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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 10:18


On s'est penché dans un précédent article sur le process général de mémorisation, phénomène extraordinairement complexe comme tout ce qui touche aux activités du cerveau humain (sans doute la réalisation la plus élaborée de la Création) et dont la science moderne commence patiemment à en déchiffrer les mystères - pour ce qui concerne notamment la neurophysiologie, c'est-à-dire l'étude des phénomènes physiques internes au cerveau - à l'aide de trois famille d'outils (tomographie par positons, résonance magnétique nucléaire, méthodes électriques et magnétiques) de plus en plus précis et performants.
Psychologie et psychiatrie ne sont évidemment pas absentes du débat puisque ces disciplines s'intéressent, quant à elles, entre autres à la perception externe de l'évènement, à son vécu et son ressenti par le sujet considéré, ce qui n'est pas sans incidence sur la qualité de la réception par le cerveau et donc la mémorisation.

L'objectif premier de l'article étant de faire simple et clair, abstraction sera faite de toute maladie mentale pouvant impacter le processus de mémorisation.On fera donc référence à une population considérée comme "saine de corps et d'esprit" ou, pour le moins, estimée comme telle (où commence le dérangement cérébral ?)
Dans une telle population, quels peuvent bien être les facteurs de différentiation dans l'aptitude à une bonne mémorisation ?
Pourquoi y-a-t-il des gens qui ont l'air de tout retenir sans effort et peuvent se souvenir avec grande précision aussi bien de textes entiers que d'évènements complexes remontant à plusieurs années au point d'être comparés à une encyclopédie ambulante alors que d'autres ont un mal fou à retenir 3 lignes, ont les souvenirs qui se brouillent  très vite ou, pire, ont des mémoires dites "à trous" ou en gruyère ?

Schématiquement on discernera deux grandes familles de facteurs : Les facteurs physiologiques et les facteurs psychologiques.

Les facteurs physiologiques

Ces facteurs concernent d'abord la qualité du matériel support de l'information (tissus,cellules, liaisons neuroniques) mais aussi et peut-être surtout la qualité du matériel de transmission (présence/production des enzymes, neurotransmetteurs, gènes, échanges ioniques, impulsions électriques,..). N'oublions pas que le cerveau est une véritable usine électro-chimique ! En s'arrêtant là, on pourrait en déduire que c'est la génétique (et donc l'hérédité) qui prédomine. Ce serait, sans rouvrir un débat sans fin, la victoire de l'inné sur l'acquis ! ...et le constat d'une fatalité contre laquelle on ne peut rien. Tant pis pour celui qui ne serait pas venu au monde avec le bon matériel génétique !
Mais s'en tenir à l'état physiologique du cerveau à un instant t serait une grave erreur ! On sait, en effet, que les diverses zones du cerveau se développent successivement dans l'enfance pour atteindre la maturité vers l'âge de 18 ans et que l'apprentissage sous toutes ses formes, par son rôle primordial dans l'organisation des circuits neuronaux, a une grande importance dans le développement cérébral. A noter au passage que l'apprentissage, au même titre que l'exercice mental, est important à tout âge, ne serait-ce que pour maintenir le cerveau en bon état de fonctionnement.
Le cerveau ne s'use que si l'on ne s'en sert pas !
C'est l'inné, cette fois, qui l'emporterait sur l'acquis...sans toutefois oublier que ce développement cérébral est très largement placé sous le contrôle des gènes...ce qui nous ramène à la génétique !
Comme bien souvent, la probable vérité se situe entre les deux options extrêmes. Chacun mettra le curseur à l'endroit qui conviendra le mieux à ses idées ou ses phantasmes !
Autre facteur physiologique, malheureusement pour ceux qui sont concernés, à prendre en compte. C'est tout ce qui touche à la malformation (faible ou forte) incapacitante de naissance, aux accidents vasculaires, aux maladies diverses, tumeurs, cancers et autres dégénérescences liées ou non à la vieillesse qui vont impacter le fonctionnement cérébral et dégrader ses performances.
Enfin citons encore les intervenants chimiques externes (médicaments, drogues, stupéfiants,..) qui peuvent favoriser ou gravement perturber les process de mémorisation.

Les facteurs psychologiques

On vient de voir que l'apprentissage tient un rôle très important dans le développement cérébral. On se penchera donc d'abord sur les facteurs psychologiques intervenant lors de l'apprentissage de l'enfant jusqu'à, disons, son âge de raison voire plus loin encore, jusqu'à l'aboutissement de ses études (on sait qu'aujourd'hui, çà peut mener très loin !) .
Il paraît évident qu'un bon encadrement affectif et pédagogique dans la tendre enfance va favoriser l'apprentissage. L'enfant aimé, bien entouré, sera encouragé à apprendre pour faire plaisir d'abord puis pour son propre plaisir si les adultes conscients de leur rôle savent le motiver et l'intéresser. Avançant en âge, il découvrira par l'exemple de ses parents, par les lectures, les spectacles et les expériences de toutes sortes une énorme quantité d'informations qu'il aura appris ou apprendra à analyser, trier, garder, écarter, conserver, aidé en cela par un bon équilibre affectif, la prise de conscience de ses capacités et l'adoption consentie de règles de vie sociale et personnelle. 
A l'inverse, l'enfant délaissé voire agressé, rabaissé ou humilié devra mobiliser l'essentiel de ses forces dans la résistance et la protestation perdant ainsi, sans doute irréversiblement, de précieuses occasions d'apprendre et de se former, sans parler des conséquences futures sur son équilibre psychologique ! Avec l'âge et si sa propre famille et l'école ne lui apportent pas un encadrement satisfaisant, le rejet d'apprendre ira de pair avec le rejet de la société, la révolte et la violence du comportement.
Entre ces deux cas extrêmes, chaque expérience individuelle est unique.
La première partie de l'apprentissage va donc surtout consister à acquérir les bons outils de sélection de l'information et à acquérir des méthodes rationnelles de travail. La voie sera alors ouverte à l'acquisition efficace des connaissances et à leur mémorisation. 
Les "fondations" cérébrales ayant été (bien ou mal) construites, on va passer à une autre famille de facteurs psychologiques, liée à l'éducation et à la personnalité de la personne qui vont fortement intervenir à leur tour dans le processus d'acquisition/mémorisation. 

On citera en premier lieu la motivation aux raisons multiples (désir de considération, de préparer son avenir, curiosité intellectuelle, éveil aux arts, aux sciences..., réussite scolaire, autres...). Sans motivaton, le travail est plus contraignant, les tentations d'échapper sont fortes. Tout le monde sait cela pour l'avoir souvent ressenti  ! 
On peut citer ensuite différents traits de caractère qui sont autant de qualités psychologiques favorables au travail mental :
                * le courage ou la force de caractère pour résister à la tentation de paresse, de facilité, au découragement.
                * le sens de l'observation (qui procède de la curiosité) qui permet de mieux fixer les choses et les évènements et de les associer à d'autres, facilitant ainsi une bonne qualité de mémorisation. Mieux vaut être - pour mémoriser -  extraverti (ouvert au monde) qu'introverti (tourné vers soi-même)
                * Le désir d'apprendre lié à la curiosité mais aussi à la joie de la découverte et qui peut devenir une véritable passion chez certains (chercheurs, explorateurs,...). On est ici dans les conditions idéales de mémorisation quand travail et plaisir ne font plus qu'un !
                *  L'aptitude à concentrer son attention. Sans vigilance, la perception des choses, des évènements, des conversations ou des échanges risquent d'être imparfaites ou se mélanger à d'autres informations, brouillant à la fois le message et sa mémorisation. On a tous parlé un jour à une personne inattentive parce qu'absorbée par une autre tâche ou attirée par autre chose ou encore sous le coup d'une émotion. Le résultat est, presque à coup sûr, connu d'avance : le message n'est pas passé ou a été mal interprété...quand ce n'est pas la conversation elle-même qui a été oubliée ! C'est le gros challenge de tous les collégiens et étudiants que de rester en éveil mental pendant la durée des cours (notamment dans l'absurde système français qui impose jusqu'à 10 heures de cours dans une même journée !). Combien "décrochent" et  se laissent aller à une douce rêverie quand ils ne s'endorment pas carrément ! C'est d'ailleurs la même chose dans la vie adulte lorsqu'on assiste à des réunions, conférences, présentations, etc ...

Pour compliquer le tableau, vont aussi interférer dans le processus de mémorisation les facteurs inconscients échappant à notre volonté. Tel fait, tel évènement, telle action pourra ainsi être interprété, transformé, tronqué, reconstruit voire refusé ou enterré par notre subconcient parce violant trop brutalement nos critères habituels, moraux, culturels, esthétiques, affectifs, ....

Que retenir de tout cela, vous demanderez-vous ?

Pour l'adulte qui se poserait une telle question, on peut considérer que son cas est en grande partie réglé !
Il ne peut rien, en effet, concernant son matériel génétique hérité de sa lignée généalogique et ses principaux traits de caractère (en grande partie hérités également) sont suffisamment figés par ses habitudes de vie pour qu'il ne puisse guère les modifier (ou alors par d'énormes efforts !). Même chose pour le plus clair de son apprentissage mental acquis lors de la jeunesse. Pas très encourageant, tout cela, vous direz-vous !!

Heureusement, il y a quand même des pistes d'amélioration !
D'abord prendre soin de son matériel physiologique par une bonne hygiène de vie (vie saine, activité physique, éviter les abus...) et une surveillance médicale périodique. C'est d'autant plus vrai que l'on avance en âge mais ce n'est pas à négliger à 30 ans.
Ensuite se motiver, découvrir ou redécouvrir des activités motivantes. Garder l'esprit en éveil. Changer son regard sur le monde et sur les autres. C'est extraordinaire comme le fait de s'intéresser  à un sujet en facilite la mémorisation. C'est à la portée de tous d'en faire l'expérience et, en plus, c'est gratuit !  Le cerveau, en effet, travaille peu ou mal quand il n'est pas aiguillonné par l'envie et le plaisir. Sans aiguillon, il a vite fait de sombrer dans la torpeur, la paresse, l'indifférence ou la mélancolie...au détriment de la santé mentale et de la joie de vivre de son propriétaire !
Il faut toutefois relativiser ! Rêverie et imagination vagabonde rendent la vie agréable !
Enfin, pour ceux qui sont vraiment peu satisfaits de leur mémoire, il existe des méthodes à base d'exercices mentaux ou des méthodes pédagogiques qui, en quelque sorte, réapprennent à apprendre et à mémoriser.
Là, il vaut mieux être courageux et motivé ! Paresseux, s'abstenir !

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