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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 13:10



On a montré dans un récent article que la solution préconisée par la Commission Européenne - Voir L'impossible plurilinguisme européen du 30/03/08 - était sans doute vouée à terme à l'échec du fait des coûts en ressources financières et humaines qu'elle implique et de sa complexité de mise en oeuvre. Même si elle semble être une solution acceptable à court terme et exprimer le mieux l'identité européenne, les risques d'instabilité d'un tel projet sont grands et conduiraient sans doute, à terme, à une domination encore plus forte de la langue nationale anglaise, au détriment des cultures et des autres langues nationales européennes menacées de provincialisation.

Deux options restent donc ouvertes, soit le "tout-à-l'anglais" soit le choix d'un outil de communication "non national".

Nous allons examiner dans cet article la première option du " tout-à-l'anglais "

Cette option apparaît sans doute  à beaucoup comme la solution naturelle voire évidente si l'on fonde son appréciation sur l'observation des faits et le ressenti journalier. En effet, l'anglais ou plutôt l'anglo-américain domine manifestement la vie internationale et semble s'être imposé dans les assemblées, colloques, organismes internationaux aussi bien que dans les affaires, les publicatons scientifiques et médicales à tel point qu'il ne semble plus possible à un chercheur de faire connaître le résultat de ses travaux en dehors de ce vecteur. De même les médias, la publicité, le langage de tous les jours sont littéralement envahis de formules ou d'expression (du genre "Shake ta life", superbe méli-mélo franco-anglais, beaucoup plus "in" que l'académique "Secoues ta vie"  !) dans l'emploi desquels se complait béatement, par snobisme, mode ou instinct grégaire, une frange significative de la population active de nombreux pays notamment européens.
Un tel modèle linguistique n'a pourtant qu'une efficacité apparente mais il est d'une iniquité absolue comme nous le verrons plus loin. On peut donc s'étonner qu'une assez forte proportion de la population européenne partage un tel aveuglement contraire à ses intérêts et un tel sentiment d'évidente et irréversible supériorité !
A noter, au passage, que cette proportion est probablement plus forte dans la zone germano-slave (Nord et Est européens), pour des raisons de plus grande proximité linguistique que dans la zone latine plus réticente au parler anglais.
Cet état d'esprit est sans doute le résultat de la combinaison de différents facteurs découlant de la superpuissance économique américaine de ces dernières décennies et de son messianisme culturel, économiquement intéressé et politiquement voulu, mais aussi de la complaisance et du manque de coordination des Etats et surtout du "suivisme" des médias toujours prompts à répercuter l'avis du plus fort, surtout s'il est étranger.
Pourtant, quoi de plus contraire à l'éthique que la domination sur un ensemble de peuples d'une langue nationale (anglaise ou autre). Citons le Pr Filleul :
" face à un Anglais de naissance, tout Européen essayant de pratiquer la langue de Shakespeare est en état d’infériorité, de faiblesse et d’inégalité, voire de ridicule. II en serait d’ailleurs de même pour toute langue nationale autre que l’anglais imposée à l’Europe comme moyen de communication ; et ce fait est en soi révoltant et inadmissible sur le plan éthique. Mais dans le cas de l’anglais le problème éthique est encore aggravé par le fait que l’anglais est la langue des Américains. Et accepter la domination linguistique anglaise, c’est accepter la domination technologique, économique, capitaliste et financière américaine "
Cette première et lourde injustice peut-elle être au moins corrigée ou atténuée par la simplicté de l'outil, sa facilité à l'appréhender et à le pratiquer, ce qui en ferait un moyen de communication à la fois pratique et d'un coût d'appropriation raisonnable pour les européens ?
Là encore, il faut revenir sur certains a priori véhiculés par les anglophones et leurs alliés, du genre " l'anglais, c'est simple et facile ! ". La grammaire est relativement simple, il est vrai, comparée à la française ou à l'allemande mais guère plus cohérente, avec de multiples traquenards et d'abord une floppée de verbes irréguliers qui représente plus de 500 mots à mémoriser n'obéissant à aucune logique  décelable ! Mais la véritable difficulté de la pratique de l'anglais est ailleurs. Elle est, d'une part, dans une prononciation complexe, incohérente et surtout variable en fonction des locuteurs, chacun la modifiant ou la traitant à sa guise ! Un alphabet de 26 lettres pour 44 sons présente en effet des défauts irrémédiables pour un outil qui se veut universel !
Un seul exemple pour le pas alourdir cet article : Un mot d'une syllabe avec 10 énonciations différentes du simple fait d'une voyelle ou d'une diphtongue coincée entre deux consonnes : bet - bit - beet - beat - bite - bat - but - butt - boot - boat qui vont donner 10 sens complètement différents : pari - morceau - betterave - battre - morsure - raquette -mais - coup - botte - bateau. Pas évident pour s'y retouver dans le cours d'une conversation !
La difficulté de la langue, on la trouve, d'autre part, dans ses innombrables polysémies (sens multiple d'un même mot ou d'un ensemble de mots) qui rendent son interprétation terriblement difficile pour des non-anglophones même très avertis et les traductions de textes parfois hasardeuses ! C'en est au point que l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale s’est lancée dans un projet de révision de la langue de l’aviation suite au nombre significatif de catastrophes causées par une mauvaise communication linguistique entre les pilotes et les contrôleurs au sol.
Qui n'a éprouvé, un jour, un désarroi certain à tenter de saisir en V.O. le sens des dialogues d'un film américain malgré de nombreuses années d'études de l'anglais ! Vous me direz qu'il s'agit souvent d'un langage peu académique, bourré d'expressions argotiques impénétrables à qui ne les connaît ! Bravo pour la transparence ! Et si la-dessus vous rajoutez l'accent du sud, de la côte est ou ouest américaine ou celui d'un canadien ou d'un australien, vous aurez alors le coktail qui vous condamne au sous-titrage ou à la devinette ! Pas terrible pour un outil de communication international !
Raisonnement de cancre, peut-être ? mais un cancre avec des années d'études de l'anglais derrière lui ! Alors bon courage à l'européen moyen pour comprendre et se faire comprendre en anglais !

Essayons de traduire dans les faits les conséquences du choix du " tout-à-l'anglais".
L'hégémonie linguistique entraîne 5 conséquences, toutes à l'avantage des anglophones et naturellement défavorables aux non-anglophones :
         - une position de quasi-monopole sur les marchés de la traduction et de l'interprétation vers l'anglais
         - une économie de temps et d'argent dans la communication internationale
         - un non-investissement linguistique dans d'autres langues
         - des ressources humaines investies dans d'autres domaines que le linguistique
         - une position dominante dans toute situation de concurrence, négociation ou conflit
NB : voir les effets distributifs - page 66 - du rapport GRIN
Des estimations faites par le British council  - voir sources citées - il découle qu'actuellement les rentrées nettes annuelles pour l'Etat anglais, du fait de la domination de l'anglais en Europe sont de l'ordre d'une quinzaine de Milliards d'€ et qu'en cas du choix du " tout-à-l'anglais", le gain pour le trésor anglais serait de l'ordre de 1 point de PIB par an ! Ce qui revient à dire que l'ensemble des Etats européens non anglophones feraient un CADEAU d'environ 25 Milliards d'€ par an au Royaume Uni (+ l'Irlande), SOIT environ 20 % du budget communautaire au titre de la prédominance linguistique de la langue anglaise !
On est évidemment très heureux pour nos amis anglais de recevoir un tel pactole...mais on l'est moins pour nos autres amis européens qui souhaiteraient certainement voir une telle somme s'investir dans des oeuvres communautaires plus créatrices de richesses.

Une telle iniquité serait-t-elle longtemps acceptée par la Communauté européenne ?


Sources :
- Communication du Pr Jacques Filleul à l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon - 1999
- Rapport GRIN de l'Université de Genève - L'enseignement des langues étrangères comme politique publique -


Same kiel cxi-supre esperante :


Oni montris en fresxdata artiklo, ke la solvo rekomendita de la Euxropa Komisio - Vidante la artiklon "La neebla euxropa plurilingvismo" datita de 30/03/08 - sendube estis tempolime dedicxita al fiasko pro gxiaj altkostoj de human-kaj-financricxfontoj , ke gxi implicas kaj pro gxia enverkigxa komplekseco. Ecx se gxi sxajnas esti akceptebla solvo kurttempolime kaj esprimi plej bone la euxropan identecon, la malstabilecaj riskoj de tia projekto estas grandaj kaj kondutus sendube, termolime, al pli aun forta superado de la nacia angla lingvo, malprofite de la kulturoj kaj aliaj naciaj euxropaj lingvoj, kiuj estus minacitaj de provincecigxo.

Du opcioj restas malfermitaj, cxu la opcia " tut-angle ", cxu la elekto de " nenacia " komunikilo.

Ni estas observadontaj en tiu cxi artiklo la unuan opcion de " tut-angle "

Tiu opcio " tut-angle " sendube sxajnas al multaj personoj, kiel la natura aux la evidenta solvo se oni starigas sian taksadon laux la fakt-observado kaj la cxiutag-sentado. Fakte, la angla aux plivole la anglusona lingvo superregxas manifeste la internacian vivadon kaj sxajnas imponigxiti en kunsidoj, kolokvoj, internaciaj establoj same kiel en la komercajxoj, la sciencaj kaj kuracaj publikajxoj en tia punkto, ke ja ne sxajnas povebla por sercxadisto konigi siajn laborrezultoj ekster tiu vehiklo ! Same la informdifuzantoj, la publikeco, la cxiutagesprimo estas letere invaditaj de formuloj aux esprimoj (tiel, ke "shake ta life" superba franca-angla  "méli-mélo" multe pli "in", ke la akademika "secoues ta vie" !) en kies uzado komplezigxas beatece, pro snobismo, modo aux grega instinkto, signifanta parto de la aktiva popolo de multaj interalie euxropaj nacioj.
Tia lingvistika modelo tamen havas nur videblan efikecon sed gxi estas absoluta maljusteco kiel ni vidos pli sube.Oni povas do miri, ke meze forta proporcio de la euxropa landanaro partigas tian kontrauxproprinteresan blindigxon kaj tian sentimenton de evidenta kaj neinversebla superforto.
Remarkeble, trapasante, ke tia proporcio estas probable pli forta en la germana-slava areo (nordo kaj easto de la Euxropo) pro pli granda lingva proksimeco, ke en la latina aero, pli ribelema al angla parolado.
Tiu pensmaniero estas sendube la rezulton de la kombinado de diversaj faktoroj defluantaj de la usona superpotenco dum tiuj lastaj dekjaroj kaj de gxia kultura mesiismo, ekonomie interesita kaj politike volita sed ankaux de la komplezeco kaj de la malkunordigado de la euxropaj sxtatoj kaj cxefe de la "sekvismo" de la informdifuzantoj cxiampretaj sekvi plejfortan avizon, precipe kiam gxi estas fremda.
Tamen, kio pli maljusta, ke la  regado de nacia lingvo (angla aux alia) sobre tuto de popoloj ! Citu la profesoron Filleul :
"Fronte al angla naskigxparolanto, cxiu euxropano  provanta praktiki la Shakespeara lingvo estas en stato de malsupreco, de malforto kaj maljusteco, eble de ridindeco.Same estus por tuta alia nacia lingvo ol la angla, kiu estus imponita al Euxropo, kiel komunikadrimedo. Kaj tiu fakto estas mem indigninda kaj neakceptebla vidpunkte de la etiko. Sed okaze de la angla, la etika problemo estas pli gravigita pro la fakto, ke gxi estas ankaux la usona lingvo. Kaj akcepti la anglan lingvan superregadon estas akcepti la usonan teknologian, ekonomikan, kapitalistan kaj financan superregadon".
Cxu tiu unua kaj gravega maljusteco eblas esti almenaux korektita aux malgravigita per la simpleco de la lingvilo, gxia facileco praktiki kaj alpreni gxin, tio, kio farus el gxi unufoje praktikan kaj konvenan alproprig-kostan komunikadilon por la euxropanaro ?
Cxi tie ankoraux, necesas reveni pri kelkaj "a priori"  transdonitaj de la anglamikuloj kaj iliaj aliancanoj tiel, ke "la angla estas simpla kaj facila !". Meze simpla la angla gramatiko vere estas kompare kun la franca aux la germana sed ne pli kohera, kun multaj kaptiloj kaj unue loto de neregulaj verboj korespondante al pli da 500 memorendaj vortoj sen malkasxebla logiko ! Sed la vera malfacileco de la anglopraktiko estas for ! Gxi estas unuparte en kompleksa, nekohera kaj lauxparolantvaria elparolado, cxiu cxangxante aux lauxvolotraktante gxin ! Alfabeto de 26 leteroj kaj 44 sonoj presentas fakte senhelpajn mankojn por sinvolant-universa komunikadilo !
Nur unu ekzemplo por nepezigi tiun artiklon : Unu monosilaba vorto kun 10 diversaj elparoladoj simple pro unu vokalo aux diftongo inter du konsonantoj :
bet - bit - beet - beat - bite - bat - but - butt - boot - boat ; kiuj donas la sekvajn tute aliajn sensojn : pari - morceau - betterave - battre - morsure - raquette -mais - coup - botte - bateau.
Ne evidenta por retrovi sin mem dum kunversado !
Aliaparte oni trovas la malfacilecon de la angla lingvo en gxiaj nenombreblaj polisemioj (multobla senso de unu vorto aux vortgrupo), kiuj igas terure malfacila ilian interpretadon por mem tre atentigitaj neanglofonuloj kaj tre hazarda la tekstradukojn ! Tio estas al punkto, ke la Organizo de la Internacia Civila Aviado decidis projekton por revizii la aviada lingvo sekve de la signifanta nombro de katastrofoj pro la malbona lingva komunikado inter la pilotoj kaj la grundkontrolantoj.
Kiu ne sentis iutage, certan konsternon kaptprovi en V.O.la senson de usonaj kinofilm-dialogoj malgraux multaj jaroj de angla lernado ! Vi diras al mi, ke temas ofte pri iom akademika lingvajxo, plena je slangaj esprimoj nepenetreblaj por tiu, kiu ne konus ilin ! Gratulon pro la travidebleco ! Kaj se cxi-supre vi plialdonas la usonan vocxtonon el sudo, easto, aux uesto aux la kanadian aux la auxstralian  prononcmanieron, vi havos tiam la koktelon, kiu kondamnas vin al sub-titoloj aux al divenajxo ! Ne terure por internacia komunikadilo !
Eble stultula argumentado ? sed estas argumentado de stultulo kun multaj anglaj lernadjaroj ! Tiam bonan kuragxon al meza euxropano por kompreni kaj komprenati per la angla lingvo !
Provu traduki per faktoj la  konsekvencojn de la elekto de la "tut-angle".
La lingva hegemonio alportas 5 rezultojn, tutaj avantagxe de angloparolantoj kaj nature neavantagxe de neangloparolantoj :
            - kvazaux-monopola pozicio en la merkatoj de tradukado kaj interpretado cele al la angla lingvo.
            - Kosta kaj tempa sxparajxo en la internacia komunikado.
            - Lingvistika neinvestado en aliaj lingvoj
            - Investitaj humanaj ricxfontoj en aliaj fakoj
            - Reganta pozicio en tutaj konkurencaj, traktadaj aux konfliktaj situacioj.
NB : Videble la disdonajn efektojn - pagxo 66 - el GRIN raporto
El la financaj taksadoj faritaj de la British Council - videble la cititajn fontojn - defluas , ke nun la netaj revenoj por la angla Sxtato, fakte de la regado de la angla lingvo en Euxropo, estas cirkaux de 15 miliardoj euxroj kaj, ke kaze de elekto de la "tut-angle", la profito por la angla Trezoro estus proksimume 1 punkto de PIB cxiujare ! Tio, kio signifas, ke la tutaj euxropaj neangloparolantaj Sxtatoj farus DONACON de 25 miliardoj euxroj cxiujare al Anglujo (+Irlando) , TIO ESTAS proksimume 20 % de la euxropa komuneca budgxeto, merite de la lingvistika superregado de la angla lingvo !
Oni estas nature tre felicxa por niaj anglaj amikoj ricevi tian paktolon ... sed malpli felicxaj ni estas por niaj aliaj euxropaj amikoj, kiuj certe preferus vidi tian monosumon investita en komunecaj pli ricxkreantaj prilaborajxoj.

Cxu tia maljusteco  estus longtempe akceptita de la euxropa Komuneco ?

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