésiant pour les dirigeants politiques qui y ont vu l'expression de la souplesse et de la pérennité du Capitalisme moderne (il faut relire à ce sujet  l'ex-grand gourou Alan Greenspan !) dominant enfin ses vieux démons !
La terrible crise de crédit actuelle qui désagrège le système bancaire international et qui va malheureusement se poursuivre en crise économique est le dernier avatar, la dernière folle pulsion connue du Capitalisme d'aujourd'hui.

Comment en est-on arrivé là ?

La première ruse contemporaine du Capitalisme, son nouveau "faux-nez", a été la société de consommation.
- "Consommez, consommez" - nous assènent depuis des décennies les médias et la publicité. Le "consumerism" comme nouvelle religion à la mode. Et si vous n'avez pas les moyens, pas de problème, achetez à crédit !.
La conséquence a été un endettement progressif de toutes les nations développées, devenu endettement excessif particulièrement aux Etats-Unis (25% du PIB mondial, çà pèse !) auquel se sont associés des taux d'intérêt trop bas (afin que la machine infernale de l'endettement ne s'arrête pas en chemin, la croîssance étant l'autre dogme religieux à respecter à tout prix !) et corrélativement, une production monétaire américaine (les "federal funds" entre autres) abusant sans vergogne d'une position privilégiée de monnaie de réserve pour combler des déficits devenus abyssaux. Dans le même temps, le capitalisme nous concoctait une seconde ruse avec l'inflation immobilière internationale dans laquelle allait se précipiter des millions de foyers américains fortement encouragés par tous les organismes de crédit et quasiment tout le système bancaire américain. Et voilà tous ces gros malins de la finance américaine, forts de leurs nouvelles martingales mathématiques, qui se mettent à générer du crédit à tout va pour faire du fric, encore du fric et toujours plus de fric ! (ils iront jusqu'à prêter 32 $ pour 1 $ de fonds propres en contournant les règles prudentielles internationales, c'est le fameux hors-bilan !) avec un savant partage des risques (la fameuse "titrisation" des produits financiers) distribué dans le monde entier.....et récompensé par des prix Nobel d'économie  (Quoi de plus sérieux qu'une folie labellisée ?).
Cà tombait bien (3ème ruse de ce satané Capitalisme) ! Le dopage au crédit avait sublimé un capitalisme financier qui vivait maintenant sa vie propre sans rapport avec l'économie réelle (on en était arrivé à des en-cours de crédit représentant trois fois le PIB mondial, c'est-à-dire trois fois la production mondiale annuelle de richesses !!). Il y avait des foules de capitaux, partout de par le monde et souvent bien à l'abri dans des paradis fiscaux (autre scandale de la finance moderne) , à la recherche de placements spéculatifs  (il y a aujourd'hui 1.800 milliards $ qui circulent journellement sur les marchés financiers, soit cent fois plus qu'il y a 30 ans !) et avides de profits immédiats. La machine pouvait s'emballer !

Tout concourait donc à une énorme conflagration.

L'amorcage fut le retournement du marché immobilier américain. On connaît la suite et on peut continuer à la découvrir tous les jours dans les journaux. Le résultat financier, estimé à jour, de ce désastre planétaire est une "évaporation" d'environ 1.400 Milliards $ (à peu près l'équivalent du PIB espagnol ou de la moitié des dépenses militaires US en Irak !) en attendant les futurs dégâts dans l'économie réelle.


Cette énorme crise aura-t-elle au moins le mérite d'être salutaire, les risques encourus feront-ils prendre aux dirigeants du monde conscience du besoin vital de remise à plat des règles de fonctionnement du Capitalisme aujourd'hui mondialisé (sans aucun espoir de retour) et les peuples sauront-ils exiger de leurs gouvernements une organisation du monde plus raisonnable, plus équilibrée, plus harmonieuse ?

Autant poser une autre question : L'homme va-t-il devenir collectivement sage et vertueux ?





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  • Ingénieur retraité. professeur d'Esperanto via Internet. Nombreux pôles d'intérêt: Actualités économiques, politiques, internationales. Histoire. Sports. Nouvelles technologies. Astronomie
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