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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 17:38
On s'émeut régulièrement d'entendre des discours extrêmistes issus de certaines sphères dirigeantes algériennes qui accusent carrément l'ex-France coloniale de génocide et en réclame repentance et réparation. A ces discours répondent systématiquement d'autres discours de la droite française, magnifiant les bienfaits, l'oeuvre civilisatrice ainsi que l'essor économique liés à notre présence. L'homme raisonnable et sensé devine bien que ces discours outranciers dissimulent des "postures" à but politique mais qu'en fut-il vraiment dans la réalité ?

Tentons de trouver une réponse, en évitant soigneusement tout manichéisme idéologique, à cette question générale par le survol des principaux événements survenus lors des 135 ans de présence française sur ce territoire.

L'intervention militaire, tout d'abord : ses raisons ou plutôt ses prétextes  ne furent guère à notre avantage ! La France révolutionnaire empêtrée dans les difficultés économiques avait, dès 1794, accumulé auprès du Dey d'Alger des dettes (via notamment d'importantes livraisons de blé) ...toujours en souffrance en 1827 !! Non seulement le gouvernement de l'époque (royauté de Charles X) faisait la sourde oreille aux réclamations mais en plus il violait un accord local en fortifiant l'entrepôt de La Calle près d'Alger. Colère légitime du Dey qui, dans son indignation, en souffleta notre consul ! Outrage bienvenu pour une royauté française en mal de reconnaissance européenne et de crédibilité intérieure qui va trouver là une occasion d'intervention militaire trop belle pour être manquée !

La conquête et la pacification ensuite : Ce ne fut pas une promenade de santé pour le corps expéditionnaire de 40.000 hommes qui débarqua en 1830 et s'empara assez rapidement de la citadelle d'Alger, obligeant le Dey à capituler. Après ce léger hors-d'oeuvre, la conquête du territoire fut un plat autrement difficile à digérer. Il fallut 20 ans pour réduire les principales résistances d'Abdel Kader à l'ouest et des tribus berbères à l'est. Et 20 ans de plus pour achever la pacification après l'ultime révolte kabyle de 1871 ! Ceux furent les civils africains qui eurent à payer le prix fort de cette martiale aventure : Un million de morts soit environ le tiers de la population autochtone de l'époque fut le résultat de cette pacification.

Quel fut le statut juridique des populations ?  Napoléon III accorda généreusement la nationalité française aux indigènes....à la grande colère des colons qui voulaient une suprématie totale et sans partage et qui s'empressèrent de faire supprimer le sénatus-consulte à la chute de l'Empereur. En 1870 on accorda la citoyenneté française aux 37.000 juifs présents sur le territoire, créant ainsi de facto une discrimination entre juifs et musulmans. Cette même année-là, suite à la terrible défaite, eut lieu une immigration massive d'alsaciens et de lorrains expulsés de leurs terres par les prussiens et auxquels on s'empressa de donner de bonnes terres coloniales en dédommagement de leurs souffrances. Enfin, cerise sur le gâteau, on promulga en 1881 le Code de l'Indigénat magnifique outil de discrimination définitive entre les citoyens français  de souche européenne (dont une bonne partie était d'ailleurs d'origine italienne ou espagnole) et les sujets français (les indigènes) privés bien entendu d'une grande partie de leurs droits politiques. Le décor du fonctionnement de la colonie était planté.

Quelles furent les conditions de vie des populations indigènes ? La réponse découle naturellement de ce qui précède ! Avec un tel code à disposition, inutile d'être grand clerc pour deviner que l'administration française confia les meilleures terres aux colons et leur octroya les meilleures conditions environnementales possibles (prêts financiers avantageux, grands travaux d'irrigation et d'infrastructures, protection juridique, sécurité civile et militaire...) afin qu'ils puissent prospérer en utilisant (on ne va pas dire "en exploitant" pour ne pas se faire traiter de "crypto-marxiste" !) une main-d'oeuvre servile et à bas prix. Cette administration était naturellement aux petits soins pour ses "pieds-noirs" si courageux, si industrieux, si générateurs de richesse et qui, en plus, bénéficiaient de forts appuis au gouvernement. Ne participaient-ils pas à la grande affaire de l'Empire français ! Il n'était, bien entendu, pas question de les ennuyer avec des "droits de l'indigène" (la formule n'existait pas encore) qui auraient pu les gêner dans leurs activités. Richesse et grandeur de la France d'abord ! L'administration française alla même plus loin. Non contente de mettre le peuple indigène au plus bas de l'échelle économique, elle s'ingénia à opprimer sa culture et ses langues. L'usage exclusif de la langue française s'imposa dans l'administration, la justice, l'enseignement, les réglements de toutes sortes, l'affichage...On imagine sans peine les difficultés de l'indigène baragouinant un "sabir" arabo-français pour défendre ses malheureux droits et se protéger des exactions !! On ferma les écoles indigènes pour les remplacer par des écoles françaises....en nombre totalement insuffisant (En 1929 il n'y avait que 6% de la population indigène qui était scolarisée dans le primaire. C'est dire !). Les grands principes républicains de laïcité et d'enseignement primaire obligatoire étaient décidèment bien loin ! Et ces "pieds-noirs" choyés en voulaient encore plus pour asseoir leur suprématie ! Ils s'opposaient à la construction d'écoles et à la mise en place de tout ce qui aurait permis d'instruire les arabes dans la crainte qu'un jour ils en viennent à contester leurs prérogatives. Une telle attitude égoïste et dominatrice allait perdurer jusqu'au milieu du 20ème siècle et la guerre d'indépendance.

Avec le 20ème siècle et ses deux grandes guerres mondiales, l'abus de pouvoir atteint son paroxysme....jusqu'à l'explosion. A la confiscation des droits, à l'humiliation quotidienne on ajouta le sacrifice imposée. Des centaines de milliers de jeunes indigènes furent enrôlés (généralement de force) dans les troupes coloniales (qui enrôlèrent ,de même, des indochinois, des malgaches, des africains... L'armée française ne pratiquait pas la discrimination pour l'envoi au "casse-pipe" !) pour aller se faire massacrer (on les mettait de préférence en première ligne et dans les coups durs. C'était autant de sang français qui ne coulait pas !) dans les tranchées de 1914-1918 et lors de la campagne de France de 1944. On les utilisa même en Indochine où y firent leurs classes de nombreux cadres de la future guerilla. Dans la liesse de la victoire de 1945 des manifestations eurent lieu dans plusieurs grandes villes pour réclamer un peu plus de liberté, un peu plus de droits au vu des sacrifices consentis. En réponse, l'administration fit donner la police et les choses tournèrent à l'émeute à Sétif avec le massacre d'une centaine d'européens. La répression militaire fut féroce (20 à 30 mille morts indigènes selon l'historien B.Stora). Les nationalistes algériens avaient leurs martyrs et une véritable guerre d'indépendance allait pouvoir commencer.

Ce que l'on a appelé  la guerre d'Algérie commence véritablement en 1954 avec des attentats meurtriers et des massacres de colons. A cette époque, un million de "pieds-noirs" font face à huit millions de musulmans. Va s'en suivre un long cortège d'attentats, de guérillas, de ratissages, d'affrontements militaires, de terrorisme urbain dans un climat international de plus en plus hostile au "colonialisme", jusqu'à ce que De Gaulle mette les pouces et décide l'abandon en 1962. Le bilan de cette guerre sera d'une trentaine de milliers de morts (civils et militaires) côté français et d'une estimation comprise entre 500.000 et un million de morts musulmans qui ont une nouvelle fois payé le prix fort dans l'aventure. A noter au passage qu'une centaine de milliers de petites gens "pieds-noirs"  (souvent des gens âgés qui n'ont plus d'attache en métropole) vont rester sur place pour le meilleur et pour le pire. Dans la précipitation du départ on "oubliera" des dizaines de milliers de harkis qui avaient fait confiance à la France et qui se retrouveront, désarmés par nos soins, livrés aux mains vengeresses du FLN. C'est sans doute le plus grand motif de honte nationale de cette malheureuse affaire.

Par manque de réalisme et de pragmatisme la France venait de râter, après l'Indochine, une deuxième décolonisation, laissant son ancienne colonie entre les mains d'une organisation guerrière au nationalisme exacerbé et marxisant, dépourvue de compétences administrative et gestionnaire, qui allait en quelques dizaines d'années ruiner le pays malgré les énormes richesses énergétiques du sous-sol, ouvrant ainsi la voie à l'extrêmisme islamique.

Bref, en toute honnêteté, ce rapide constat n'est guère flatteur pour nos couleurs ! Tout ce qui a été évoqué ci-dessus soulève plus le coeur qu'il n'engendre de fierté pour une oeuvre civilisatrice digne de ce nom. Sans doute y eut-il dans l'administration des gens dévoués et lucides, soucieux du sort des sujets français musulmans. Sans doute aussi y eut-il  chez les "pieds-noirs" des gens justes et de bons patrons appréciés et aimés de leurs employés. Sans doute y eut-il beaucoup de "petits blancs" qui vécurent en bonne relation de proximité avec les autochtones. Sans doute même y eut-il beaucoup de dévouement de la part des instituteurs, des prêtres et des missionnaires. Il semble établi que principalement dans les agglomérations importantes et au moins jusque dans les années 50, les conditions de coexistence des communautés étaient sinon idylliques du moins convenables et pacifiques. On était très certainement fort loin d'un systéme de type "apartheid" d'Afrique du sud ou de l'odieux comportement colonial britannique étalant une cynique supériorité d'homme blanc aux Indes et dans les colonies d'Afrique. Le Génie français avait su laissé une petite place à l'humanisme dans un océan d'injustice et les grands principes républicains n'étaient pas oubliés par tous. Il n'empêche ! La France, dans la ligne de la mentalité coloniale du 19ème siècle, avait mis en place en Algérie un système de société profondèment injuste à tous points de vue et n'avait jamais su, voulu ou pu l'amender. Un tel système ne pouvait se maintenir non par l'adhésion des gens mais uniquement par la force. 
Et un jour la force manqua...comme elle avait, un beau jour, manqué à tous les anciens empires bâties sur la suprématie militaire.

Seul le temps permettra l'oubli de cette tragique aventure. Quant à retisser des liens forts il y faudra, de part et d'autre, beaucoup d'intelligence politique, de tolérance et de générosité, vertus fort peu répandues dans les relations internationales !

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LOUANCHI 06/02/2013 15:22


HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE :



lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des
arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A
l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques
minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul
aujourd'hui se décide à parler.


 


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la
honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


 


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012
sur radio-alpes.net

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