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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 08:53


Nous avons traité dans un récent article inspiré de la thèse de Fernand Braudel, de l'évolution économique de l'activité humaine passant de la vie matérielle à l'économie d'échange et enfin au capitalisme marchand du 18ème siècle.
Voyons maintenant qu'elle fut l'évolution du capitalisme, déjà précédemment désigné comme la Superstructure de l'économie d'échange, au cours du 19ème et début du 20ème siècles.
A l'aube du 19ème siècle, Londres s'empare de la suprématie économique européenne comme nous l'avons vu dans un précédent article mais ce "leadership" va s'accompagner de profondes modifications du modèle économique des trois siècles précédents. Vont apparaître notamment plusieurs révolutions d'origine techniques qui vont d'abord se développer dans un marché national. Voici la première des nouveautés et elle est d'importance !
Pourquoi ce type de marché apparut-il en Angleterre ? De nombreuses raisons à celà. D'abord l'abondance relative de moyens de transport maritimes (cabotage) et terrestres dans un pays assez étroit, ensuite des provinces échangeant leurs produits et exportant par l'intermédiaire de Londres, véritable et unique plaque tournante du pays, grâce à la disparition précoce des douanes et péages intérieurs, enfin l'union avec l'Ecosse (1707) puis avec l'Irlande (1801). Il faut ajouter à celà l'insularité de la Grande-Bretagne qui l'a aidée à se libérer des tutelles commerciales étrangères (Hanséates dès 1597, Premier acte de navigation avec Amsterdam en 1651) et à se dégager de l'ingérence du capitalisme étranger pour créer ses propres outils financiers (Stock exchange dès 1558). L'Angleterre sut, mieux que n'importe quel pays d'Europe, protéger son marché national et son industrie naissante. La victoire anglaise sur la France, premier état européen depuis le 15ème siècle, éclate au grand jour dès 1786 (traité d'Eden) et devient triomphante en 1815.
La France quant à elle, a trouvé trop d'obstacles sur sa route parmi lesquels un retard économique, une immensité relative, un revenu par habitant trop faible, des liaisons intérieures difficiles, une diversité trop grande autant économique que politique ou logistique, un centre économique trop excentré (Paris), loin des côtes maritimes et longtemps concurrencé par Lyon. Il fallut attendre le 18ème siècle (réorganisation de la Bourse de Paris en 1724) pour que Paris devienne le véritable pôle économique animateur du pays. Le développement économique s'accélère enfin sous le règne de LouisXVI mais deux années successives de mauvaises récoltes déclenchèrent une révolution,  politique celle-là, qui mis à bas une royauté affaiblie par un système politique sclérosé et vite dépassée par les évènements.
Loin de nos soubresauts politiques (la 1ère République, le Consulat, le 1er Empire, la Restauration, la 2ème République, le second Empire, la 3ème république) l'Angleterre avec sa royauté parlementaire assurant une bonne stabilité politique, va construire patiemment sa suprématie mondiale. Par son action, l'économie européenne va prétendre dominer l'économie mondiale et s'identifier avec elle dans un univers où tout devra céder devant l'anglais d'abord puis bientôt l'européen, donnant lieu pour la première fois dans l'histoire humaine, à travers notamment le phénomène de colonisation, à une suprématie totale exercée par quelques pays européens sur l'ensemble de la planète. Le 19ème siècle fut, sans conteste, le siècle de la domination mondiale de la race blanche.
Pour désigner l'autre changement majeur survenu au cours du 19ème siècle dans le modèle économique, on emploie habituellement le terme de Révolution industrielle. Ce fut un phénomène fort lent, difficile et complexe en ses débuts. C'est encore une fois en Angleterre que les pas décisifs furent franchis et que la première révolution industrielle du monde se mit en marche, presque naturellement sans que l'on arrive encore aujourd'hui à expliquer réellement pourquoi tout se passa sans les blocages, goulets d'étranglement ou autres obstacles constatés à l'époque contemporaine dans de nombreux pays en développement.
Les campagnes anglaises vidées de leurs hommes happés par les ouvelles fabriques ont maintenu leur production, les industriels ont trouvé sur place la main d'oeuvre qualifiée et non-qualifiée dont ils avaient besoin, le marché intérieur a continué à se développer malgré la hausse des prix, les marchés extérieurs se sont ouverts en chaîne. Même la chute des profits qui suivit le 1er boom du coton n'a pas entraîné de crise, les énormes capitaux accumulés se reportant sur d'autres secteurs en développement (les chemins de fer en particulier). Ainsi, tous les secteurs de l'économie anglaise ont répondu aux exigences de ce soudain emballement de la production sans blocages ni pannes, ce qui pourrait sembler proprement miraculeux si l'on perdait de vue l'origine de la plupart des mutations. En fait, tout ou à peu-près est parti d'en bas. La révolution du coton a surgi du sol, de la vie ordinaire, les découvertes ont été surtout le fait d'artisans, les premiers industriels étant souvent d'origine fort modestes, de même que le montant des capitaux investis, encouragés par les facilités d'emprunt. Londres ne prendra le contrôle de l'industrie qu'après 1830.
C'est donc la force, la vie de l'économie de marché et même de l'économie de base, de la petite industrie novatrice qui ont engendré ce qui allait devenir le Capitalisme industriel.
Mais la Révolution anglaise ne serait sans doute jamais devenue ce qu'elle fut sans les circonstances qui firent alors de l'Angleterre la maîtresse incontestée des mers et ,par voie de conséquence, du vaste monde. Si le déclin relatif des Etats européens continentaux déchirés par les guerres républicaines puis napoléoniennes, contribua à la suprématie anglaise, l'autre aspect majeur de cette suprématie fut l'ouverture de marchés nouveaux (l'Amérique portugaise, l'Amérique espagnole, l'empire turc, les Indes, la Chine...) qui vinrent continuellement alimenter le moteur économique de la révolution anglaise.
Le monde, sans le vouloir, fut donc pour le capitalisme industriel anglais le complice nécessaire à son développement planétaire.
Mais dejà se levait, de l'autre côté de l'atlantique, un formidable concurrent qui allait bientôt faire donner la pleine puissance de ses énormes richesses intérieures et du dynamisme de sa population en grande partie immigrée d'Europe. Les Etats-Unis s'apprêtaient à dominer le vingtième siècle.


Source : La dynamique du capitalisme de Fernand Braudel. Recueil de 3 conférences données à l'Université de Johns Hopkins aux Etats-Unis en 1976 - Flamarion, collection Champs.


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